Lupano (Sarkozix)(1/2 ) : « Pour toucher le lecteur, il faut que la parodie ait du sens ! »

7 juillet 2010 6 commentaires
  • Alors que l’Élysée a passé sous silence le troisième anniversaire de l’arrivée au pouvoir de Sarkozy, Guy Delcourt est au four et au moulin pour signer une série parodiant le Président, assisté de Wilfrid Lupano. Un parallèle avec la Gaule qui fait autant rire que réfléchir sur les agissements de Sarko…zix !

Quelle est la genèse de Sarkozix, cette série parodique se déroulant au temps des Gaulois ?

Lupano (Sarkozix)(1/2 ) : « Pour toucher le lecteur, il faut que la parodie ait du sens ! »Cela faisait quelque temps que Guy Delcourt voulait réaliser un album traitant de la politique, car c’est un sujet qui le passionne. Mais il fallait trouver un axe qui rende l’album intéressant, tout en demeurant comique et populaire. Un des atouts caractéristiques de la bande dessinée est ce prisme caricatural qu’elle peut ajouter aux personnages. Guy Delcourt m’a contacté quand lui est venue l’idée d’intégrer tout cela dans une sorte d’hommage à Astérix, ce qui permettait aussi de s’éloigner du style des albums déjà parus sur le sujet, et qui utilisaient un dessin de presse. Nous voulions faire vraiment de la bande dessinée, avec ses atouts : peu de hors-textes mais des dialogues, des gags en une page, et utiliser au mieux le magnifique dessin de Bruno Bazile.

Finalement, son idée, que vous avez aidez à interpréter, donne une image aussi juste que parodique du président d’aujourd’hui ?

Comme à l’époque, on tente de croire beaucoup à l’identité nationale alors que c’est l’Empire de Rome (ou la mondialisation) qui dirige tout, et c’est tout pour cela qu’on a actuellement un président qui s’agite beaucoup, pour faire croire qu’il dirige encore quelque chose. Tous ces parallèles faisaient, dans un ordre chronologique, autant de bons points de départ pour des gags.

Quelle est alors votre vision de Sarkozy ?

Notre présidence française est le parfait exemple du tragi-comique : c’est soit à hurler de rire, soit à pleurer selon la dose de dérision que l’on possède. Regardez la soirée du Fouquet’s, qui réunit normalement le gratin de la république. Or, sur une soixantaine de couples, on n’y a pas vu un intellectuel ou un auteur, alors qu’on a invité des artistes, des peoples, de grand communicants comme le PDG d’Endemol et de riches hommes d’affaires. Dans le désordre, on y vit donc Christian Clavier, Virenque, Pascal Gentil et j’en passe. Ce n’est pas si anecdotique, car ce panel représente la France vers laquelle Sarkozy voudrait tendre. Cela montre également des préoccupations et des goûts extrêmement populaires, voire beauf.

Vous traitez aussi cela en mettant Jacques Attali qui présente ses idées de réformes à Sarkozix …

C’est sans doute le premier président qui s’entoure d’aussi peu de penseurs ! Et les rares moments où il a essayé de les écouter, cela a donné un grand fourre-tout, pour enfin déboucher sur quelques petites mesures vidées de sens, et qu’on a fait voter au forceps, contre la propre majorité du parti présidentiel. En France, c’est une situation réellement inédite, d’autant plus que presque personne n’en parle ! Les groupes de presse appartiennent à de grandes familles proches de Sarkozy, comme Dassault et Lagardère. Nous voulions ouvrir un nouveau pan en nous adressant un public plus mixte de celui qui est déjà convaincu en ouvrant son quotidien.

Peut-on y voir une volonté pédagogique ?

La caricature possède cette facilité de mettre en lumière des éléments parfois noyés dans notre quotidien. En plus de l’humour, nous avions aussi comme objectif de clarifier potentiellement certains faits politiques. Par exemple, quand Hortefix compte ses fauves pour leur faire manger des étrangers, puis se ravise devant cette cruauté, pour aller revendre les bêtes aux pays vers qui il va expulser ces immigrés. Bien sûr, il a un fond de vérité dans ce grand écart idéologique, c’est un plus pour l’intérêt de l’album, sans pour autant se donner trop d’importance. Mais pour toucher, il faut que la parodie ait du sens ! C’est donc notre angle d’attaque pour chaque gag, partir d’un fait précis, véridique et connu.

Pas trop dur de bosser avec son boss ?

Il a juste fallu que je m’habitue parfois à le contredire pour exposer mon point de vue, mais je me suis vite habitué à notre façon de travailler et c’est très agréable ! C’est souvent Guy Delcourt qui propose l’idée du gag. Je fais une première écriture, puis nous en parlons ensemble, rebondissant sur une chose ou l’autre. En tant que passionné de bande dessinée, Guy connait très bien cette mécanique du gag en une page. Grégoire Seguin, éditeur chez Delcourt, arbitre nos échanges pour valider le final. Mais c’est vraiment rare qu’il ait fallu trancher, car nous tombons souvent d’accord.

Que recherche Guy Delcourt en signant des scénarios ? Se mettre en danger face au public ?

Il faudrait lui demander directement, mais sachez qu’il est tout d’abord réellement passionné de politique. Signer seul un album qu’il éditerait lui-même ne l’intéresse pas. Il désire participer au sein d’une équipe pour apporter son point de vue. Je le trouve très courageux, car il n’a pas du tout besoin de cette prise de risque. Certains forums l’incendiaient déjà avant que le livre soit sorti. Guy fait juste une proposition en écrivant une part du scénario, avant de critiquer, ce serait peut-être bien de le lire. Il a déjà son nom sur des milliers de bouquins. C’est aussi pour cela qu’il n’a pas indiqué son nom à deux reprises sur la couverture. Il se voyait mal reprocher son manque d’humilité à Sarkozy, et prêcher le contraire.

Il y a également une gageure de la part de Bruno Basile : faire autant de caricatures reconnaissables !

D’autant plus que le temps jouait contre nous, on lui a donc demandé de travailler juste et vite. Il y a plein de petits personnages que le grand public ne reconnaîtra sans doute pas, sans que cela nuise à la compréhension de l’ensemble, mais l’amateur de vie politique y trouvera encore plus son compte. On se rapprochera d’ailleurs plus vite de l’actualité dans le second tome, qui paraîtra au mois de novembre.

(par Charles-Louis Detournay)

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