Marc Levy : « La bande dessinée fait partie de ma vie »

9 décembre 2010 9 commentaires
  • Marc Lévy est le romancier français contemporain qui vend le plus de livres en France et dans le monde (ses romans ont été publiés à plus de vingt millions d'exemplaires, toutes éditions confondues). Son troisième récit, {Sept jours pour une éternité}, a été adapté en bande dessinée par Corbeyran & Espé. L'occasion de recueillir les impressions du romancier sur son travail et sur son arrivée dans le 9e art.

Même si vous êtes lecteur de bande dessinée, vous n’avez pas été réellement moteur de l’adaptation de Sept jours pour une éternité ?

C’est Éric qui a adapté le livre et qui a en choisi le titre. Nous étions tous deux membres du jury du prix Carrefour-savoir. Assis l’un à côté de l’autre, je lui ai donc avoué à quel point j’appréciais son travail, en particulier le Chant des Stryges. Il m’a alors confié qu’il aimait beaucoup Sept jours pour une éternité et qu’il désirait l’adapter. Difficile de le lui refuser ! (rires)

Marc Levy : « La bande dessinée fait partie de ma vie »Si vous connaissiez bien l’univers de Corbeyran, cela signifie que vous êtes surtout porté sur le fantastique en bande dessinée ?

Non, je suis un lecteur bien plus large que cela. J’ai commencé fort jeune avec la Rubrique-à-brac, et depuis lors, je ne me suis jamais arrêté, ma consommation allant en progressant avec des séries phares tels que Le Cycle de Cyann et Le Chant des Stryges, mais j’ai dévoré mes classiques comme tout un chacun (Johan et Pirlouit, Buck Danny, Tanguy et Laverdure. Je dois avoir plus d’un millier d’albums à la maison.

Vous aviez alors une bonne base pour diriger cette adaptation…

Non, je ne voulais justement pas du tout être dirigiste ! Éric [Corbeyran] est un auteur de bande dessinée à part entière, et comme un metteur en scène qui vous propose d’adapter au cinéma ou au théâtre un de vos romans, je n’ai jamais la prétention de leur expliquer leur métier ! Éric m’a donc envoyé le scénario pour que je le valide avant de lancer le dessinateur dessus, mais je m’y suis refusé, en lui disant que je préférais lire directement l’album avec plaisir ! Et lorsque cela est réellement arrivé, c’était même plus qu’un plaisir.

Vous n’aviez aucun regret à cette lecture, par rapport aux coupes réalisées dans votre roman ?

Si, juste un, mais uniquement personnel. Car lorsqu’on adapte, il faut parfois couper, et ainsi le personnage de Miss Reine Sheridan est passé à la trappe. Rien de grave, sauf que c’était l’incarnation de ma grand-mère Lili. Mais je n’ai bien entendu jamais appelé Éric pour le lui faire remarquer : c’est son travail, sa vision et cela n’enlève sans doute rien à l’histoire.

Quelle a été votre réaction à la vision de vos personnages qui prennent corps et visage en bande dessinée ?


C’est effectivement toute la question de l’adaptation. Pour ma part, la bande dessinée est une étape plus proche du roman que du cinéma, car elle ne souffre d’aucune contrainte budgétaire : quand vous faites exploser trois entrepôts, le producteur ne décède pas d’un arrêt cardiaque ! Maintenant, je ne décris jamais mes personnages principaux afin de laisser cette liberté de vision au lecteur. Je ne me sens donc pas trahi en voyant les représentations de papier. Ainsi, j’ai même poussé le vice à ne pas donner de prénom au héros de mon dernier roman, Le Voleur d’ombres !

Est-ce justement pour ces difficultés financières d’adaptation cinématographique que Corbeyran a choisi Sept jours pour une éternité ?

Pas spécialement, car certains de mes romans ont mis la barre encore plus haut, tels Le premier jour ou la première nuit. En écrivant les premières phrases de ces récits, je savais que j’avais déjà perdu 99% des producteurs, mais je n’écris pas pour me faire adapter, car je goûte cette liberté d’échapper à ces contraintes.

L’instant fugace d’une rencontre décisive

Comment avez-vous choisi l’éditeur pour ce premier projet ?

Pour être très franc, cela a été très compliqué de monter cette bande dessinée ! Nous avions tout d’abord envoyé le projet à Dargaud, qui nous a laissé sans réponse pendant dix-huit mois. Puis, tout à fait par hasard, à la Foire de Francfort, j’ai été approché par un directeur de Casterman qui me proposait d’adapter un de mes romans dans la collection Écritures, donc en roman graphique. Un peu déstabilisé, je lui ai dit que c’était une bonne idée, mais que cela faisait deux ans que Corbeyran et moi envisagions un autre format. Casterman était alors ravi de nous accueillir et nous avons recherché un dessinateur.

