Mal de mère - Par R. Valambois - Soleil

3 septembre 2015 0 commentaire
  • L’histoire touchante de l’alcoolisme d’une mère de famille vue à hauteur d’enfant. Une œuvre juste et émouvante.

Début des années 1990, Rodéric, petit garçon de 9 ans, vit avec sa mère, institutrice adorée de ses enfants, son père, un intellectuel engagé en politique, son grand frère, un adolescent rebelle, et sa petite sœur, frêle et timide.

Le père est cassant, notamment avec sa femme, qui doit gérer seule toute l’intendance familiale et qui multiplie les reproches envers son époux et ses enfants, qui ne l’aident pas assez. Mais ces quelques petits problèmes s’amplifient progressivement, les disputes devenant omniprésentes, l’ambiance de plus en plus pesante. Cette évolution est due à l’addiction naissante, puis envahissante, de sa mère envers l’alcool, ce dont le petit Rodéric met du temps à se rendre compte. Il passe alors par tous les sentiments, de la culpabilité à l’énervement, de l’espoir, lorsque sa mère entreprend une cure de désintoxication, au désespoir dès sa rechute le lendemain du retour de cure, de l’amour à la haine.

Mal de mère - Par R. Valambois - Soleil

Cet ouvrage autobiographique présente le point de vue de l’enfant à la première personne, avec ses mots, ses incompréhensions et ses peurs. Ce regard enfantin est rendu de manière très convaincante, intelligente, fine et sensible. Quand ses parents se disputent, l’enfant pense que c’est de sa faute, quand sa mère souffre, il se torture l’esprit pour essayer de la réconforter et se réfugie dans la fiction pour trouver du réconfort.

Le dernier tiers de l’album se passe quand Rodéric, qui étudie la bande dessinée à l’Académie des Beaux-Arts de Tournai, a vingt ans. L’état de sa mère est alors absolument catastrophique. Coupée de toute vie sociale ou familiale, elle cuve son alcool devant la télévision quand elle ne dort pas, tandis que son physique est gravement touché et qu’elle enchaîne les séjours à l’hôpital. Les sentiments de l’auteur ont alors évolué et Rodéric passe de la condamnation à une tentative, vaine, de compréhension.

Le thème de cette bande dessinée est lourd, mais le dessin non réaliste permet d’atténuer la violence du propos, alors que le noir et blanc, aussi élégant que maîtrisé, sert à merveille le dessin. Malgré quelques passages redondants, mais qui s’expliquent par la répétition inlassable des mêmes scènes de déchéance maternelle, la narration est fluide et efficace. Tout en montrant différentes scènes, l’auteur interroge également la question de la mémoire et de la compréhension, critiquant ses propres jugements avec humilité. L’ensemble est pudique, à l’image de la couverture, qui suggère plus qu’elle ne montre.

Ce récit triste et touchant s’inscrit avec réussite dans la lignée de ces récits autobiographiques mettant en scène un regard enfantin (on pense par exemple à Marzi ou au grand succès de Riad Sattouf, L’Arabe du futur). Mais il aborde de manière nouvelle l’alcoolisme, un sujet peu traité jusque-là dans le neuvième art sur un mode non-humoristique, surtout s’agissant d’un alcoolisme au féminin, traité sans lyrisme ou grandiloquence, et dont on perçoit ici parfaitement les effets dévastateurs, non seulement sur l’alcoolique mais aussi, et surtout, sur l’ensemble de son cercle familial.

(par Tristan MARTINE)

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