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Lumière noire - Par Claire Fauvel et Thomas Gilbert - Editions Rue de Sèvres

  • Une nouvelle fois, Claire Fauvel associe le portrait d'une génération avec la chronique d'une passion amoureuse et artistique dans un nouveau roman graphique réalisé à quatre mains, avec le scénariste et dessinateur Thomas Gilbert. Un roman graphique original découpé en quatre actes oscillant entre douceur et violence, création et réalité sociale tendue, totalement en phase avec ce qui se joue au cœur de nos sociétés contemporaines.

Ava, une jeune parisienne chorégraphe, se retrouve après plusieurs succès désabusée, en manque d’inspiration au point qu’elle envisage de mettre fin à sa carrière. Entre crise existentielle et désillusion, la jeune femme déprime aussi face aux enjeux sociétaux de notre époque.

Sur les conseils de son amie Suzanne, elle assiste à un gala de fin d’études où se produit Ian, un jeune danseur particulièrement doué. Sous le charme de la fougue de l’artiste, elle décide d’aller à sa rencontre et de lui proposer le rôle principal dans son prochain spectacle. Une chorégraphie dont elle n’a encore rien écrit ! Elle n’a aucune idée, seulement l’envie d’explorer de nouvelles façons de danser en compagnie du jeune homme.

En dépit de ces incertitudes, les deux artistes commencent à travailler ensemble, improvisent, cherchent à concilier leur conception du monde, de leur art avec une passion et une attraction envers l’autre grandissante. Peu à peu, Ava retrouve l’inspiration et les deux jeunes gens s’enferment dans leur projet artistique, écartelé entre une tension sociale grandissante à l’extérieur et une passion destructrice qui les envahit progressivement. Que peut l’art face à cette situation ?

Lumière noire - Par Claire Fauvel et Thomas Gilbert - Editions Rue de Sèvres
Art, amour, terreur au cœur d’un récit d’une grande densité
© Claire Fauvel et Thomas Gilbert - Rue de Sèvres 2021

Au cœur de ce roman graphique (plus de deux cents pages !), les passions créatrices et amoureuses tantôt s’affrontent, tantôt se conjuguent, créant une tension entre les deux personnages. L’histoire décrit le long cheminement de la démarche artistique en parallèle de la naissance d’une relation fusionnelle et exclusive. La représentation des corps, des mouvements, épouse avec justesse le rythme et l’esprit du langage chorégraphique. Le lecteur devient peu à peu le témoin de la lente évolution de cette démarche. Singularité de la création, exigence et emprise de l’imaginaire sur nos existences et notre quotidien font partie des problématiques évoquées et illustrées avec brio dans une histoire riche et dense.

Quelle place pour la création au sein de la violence sociale ?
© Claire Fauvel et Thomas Gilbert - Rue de Sèvres 2021

Les deux auteurs à l’origine de ce récit sont loin d’être des inconnus. Qu’il s’agisse de Claire Fauvel dont La Nuit est mon royaume et La Guerre de Catherine (édités par Rue de Sèvres) ont été déjà très remarqués, ou de Thomas Gilbert (Les Filles de Salem chez Dargaud et Bjorn le Morphir chez Casterman), tous deux sont connus pour leur démarche narrative singulière et personnelle aussi bien dans les thèmes abordés que dans la narration. Dans ce livre, ils font preuve d’une fusion artistique et graphique remarquable, un ouvrage d’une parfaite cohérence et d’une belle homogénéité.

Les voici associés pour un album réalisé à quatre mains, au graphisme fluide, léger ; une mise en page et un découpage qui ne s’interdisent pas des libertés graphiques, contribuant ainsi à rythmer le récit et faire bouger les schémas traditionnels.

Souplesse du graphisme en écho aux scènes de chorégraphie
© Claire Fauvel et Thomas Gilbert - Rue de Sèvres 2021

(par Patrice Gentilhomme)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Lumière noire. Par Thomas Gilbert (scénario et dessin) et Claire Fauvel (dessin). Editions Rue de Sèvres. Sortie le 27/10/2021. 18 x 25 cm. 64 pages couleur. 20 €.

 
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4 Messages :
  • Claire Fauvel et Thomas Gilbert, Timothée le Boucher, Ugo Bienvenu, Bertrand Gatignol, Vivès, etc... tout le monde dessine dorénavant dans la même veine ; une sorte de ligne claire très dépouillée, limite entre le celluloïd de dessin animé et un style pub 80. Au départ c’était plaisant, mais à force de la multiplication de ce style, ça devient un peu trop froid, ça manque de chaire.

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    • Répondu par Xav le 18 novembre à  13:46 :

      Pour une fois je suis d’accord avec Milles Sabords (même si mille est invariable et ne prend pas de S).

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      • Répondu le 18 novembre à  19:15 :

        C’est la génération post-Vivès-post-Merwan-post-Cintiq. Pendant 20 ans, on a mangé du post-Butch-post-Blain-proto-Sfar…

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