Malcolm Max - Chapitre 1 : Les Pilleurs de sépultures

14 juillet 2020 0 commentaire
  • Deux auteurs allemands pour une bande dessinée gothique et victorienne ! Nous sommes en 1899, à Londres. Dans les cimetières, des pilleurs de tombes vident les cercueils, et revendent les cadavres pour les cours d’anatomie. Mais, depuis quelque temps, il y a infiniment plus de corps morts qui disparaissent que de demande dans les écoles de médecine. Et, en même temps, toute une série de meurtres crapuleux a lieu, des meurtres qui en rappellent d’autres : ceux d’un assassin en série surnommé « Le Poète », un tueur dont on a pourtant coupé la tête...

Tout cela mérite une enquête, diligentée par une société secrète, « Les Gardiens de la lumière », et confiée à Malcolm Max et à son assistante, la vampire Charisma.
C’est une « histoire » gothique, sans aucun doute, mais c’est surtout un récit qui aime mélanger les codes du fantastique, passant du vaudou à la science-fiction, de l’ésotérisme classique au paranormal digne des fantasmes de Victor Hugo, de l’iconographie à la Shelley à des notions de PNL. Peter Menningen, le scénariste, s’en donne vraiment à cœur-joie dans sa manière, justement, de ne pas raconter une histoire formatée.

Malcolm Max - Chapitre 1 : Les Pilleurs de sépultures

Il y a du policier à la Sherlock Holmes et bien d’autres réminiscences littéraires dans cet album. Du Fantôme de l’opéra à la créature de Frankenstein, de Leroux à Leblanc, Menningen nous balade d’un monde à l’autre sans vergogne ! C’est, indubitablement, un livre très littéraire, plein de références. Et, ce faisant, c’est un livre qui pèche parfois par un aspect trop verbeux, par une abondance de texte qui, avouons-le, alourdit quelque peu le plaisir de la lecture.

Cela dit, ces textes ne sont jamais gratuits. Ils permettent à l’histoire racontée de garder, malgré les thèmes pour le moins improbables, les pieds ancrés dans la vérité historique. Le Londres décrit par Peter Menningen et dessiné par Ingo Römling est le vrai Londres victorien, avec la construction (enfin) d’un réseau d’égouts, avec un Opéra plus vrai que nature, avec un Crystal Palace sublime qui se souvient des fastes de la première exposition universelle, avec, également, les premières révoltes féministes dans un monde où seul l’homme, le mâle, a le pouvoir.

Un bon livre gothique, c’est, oui, un scénario sans temps mort. Et Malcolm Max, un peu hautain, pourrait être un personnage d’Oscar Wilde, par son sens de l’humour pince-sans-rire, par son regard critique, également, sur le monde de la noblesse et des nantis. Un bon livre « gothique », c’est aussi un dessin qui se révèle d’abord d’ambiance. Et c’est bien le cas, ici… Le dessinateur joue avec les perspectives, avec les proportions, comme dans les meilleurs films de l’expressionnisme allemand, il joue avec les attitudes, il ajoute au mystère la douceur d’un érotisme discret, il attache une importance essentielle aux jeux des regards. Il réussit, ainsi, à donner vie à une des phrases que le scénariste a écrite : « dissimuler son enthousiasme derrière le masque de l’indifférence »…

Le travail de Ingo Römling est d’une belle facture, et sa maîtrise de la couleur ajoute à l’ambiance lourde de ce livre. Un premier album qui met en place différents personnages, mais qui les fait vivre (et mourir) avec intensité, en se terminant sur un coup de théâtre qui n’a qu’un seul but : pousser le lecteur à attendre avec impatience la suite de cette aventure victorienne et gothique vue par une forme d’expressionnisme à l’allemande ! Un but, croyez-moi, parfaitement atteint !

(par Jacques Schraûwen)

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Malcolm Max - Chapitre 1 : Les pilleurs de sépultures - par Ingo Römling et Peter Menningen - Delcourt – 59 pages et un dossier – Avril 2020

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