Loustal et François Avril surprennent chez Huberty-Breyne Bruxelles

26 septembre 2019 2 commentaires
  • Deux artistes majeurs profitent de l'impressionnante galerie Huberty-Breyne pour apporter un nouveau regard sur leurs parcours : François Avril s'oriente vers des paysages plus figuratifs, tandis que Loustal délaisse un instant ses couleurs pour un fusain "éblouissant" !

Inaugurée il y a tout juste un an, la nouvelle Huberty-Breyne Gallery s’est déjà imposée comme l’un des hauts lieux de l’art et de la bande dessinée à Bruxelles. L’une de ses principales caractéristiques ? Son impressionnante surface de 1000 m², presque de plain-pied. Elle permet d’accueillir en permanence plusieurs expositions, soit programmées en alternance, soit réservant une partie de cette surface à l’impressionnant « back catalogue », des œuvres issues de précédentes expositions-ventes, ce qui permet à l’acquéreur potentiel d’être presque toujours certain de trouver de très belles pièces en poussant les portes de cette galerie installée à deux pas du "Petit Montmartre" bruxellois.

Nouvelle démonstration de force pour cette rentrée 2019 avec deux artistes majeurs programmés en même temps, et plus d’une centaine d’œuvres exposées simultanément. Ces deux artistes contemporains sont des fidèles de la maison Huberty-Breyne, et nous vous en parlons régulièrement : Jacques de Loustal et François Avril. Et même si l’on connaît bien l’univers de chacun d’entre eux depuis longtemps, ces deux expositions dévoilent des facettes moins connues de leurs talents qui, à elles seules, valent le détour.

Loustal et François Avril surprennent chez Huberty-Breyne Bruxelles

François Avril – Isolated houses

On reconnaît souvent le travail de François Avril à ses grands paysages urbains dominés par le blanc et où évoluent des humains minuscules et stylisés. L’artiste a souvent travaillé les formes, en dosant méticuleusement l’apport de couleur en aplat pour souligner certains effets de volumes.

Pour cette exposition, François Avril s’est pourtant éloigné des villes pour leur préférer des paysages côtiers, où souvent une simple maison témoigne d’une éventuelle présence humaine. Son inspiration, l’artiste a été la puiser dans les paysages bretons qu’il admire depuis sa maison de Port Blanc, sur les côtes d’Armor. Chaque composition joue des formes et des reliefs : la mer, la masse des rochers, les cassures nettes du terrain ou les pentes douces, les îles, les arbres et la ligne d’horizon.

Bien sûr, on retrouve la patte de l’artiste, et dans le même temps, on profite de cette nouvelle voie dans laquelle il s’est engagée : le blanc a laissé la place à des couleurs plus nuancées, même si elles sont toujours rythmées par certains noirs, comme les troncs d’arbres. Les aplats que l’on retrouve souvent ont été remplacés par une technique plus diffuse. L’artiste bâtit un fond coloré sur la toile (par exemple dans les tons roses) avant d’y placer la mer, les terres et les traces de vie humaine. Ce fond de couleur vibre çà et là, ce qui fait vivre les eaux, et apporte des effets rares sur les autres éléments comme si la mer y reflétait quelques derniers rayons de soleil.

Avec ses maisons isolées, François Avril joue sur les sentiments qu’il procure : on passe de la nostalgie d’un souvenir lointain qui remonte à la surface, à une forme de mélancolie qui peut pourtant céder la place à un sentiment plus bucolique dégagée par la toile, en fonction du paysage peint.

La dernière nouveauté de cette exposition réside dans ces arbres, souvent au premier plan, dont les troncs noirs rythme le paysage. Certes, on retrouve cette composition à plusieurs reprises, mais l’artiste l’a également déclinée en sculpture et en paravent. Les premières trônent, impériales, en centre du gigantesque espace carré qui forme la première grande salle de la galerie. En provenance du Château Beychevelle où elles étaient exposées cet été, ces sculptures illustrent bien toute l’élégance de François Avril, tout en conférant une ambiance particulière à l’exposition.


Celle-ci est renforcée par ce superbe paravent réalisé par l’artiste. Il a peint cette toile tendue, toujours dans la thématique de ces arbres dont les courbures découpent le paysage. À la fois œuvre artistique et objet de décoration, le résultat est saisissant.

Dans sa globalité, l’exposition est très dépaysante et plurielle. De plus petites réalisations prolongent la thématique, tout en se rapprochant du style plus traditionnel de François Avril. De quoi combler les amateurs de l’artiste, tout en les surprenant dans le même temps.

Loustal illustre Simenon

Le dépaysement se prolonge avec la seconde exposition qui prend place au fond de la galerie. Nous sommes depuis longtemps habitués aux compositions très colorées que Jacques de Loustal peint depuis quarante ans, que cela soit pour des toiles et illustrations, ou en bande dessinée. Or, dans cette expo, ce sont surtout ses noirs et blancs qui fascinent. Là où le trait clair s’estompait autrefois pour que la couleur s’impose, Loustal fait preuve d’une très grande maestria pour composer des ambiances sourdes, mystérieuses ou angoissantes.

Ce faisant, Loustal a surtout cherché à se mettre au diapason de Georges Simenon, le célèbre écrivain belge dont on commémore cette année les 30 ans de sa disparition. En effet, l’artiste a illustré plusieurs éditions récentes de ces romans : Les frères Rico, Un Nouveau dans la ville, Le Passager clandestin, ainsi que Six enquêtes du commissaire Maigret, le tout paru chez Omnibus.

L’exposition propose au visiteur de retrouver les illustrations originales réalisées pour ces romans. On y admire la variété des techniques : du crayon en passant par l’encre, en fonction des ambiances à retranscrire. Autour d’elles, Loustal a réalisé deux déclinaisons : il a mis en couleurs une partie d’entre elles, et d’un autre côté, il a choisi de reprendre sa composition pour lui donner plus d’ampleur en grand format.



Ce sont surtout ces dernières qui nous ont subjugués ! Réalisées pour les besoins de l’exposition, ces grandes compositions d’environ 65 cm sur 50 ont été exécutées au fusain. Tout en conservant son style, Loustal donne une nouvelle preuve de son talent en profitant de toutes les nuances apportées par cette technique. Tout en restant dans l’esprit de Simenon, le résultat est réellement impressionnant et mérite vraiment le déplacement !


Outre ces expositions notables, nous reviendrons très prochainement sur les autres activités d’Alain Huberty et Marc Breyne. En effet, Daniel Maghen ayant décidé de fonder sa propre maison de vente aux enchères, ce sont désormais les galeristes belges qui sont devenus les experts de Christie’s pour la bande dessinée. On s’attend donc à de nouvelles surprises en ce domaine dans les jours qui viennent.

Comme de coutume, un tiré-à-part est réalisé pour chaque exposition.

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

"Loustal illustre Simenon" et "François Avril -Isolated Houses" à la Huberty & Breyne Gallery de Bruxelles jusqu’au 19 octobre 2019.
Place du Châtelain, 33 – 1050 Bruxelles
TEL : +32/2.893.90.30
Mail : contact@hubertybreyne.com
Galerie ouverte du mardi au samedi de 11h à 18h.

Le site de la Galerie Huberty & Breyne

Toutes les photos sont : Charles-Louis Detournay.

 
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