Loustal s’entiche de fétiches

23 octobre 2010 0 commentaire
  • L'artiste-dessinateur livre une exposition toutes les trois années. Pour celle-ci, il s'est centré sur une de ses passions : les colons, ces personnages africains réalisés en bois. Une autre façon de dépeindre une réalité complexe.

Comme on le sait, Jacques de Loustal ne se cantonne pas à la bande dessinée, il illustre aussi différents livres, dont des albums jeunesse, mais il peint également, afin de réaliser une exposition tous les deux-trois ans. À chaque fois, le thème est défini avec le galeriste, et Loustal réalise ses peintures en fonction de l’accrochage.

Loustal s'entiche de fétiches
La tentation - Fusain
© Loustal - www.champaka.be

En lien avec les racines d’Eric Verhoest, Loustal avait déjà évoqué les fétiches africains dans ses précédentes collaborations avec Champaka à Bruxelles : le Pavillon du Congo pour le portfolio Atomium, mais également une Party chez l’Arumbaya en hommage à Hergé. C’est donc une nouvelle fois au cœur de l’Afrique que se positionne cette exposition Fétiches & Compagnie !

Plus précisément, celle-ci se base sur le goût de Loustal pour les Colons, qu’il rassemble depuis bon nombre d’années. Depuis le début du XXe siècle, ces statuettes représentent la présence de l’homme blanc. À travers elles, les artistes (ou leurs commanditaires) se sont vus confrontés dans leur vie quotidienne : soldats, commerçants, missionnaires, administrateurs, etc. Si les premiers exemples du genre gardent encore les canons esthétiques traditionnels des artisans africains, dans leur apparente simplicité et leur rigidité, les sculpteurs quitteront progressivement le primitivisme, mais en gardant une forme de naïveté, privilégiant le détail ou l’anecdote.

Small talk - Encre et mine de plomb sur papier
© Loustal - www.champaka.be

« Tout en rejoignant les goûts qu’Eric et moi-même partageons, je trouvais que la thématique trouvait son sens pour une galerie située au cœur du quartier des antiquaires de Bruxelles », explique Jacques de Loustal. « Ces Colons sont une forme d’art africain pervertis par l’Occident. On montre les noirs, à la façon de l’homme blanc. J’ai toujours été fasciné par leurs couleurs, leur immobilisme et leur apparente indifférence. Il y a une formidable épure avec laquelle ses artistes africains résolvent les formes. Comme mon dessin est également assez statique, et s’oriente actuellement vers un autre forme de dépouillement, je recrée le lien que mon inconscient réalise depuis longtemps. »

Loustal n’a pas copié les modèles dont il s’est inspiré, mais il a voulu les réinventer, tout en les plaçant dans un contexte très théâtral, insérant ces statuettes sur de petits piédestaux. Une part de ses œuvres, et sans doute le point de départ de cette réflexion, était une exposition au Musée du Quai Branly centrée sur Tarzan. « Je les ai positionnés, telle une réelle mise en scène, ainsi que l’on dispose de petits soldats de plomb, tout en plaçant un arrière-plan de théâtre », explique l’auteur. « Ces personnages dégagent alors une telle présence que chaque disposition créée une scène anecdotique. » Une autre partie des œuvres a été utilisée pour illustrer un numéro complet de la revue Focus.

« Je pense être un sculpteur frustré ! Cela me paraît tellement imposant de créer une forme à partir d’un tronc d’arbre, que je préfère me limiter à inventer des sculptures que je peins, avec une sorte de relief ! »

Loustal expliquant son travail à François Schuiten lors du vernissage
© Yves Declercq

Sur ce sujet bien défini, Loustal a pu explorer ses différentes techniques : grandes peintures à l’huile, fusains, aquarelles amenant des rendus parfois aventureux selon la façon dont le papier boit la couleur, grands dessins au crayon sur un fond de lavis rehaussé de tamponnade d’eau de javel, etc.

L’exposition permet donc d’approcher au mieux le talent de Loustal et les variations qu’il peut donner à son dessin épuré : « Après avoir fait les grandes lignes du personnage au fusain, je passe des heures à approcher progressivement le volume : j’adore faire monter cette lumière, presque qu’autant que j’apprécie la caractéristique aléatoire de mon papier népalais pour les aquarelles, avec ses diffusions surprenantes ! »

Le conteur - Encres sur papier népalais marouflé sur toile
© Loustal - www.champaka.be

Au travers de l’immobilisme des ces Colons, on se laisse autant transporter par la technique de Loustal que par l’apparente simplicité des scènes qu’il représente. Les statuettes deviennent des reflets de nos propres personnalités, engluées dans des situations humaines aussi simples à décrire que complexes à vivre : l’amour, la dispute, la solitude, l’errance, etc.

Le titre de chacune des peintures est une piste pour mieux les scruter, les décrypter. La variation des styles choisis par Loustal impressionne de maîtrise. Une exposition qui vaut le détour, autant pour être face à l’œuvre et la disséquer, que pour se laisser transporter par sa poésie.

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Exposition-vente à la Galerie Champaka à Bruxelles, jusqu’au 7 novembre.

Plus d’infos sur le site de la galerie.

  Un commentaire ?