Je suppose que c’est Corbeyran qui vous a proposé Espé après leur collaboration sur Le Territoire ?

Tout-à-fait ! En tant que lecteur, je suis fou de bonheur des dessins, et très admiratif du talent d’Espé que je trouve extraordinaire. En tant que romancier, comme je l’expliquais, je me suis toujours interdit de décrire un personnage. À moi à les faire exister sans cela, de façon à laisser cette liberté au lecteur. D’ailleurs, alors que je suis incapable de relire un des mes romans, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire l’album, car je me suis vraiment senti comme un lecteur de bande dessinée, oubliant que c’était tout d’abord mon histoire.

Lorsque vous avez accepté cette proposition de Corbeyran, vous vouliez toucher un public plus large qu’avec le roman ?

Pas du tout ! Cela a été un plaisir purement égoïste d’avoir cette bande dessinée chez moi, un réel cadeau de la part de Corbeyran !

Pensez-vous déjà une autre adaptation en bande dessinée ?

C’est bien entendu la boutade entre Éric et moi, à chaque fois qu’on se parle. Mais cela ne fait pas non plus en un jour. Nous voulons d’abord prendre la peine de voir comment le public accueillera ce premier récit, finaliser proprement la seconde partie de Sept jours pour une éternité qui sortira au printemps, puis nous l’envisagerons plus sérieusement.

La seconde partie sortira au printemps

Vous avez répondu à la demande de Corbeyran pour cet album, mais quel aurait été votre choix personnel si vous aviez dû lancer cette adaptation en bande dessinée ?

Si j’aurais du choisir seul un album à adapter dans ce format, j’aurais choisi celui-ci, voire La prochaine fois. Tandis qu’en roman graphique, mon choix se serait porté sur Les Enfants de la liberté et Où es-tu ? car cette forme de bande dessinée permet selon moi une plus grande conservation du texte. Je trouve que la mise en bulle est moins restrictive que dans la mise en page d’une bande dessinée plus traditionnelle. Enfin, pas mal de romans graphiques sont travaillés en noir et blanc et, esthétiquement, je pense que Les Enfants de la liberté profiterait de ce traitement. Je suis effectivement béat devant certains romans graphiques. Pour moi, Kiki de Montparnasse, c’est à tomber par terre ! C’est beau, mais c’est aussi un objet à part entière. Je laisse sur la table de nuit de ma chambre d’ami : je trouve que c’est un cadeau merveilleux pour quelqu’un qu’on apprécie, car c’est beau comme un tableau que l’on mettrait au mur !

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Lire l’interview d’Eric Corbeyran en lien avec cette adaptation

Illustrations © Lévy/Corbeyran/Espé/Casterman

Photo en médaillon : © Pauline Lévêque

 
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9 Messages :
  • Marc Levy : « La bande dessinée fait partie de ma vie »
    9 décembre 2010 20:06, par Alain Perfide

    Ca ne peut pas toucher un public plus large que le roman, c’est impossible : la cible de Marc Levy n’est pas celle qui achète ou même lit des BD. A mon humble avis, cette adaptation fera un flop. Ca ne m’étonne pas de l’éditeur, d’ailleurs... Je serai curieux de voir les chiffres des ventes réelles de cette version (et pas celles de tirages, ni des mises en place).

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    • Répondu par Uncle Ben le 10 décembre 2010 à  04:36 :

      Ok avec ça, mettre Levy ( demain Musso ), Lelouch, Bellemare, Dard et autres en BD, ça donnera toujours des flops qui feront la joie des soldeurs !
      Un livre est un livre, et le public BD n’est pas le même

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    • Répondu le 10 décembre 2010 à  06:21 :

      les chiffres de vente sont bons :))

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      • Répondu par Alain Perfide le 10 décembre 2010 à  07:18 :

        "Bons" ? Mais encore ? Des chiffres, des chiffres !

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        • Répondu le 10 décembre 2010 à  12:01 :

          Quel que soit le chiffre que je vous donne, ça sera pour vous trop ou pas assez, donc pas de soucis, tout va bien, merci.

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          • Répondu par CC le 11 décembre 2010 à  13:25 :

            1 005 071 pour le livre (toutes éditions confondues) ; contre 7 042 pour la BD.
            Sources Edistat.

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          • Répondu le 11 décembre 2010 à  14:45 :

            L’affaire du siècle le retour !

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    • Répondu par Mare le 14 décembre 2010 à  14:26 :

      Moi j’ai aimé le roman et la BD, je ne vois pas prquoi on pourrait lire des romans et pas aimer lire de BD c’est nul comme raisonnement !

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