Ma circoncision - Riad Sattouf - Breal Jeunesse

29 février 2004 0 commentaire
  • Le petit Riad est né musulman. A 8 ans, il apprend qu'on va lui retirer, selon le rituel religieux, le petit bout de peau qui lui recouvre le gland du pénis. Et quand on a 8 ans, pareille ablation est vécue comme une effroyable injustice dans l'incompréhension et la solitude. Les jeux d'enfants n'ont plus d'importance. Les autres n'existent plus. Une seule chose compte : son douloureux zizi. Drôle, acerbe, émouvant... autobiographique.

Riad Sattouf a vécu dix ans en Syrie avant la séparation de ses parents et son retour en France, son pays natal. Là-bas, il parle arabe, reçoit une éducation musulmane, étudie dans la terreur du maître de l’école coranique du village de Ter Maaleh, vénère Conan le Barbare et cultive sans savoir pourquoi sa haine intergénérationnelle des Israéliens.

Il aime jouer avec ses cousins et pisser le plus loin possible à leurs côtés. Au cœur de ses préoccupations : la virile extrémité de son engin qu’il n’imagine pas encore reproducteur. Riad s’étonne de n’avoir qu’une trompe en lieu et place du champignon fièrement arboré par ses congénères.

Il est persuadé de ne pas être comme tout le monde, d’être adopté ou pire, d’être israélien. Jusqu’au jour où son père lui annonce la nouvelle de sa future circoncision, billet pour le monde des adultes et reconnaissance suprême des enfants guerriers cimmériens. C’est pourtant dans l’angoisse qu’il vit jusqu’au jour J, dans la souffrance d’une section de prépuce au rasoir qu’il survit les mois suivants.

Autobiographie engagée

« Ma Circoncision » est une expérience douloureuse racontée avec autodérision et humour distancié mais surtout avec la fraîcheur et la naïveté d’un môme, au libre-arbitre restreint. Pas question pour le meilleur jeune scénariste 2003 de prendre des gants avec son public. Partant du principe qu’un « ado cherche toujours à voir ce que l’on veut lui cacher », il lui sert du « brut de décoffrage ».

Derrière chaque situation comique se cache une sévère ironie, une critique abrasive, une remise en question de la tradition, bref, une leçon. Le résultat est une subtile symbiose entre le premier journal intime, résolument autobiographique, et l’illustration expressive donc forcément caricaturale. Le dessin est de circonstance, simple et dynamique. Mention spéciale à la goutte de sueur qui est aux personnages de Riad Sattouf et aux aisselles du maître d’école ce que sont les mouches aux trolls d’Arleston.

On regrettera tout de même la frilosité de l’éditeur qui n’assume pas complètement son rôle éducatif en déconseillant l’ouvrage au moins de 12 ans.

(par Nicolas Fréret)

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