Manga : la France aime les poils !

21 mars 2015 0 commentaire
  • La France est décidément la fille aînée, pas loin d'être indigne cependant, du Japon en matière de manga. En témoignent ces titres et collections entièrement dédiés aux poils, de toutes natures, de toutes couleurs et de toutes longueurs, qui bourgeonnent chez plusieurs éditeurs et se dressent fièrement sur les présentoirs de nos libraires.

Châtain, brun ou rouquin, lissé ou ébouriffé, sec, humide ou même gras, épais ou fin, long ou bien ras, le poil s’impose comme le nouvel étalon du succès d’un manga dans nos contrées. Ciblant les jeunes filles, ces histoires très spéciales rencontrent un si vif succès que nombreux sont les éditeurs à vouloir à présent se positionner sur ce créneau.

Manga : la France aime les poils !
Couverture de la nouvelle édition de Chi

Cela a commencé discrètement, comme par la petite porte, par un titre échappant aux codes de publication orthodoxes du manga, s’offrant à rebours de la lecture conventionnelle. En sens de lecture occidentale et, qui plus est, avec des planches couleur rendant justice aux modèles représentés.

Glénat lance Chi, une vie de chat, en 2010 et le public répond immédiatement présent. Les aventures naïves de cet adorable petit chat conquièrent les cœurs de nombreux lecteurs et ouvrent le marché à un public plus jeune.

L’éditeur décline d’ailleurs depuis son titre sous divers formats. Le dernier en date, plus grand, souple et à la pagination réduite, apparente encore davantage Chi à la bande dessinée franco-belge. Cela tombe bien puisque le douzième et dernier tome de la série est annoncé pour cette année.

Fort de ce succès, Glénat manga a récemment renforcé sa collection « Kids » d’un autre titre animalier : Le Paradis des chiens. Passant des câlins félins au meilleur ami de l’homme, cette série part d’une situation fantastique pour broder sur les relations entre maîtres et animaux. Lancé en novembre dernier, ce manga qui pourrait, à tort, être pris comme une déclinaison de Chi sur le mode canin, verra son troisième volume paraître le mois prochain.

À la suite de Glénat, d’autres s’engouffrèrent, l’an dernier, dans la brèche du chat kawai. Komikku avec Yanaka, ou, sur un mode plus humoristique, Kurokawa avec Nyanpire. Mais c’est Soleil Manga qui investit le créneau de la manière la plus franche en lançant, en mars 2014, une collection spécialement dédiée aux animaux : la collection « Pets ».

Plum, un amour de chat mit ainsi le paquet pour séduire son public : sens de lecture occidental également, format plus large, superbe couverture gauffrée. Avec un cinquième tome qui vient de paraître en février 2015, la série tient un bon rythme de croisière.

Et un an après les débuts de Plum Soleil Manga enrichit donc sa collection « Pets » d’un deuxième titre avec Globule, une vie de lapin. Drôle et mignon, la série séduit mais possède moins de charme que son ainée. Plus conventionnel, d’un dessin moins léché, Globule ne bénéficie pas non plus des efforts éditoriaux concédés pour Plum au niveau de la couverture et du format. Dommage.

Pour retrouver cela, il faut s’orienter vers le nouvel entrant sur ce créneau : Kana. En effet, Kuro, un cœur de chat (couverture en médaillon de et article), par la seule formulation de son titre, s’inscrit explicitement dans cette lutte d’influence. Et la série a des arguments à faire valoir. On retrouve les ingrédients connus du succès, à savoir le sens de lecture occidental, un format plus ample et une couverture soignée.

Autre point fort, le dessin de Sugisaku s’avère particulièrement réussi, proposant de douces et jolies nuances de gris ménagées comme au lavis. Dans un univers quotidien à craquer, nous suivons au plus près les pérégrinations d’un chaton noir parti à la découverte de son environnement et qui donne son point de vue sur celui-ci. Ceux qui ont apprécié Chi ou Plum, leur humour léger mais surtout leur dimension poétique, devraient être ravis. Notons toutefois que le public visé par Kuro semble moins enfantin de par les réflexions qu’il offre et du fait de certaines scènes un peu décalées qu’il propose.

Annoncé pour un rythme de parution trimestriel, ce titre de la collection « Made In », offert avec un prix de lancement bienvenu pour le premier volume (9,90 euros au lieu de 12,70 euros), semble bien vouloir s’imposer en 2015 et prendre la relève d’un Chi très bientôt achevé. Les Français n’en ont pas fini avec les mangas à poils.

Kuro, un cœur de chat T1 © Sugisaku / Kodansha

(par Aurélien Pigeat)

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