"Lune l’envers" de Blutch, une fable cinglante et brillante sur le monde de l’édition

24 janvier 2014 24 commentaires
  • Avec sa tragi-comédie piquante «{Lune l'envers}», Blutch joue avec le statut d'auteur culte et projette un état des lieux poétique de l'industrie de la bande dessinée.

Dans un futur proche, Lantz est le dessinateur vedette du « Nouveau Nouveau Testament », bande dessinée mythique sur laquelle repose l’entièreté de l’économie nationale. Car oui, dans ce fantasme science-fictionnel, la BD est l’industrie phare, le fleuron de l’équilibre capitalistique, que l’on produit à la chaîne.

Titulaire de la série depuis de longues décennies, Lantz est assailli par le doute, pour la première fois, il ressent le poids du quotidien. Tant dans sa vie d’artiste que dans sa vie amoureuse. Il se pense génie du 9ème art, amant magnifique, mais sait pertinemment qu’il n’est la plupart du temps qu’un pleutre.

Media Mondia, son éditeur, a décidé que le futur du « Nouveau Nouveau Testament » ne se conjuguait plus avec Lantz et se prépare à le démettre de ses fonctions. Soumis aux lubies de son éditeur et dominé par les femmes qu’il aime, Lantz se sent misérable.

Ailleurs, une jeune femme dénommée Liebling se rend à son premier jour de travail, un boulot obscur, où elle doit glisser ses mains dans un appareil sensoriel appelé Euridice. Liebling n’a aucune idée de ce qu’elle est en train de produire. Chacun à leur manière, Lantz et Liebling cherchent un sens à ce monde indéchiffrable. Mais existe-t-il ?

"Lune l'envers" de Blutch, une fable cinglante et brillante sur le monde de l'édition
Un extrait de "Lune l’envers"
© Blutch - Dargaud

Tour à tour drôle et mordant, comique et désespéré, « Lune l’envers » permet à Blutch de s’interroger sur la liberté dans un monde cadenassé. Orwellien comme jamais, Blutch met en scène un futur onirique, où rien n’a de sens, sauf l’ordre des choses, la continuité. Pourquoi ? Comment ? Peu importe, il faut produire.

L’album ne manque pas de piquant dans la caricature qu’il dresse du monde de l’édition. Difficile de ne pas voir en Média Mondia et son acharnement à faire perdurer son best-seller « Nouveau Nouveau Testament », un pastiche sublime des classiques du catalogue du groupe Média-Participations, devenues des licences éternelles, avec actualité annuelle.

Une réunion éditoriale plutôt tendue
© Blutch - Dargaud

Avec son titre qui évoque le tarot, « Lune l’envers » plonge dans l’inconscient, les lubies et les fantasmes. En perpétuelle recherche, Blutch poursuit une oeuvre incroyablement originale et totalement fascinante.

(par Morgan Di Salvia)

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24 Messages :
  • On a vu beaucoup de dessinateurs se prenant pour Franquin, mais c’est inédit de voir quelqu’un se prenant autant pour Forest, et pas que pour le dessin, le scénario seventies lorgne aussi beaucoup sur Forest.

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    • Répondu le 24 janvier 2014 à  15:44 :

      Et donc ?...

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      • Répondu le 24 janvier 2014 à  16:09 :

        Donc c’est grotesque que l’article finisse sur "Blutch poursuit une oeuvre incroyablement originale", alors qu’elle ne l’est pas tellement.

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        • Répondu par Jimi le 24 janvier 2014 à  16:53 :

          D’accord avec le propos en général mais finalement si celà peut s’avérer vrai qu’est ce que celà change ?? ...il fait du Forest , il a le talent pour être dans la continuité , il n’y a pas de honte et malgré tout il continue son travail singulier et puis il vaut mieux être influencer par la bd des années 70 étant donné qu’elle a produit ce qui s’est fait de mieux que vouloir ressembler à ce qui se fait aujourd’hui , qui est ; soit très commercial et donc pas forcément génial ( parcourez la plupart des articles chez actua bd , bcp de trucs sans relief ) ou alors ; soit "hyper contemporain " genre dessin naif de gamin ou histoire de mon nombril....

          Blutch participe de l’amélioration de la bd actuelle face à la daube éditoriale surproduite dans le monde la bd ...donc oui il est original...

          J’ai aussi eut cette sensation de voir du Forest mais ça m’a fait plaisir ...

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        • Répondu par Fabien le 24 janvier 2014 à  18:46 :

          Très juste : on aurait dû demander à Forest de dessiner cette BD. Elle aurait été mille fois plus "personnelle".

          Ah... On me dit dans l’oreillette que Forest aurait eu un empêchement majeur pour la réaliser : il n’aurait pas du tout écrit ce type d’histoire !

          (le fait qu’il soit mort en 1998 et donc "remplacé" avec bonheur par Blutch est accessoire... Forest est mort, vive Forest !)

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          • Répondu par Philippe Capart le 24 janvier 2014 à  22:15 :

            Est-ce qu’on accuse un romancier de manquer d’originalité quand il utilise une fonte qu’il n’a pas créé ? "Oh de l’arial, de l’helvetica !! quel manque d’originalité !" La bande dessinée est un tout, fond et forme. Récuser le propos d’un auteur parce que sa graphie évoque celle d’un autre me semble mesquin. La loi de la première impression est barbare !

