"Malgré Tout" : un récit poétique d’amour à rebours

9 octobre 2020 0 commentaire
  • Jordi Lafebre, du haut de ses quarante printemps, est un auteur qui aime les gens, qui aime nous les raconter. Avec Zidrou au scénario, il nous a plongés dans les souvenirs de bien "Beaux Étés". Aujourd’hui, le voici seul aux commandes d’un livre original et tendre !

Ana et Zeno se rencontrent sous une pluie battante. Ils ont tous les deux dépassé les 60 printemps. Ils se sourient, se parlent, et on devine qu’une longue histoire les unit déjà. Ils se regardent, ils s’embrassent, seuls au monde comme le sont tous les amoureux.

"Malgré Tout" : un récit poétique d'amour à rebours

C’est ainsi que commence ce livre. On s’attend à une suite, à découvrir leur existence à venir. Mais il n’en est rien !

On ne saura jamais ce qui va se passer après ce baiser. L’auteur préfère se pencher, en 19 chapitres, en 19 tranches de vie, sur ce qui s’est déroulé avant, sur ce qui a permis à ce baiser d’exister un jour. Et c’est ainsi que se construit ce livre, comme un poème d’amour à rebours…

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Un poème quantique, presque, puisqu’il met en scène un scientifique qui fait une thèse sur la possibilité pour le temps d’aller en arrière, de créer de ce fait plusieurs univers sensuels parallèles et dépendant les uns des autres. Et c’est ainsi que ce livre se construit, de l’âge mûr jusqu’aux premières émotions amoureuses qui les firent frémir il y a bien longtemps.

Ana, à l’âge de la retraite, laisse derrière elle un mari, une fille, la commune dont elle était maire. Zeno abandonne la mer, définitivement, sa librairie, ses amis. Ils vont, tout simplement, en dépit des convenances, choisir de vivre pleinement leur amour en un âge que l’on dit vieux et qui se révèle comme étant une retrouvaille avec la jeunesse. Leurs jeunesses…

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Même si tout le livre se centre autour de ce couple, l’intelligence de Jordi Lafebre, c’est de les placer tout au long de leur existence avec d’autres personnages qui les mettent en évidence, certes, mais qu’ils mettent aussi en avant. Il y a par exemple une vieille femme qui est devenue muette à la mort de son mari, en même temps qu’est devenue muette l’âme du violon de cet homme… Où qu’on aille dans ce livre, c’est d’amour qu’il s’agit…

Ana, en prenant se retraite au tout début du livre, sait qu’elle abandonne toutes les obligations qui furent siennes pendant toute son existence. Le personnage de son mari, Giuseppe, devient emblématique d’une philosophie de vie faite de tolérance, de manque absolu d’égoïsme, de sens tranquille d’héroïsme. Aimer, envers et contre tout, pour Lafebre, c’est en effet être héroïque…

Je crois qu’on peut dire, sans se tromper, que ce livre est un livre éminemment positif. Ce qui ne veut pas dire qu’il s’agit d’un récit à l’eau de rose, loin s’en faut ! C’est un livre qui fait du bien, un livre écrit et dessiné par un homme jeune qui nous prouve que le sentiment amoureux est une réalité universelle.

C’est un livre lumineux, aussi, de bout en bout… Grâce au dessin de Jordi Lafebre qui, dans chaque page ou presque, place une source lumineuse en soutien de la lumière intérieure des personnages. Grâce aux couleurs, également, du dessinateur aidé par Clémence Sapin. Ce sont des couleurs délicates qui soulignent les expressions, qui mettent en évidence les regards, qui font de la gestuelle des protagonistes un rythme, comme une musique embellissant la réalité.

Dix-neuf chapitres à l’envers pour une histoire d’amour… Dix-neuf tranches de vie qui pourraient n’être qu’anecdotiques mais qui sont bien plus. D’abord parce que cette musique omniprésente, étonnamment dessinée, est un peu le lien qui unit tous les humains. Ensuite, parce que les symboles sont nombreux à nous parler de nous, de nos environnements personnels, politiques, amicaux, amoureux.

Oui, le « discours » de ce livre, poétique essentiellement, est, dans sa totalité, une extrapolation de nos présents…

Jordi Lafebre prouve dans ce livre qu’il est un auteur complet, un auteur qui sait raconter une histoire, qui aime à bousculer les codes du récit tout en respectant ceux d’une BD « belgo-française » parfaitement maîtrisée.

Malgré tout est un livre d’espoir, c’est un livre de vie. Un livre sans masques, un livre de sourires, un livre d’échanges… Un livre à l’image de ce pont qu’Ana est fière d’avoir construit pour que tout le monde, dans sa ville, puisse se rencontrer, se parler. S’aimer !

(par Jacques Schraûwen)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Malgré Tout - par Jordi Lafebre - couleurs de Clémence Sapin - Dargaud - 150 pages – septembre 2020

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