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            • Répondu le 25 janvier 2014 à  10:07 :

              Sauf que, dans le cas présent, Blutch à lui même accusé publiquement et avec violence, notamment Larcenet, de l’avoir plagié. Il est donc difficile, moralement parlant, de reprocher aux autres leurs influences quand elles sont si manifestes dans son propre travail.

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              • Répondu par gr le 25 janvier 2014 à  11:19 :

                La limite entre l’hommage et le plagiat est toujours malaisée à définir.

                Blutch rend délibérément hommage à Forest dans cet album ; dans les précédents, il ne s’en inspirait pas tant (ou alors tout auteur travaillant au pinceau et ayant un trait expressif fait du Forest...).

                Larcenet a un passif de pompage complet de divers auteurs (Vuillemin quand il bossait au Yéti, Blutch chez Fluide, Winshluss a une période) mais a fini par trouver sa voie.

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                • Répondu le 26 janvier 2014 à  09:45 :

                  "Un hommage délibéré" ? Rien n’est moins sûr puisque le "virage Forest " de Blutch commence déjà à dater. Mais, bien sûr, dès qu’on ose dire que Blutch est un pompeur, (comme tout auteur), ça coince. Il semble avoir un statut à part, contrairement à Larcenet. Et pourtant ! Steadman, Bofa, Forest...

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              • Répondu par lebon le 25 janvier 2014 à  11:43 :

                Sorry d’te péter ton coup JeanBa, mais ton avis est le plagiat d’un commentaire négatif posté dans l’article relatif au dernier album des blagues de toto ? AHAH te voilà démasquer faussaire !

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              • Répondu par Fabien le 25 janvier 2014 à  12:10 :

                Blutch n’a donc pas été très intelligent, à cette occasion.

                Est-ce une raison pour lui rendre indéfiniment la pareille ? A quoi ça sert ? à montrer qu’on n’est pas plus intelligent que lui ?

                Contrairement à Blutch, donc, considérons simplement que les influences sont formatrices, qu’on peut y rester ou les faire évoluer et qu’il n’y a pas mort d’homme. S’il n’y avait pas d’influences, la BD n’existerait pas, puisque personne n’aurait eu le droit de s’inspirer de ceux qui ont inventé le principe.

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              • Répondu par Philippe Capart le 25 janvier 2014 à  12:42 :

                Parler de Blutch en plagiaire n’a pas de sens. Les graphies sont toutes sous influences. Avec "Le Vaisseau Hanté avec Hoppy",1949, le jeune Forest faisait du sous-Franquin/Morris pour ensuite vénérer Alex Raymond et traîner dans l’atelier de Raymond Poïvet, bref, il était connecté à son entourage comme tous les auteurs. Qu’entre-eux, ils se traitent de noms d’oiseaux n’influe en rien la lecteur de leurs livres.

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              • Répondu le 25 janvier 2014 à  14:32 :

                Moi je trouve que dans le dernier Astérix, Conrad est vachement influencé par Uderzo...

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              • Répondu par Jimi le 25 janvier 2014 à  14:47 :

                Et donc donc donc ..???
                Blutch est un sale type ???????
                Donc son travail est pourri ????
                Au moins on aura parler d’un auteur (Forest) que bcp ( les plus jeunes) ne connaissent pas ...

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                • Répondu le 25 janvier 2014 à  17:15 :

                  Mais tout le monde connait Barbarella en revanche.

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                  • Répondu par RD le 25 janvier 2014 à  18:45 :

                    Bon, sinon, moi je trouve que cet album ressemble à du Blutch.

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                    • Répondu par Line le 7 avril 2014 à  16:42 :

                      Heureusement qu’on a France Culture et l’émission LA DISPUTE pour avoir une critique audacieuse et pertinente de cet album !

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  • Pas un mot sur les couleurs d’Isabelle Merlet... et pourtant, je pense que l’on est également face à une immense coloriste.

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    • Répondu le 25 janvier 2014 à  10:18 :

      tout à fait d’accord avec vous !

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    • Répondu par Okay le 25 janvier 2014 à  18:17 :

      immense coloriste ?????? Je trouve ça très moche moi ces mauves violet et vert, pas lisible et de mauvais goût.

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  • C’est un bel exercice de style de faire du Dargaud 70’ comme Bamboo fait du Franquin-like.

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    • Répondu par Line le 7 avril 2014 à  16:51 :

      Heureusement qu’on a France Culture et l’émission LA DISPUTE pour avoir une critique audacieuse et pertinente sur cette BD, une critique argumentée. Là on dirait quand même que l’auteur ne sait pas trop quoi en dire en fait ? Car j’aime bcp Blutch mais là c’est juste inintéressant et vieillot dans le fond (et pas convaincu par les couleurs). Même si les dessins sont toujours aussi fabuleux !

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  • Bizarre les couleurs des pages, on dirait des épreuves d’imprimerie ratées, du genre il n’y avait plus de jaune dans le CMJN.

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    • Répondu le 29 janvier 2014 à  09:42 :

      quel coup d’oeil ! et pour le vert, on fait comment ?

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