Marc Vlieger : "Je ne veux pas être réduit à n’être qu’un auteur de bandes dessinées"

25 avril 2007 0 commentaire
  • Marc Vlieger est un auteur bruxellois passionné par les rapports humains. Il a un regard original sur ses contemporains et particulièrement pour les exclus de la société. Il vient de publier "[Les âmes sombres->4745]", un récit humaniste mettant en scène une bande de marginaux violents qui accueillent une mystérieuse vieille dame qui va mettre à mal leurs convictions.

Vous publiez votre premier album, L’échangeur, en 2003, alors que vous fêtez vos 42 ans. C’est relativement tard pour débuter une carrière d’auteur

Marc Vlieger : En fait, j’ai toujours voulu être auteur de bandes dessinées, je suis quelqu’un de très entêté. J’ai galéré pendant longtemps, je ne comprends d’ailleurs pas comment j’ai pu tenir le coup. Mon attitude a pu sembler irraisonnable à beaucoup, mais l’envie est restée intacte. Et puis, surtout, j’ai vécu, je me suis enrichi de mes rencontres, de mes déboires.

Marc Vlieger : "Je ne veux pas être réduit à n'être qu'un auteur de bandes dessinées"Avez-vous eu beaucoup de projets avortés ou refusés ?

MV : Pas mal, oui. Mais ce n’est pas le plus important. J’ai eu l’occasion de faire d’autres choses, d’autres métiers. Comme je ne pouvais vivre de la bande dessinée, j’ai pratiqué tous les petits boulots du monde, j’ai voyagé. J’ai ainsi pu travailler dans la publicité, comme pion dans des écoles, je me suis occupé de personnes handicapées. je n’ai pas uniquement le parcours classique d’un dessinateur mais aussi le chemin d’apprentissage d’un homme. Je ne veux pas être réduit à n’être qu’un auteur de bandes dessinées, je pense que tous ces voyages, toutes ces expériences nourrissent mon propos. Je crois que finalement ça a été une chance de ne pas avoir été trop tôt derrière une planche à dessin. J’ai ainsi pu aller à la rencontre des gens, j’ai pu découvrir leurs conditions de vie et être confronté à la précarité du monde du travail.

Dans votre nouvel album, vous remerciez Thierry Joor, votre directeur de collection. Quelle fut son influence sur votre parcours ?

MV : Je l’ai connu à l’époque ou il était libraire à Bruxelles. C’est probablement grâce à Thierry que j’ai pu mettre le pied à l’étrier, car il m’a aidé pour mon précédent album L’échangeur. Il a été très réceptif au type de bandes dessinées que je lui proposais, des histoires pas faciles à placer ! Mais Delcourt, mon éditeur, a bien compris l’approche originale de certains auteurs et leur a dédié deux nouvelles collections : Encrage (dans laquelle j’ai publié L’échangeur) et Mirages qui accueille mes Ames sombres.

En publiant dans ces collections, vous avez l’avantage de bénéficier d’une pagination libre

MV : Si ça ne tenait qu’à moi, je ne ferais que du 46 pages ! (rires) Je viens de réaliser deux romans graphiques, deux aventures marathon et j’aspire à quelque chose de plus court. Mais, on ne se refait pas, j’aime développer le caractère de mes personnages, leur personnalité et pour ça j’ai besoin de place. Pour bien raconter mes histoires, il me faut beaucoup de pages.

Quelle fut votre formation graphique ?

MV : J’ai suivi quelques cours mais c’est surtout mon cheminement personnel qui compte. J’ai bien sûr quelques personnes de référence qui m’ont aidé à progresser. Mais travailler seul dans son coin n’est pas mal non plus. On se retrouve face à soi-même, à ses capacités, ses envies et ses défauts ; il ne nous reste alors qu’à combler nos manques pour arriver à créer. Se mettre en danger, c’est aussi se mettre en progrès.

Avez-vous des influences parmi vos confrères ?

MV:J’ai une énorme admiration pour la carrière d’Hermann, il est un phare pour moi. Ses mises en scène sont extraordinaires, il fait vraiment du cinéma, ses personnages bougent avec naturel. Pour autant, je n’ai jamais été un recopieur, je n’appartiens à aucune école.

Vous proposez une bande dessinée très ancrée socialement, n’hésitant pas à prendre pour personnages principaux des exclus. Pourquoi cette approche rare en bande dessinée ?

MV : C’est là mon but, mon plaisir. J’aime à trouver l’âme de mes personnages, développer leur psychologie, les confronter à des difficultés, leur faire traverser des épreuves. Je parle des "petites gens" car j’en suis issu, je les connais bien, je les rencontre quotidiennement. Je me sens autant faire partie de leur famille que de la confrérie des auteurs de bande dessinée. Il ne faut jamais cracher sur ses origines, il faut savoir malgré tout élargir son horizon. Il est vrai que mes albums sont assez violents avec des personnages très durs. Créer ce type d’ouvrage n’est hélas pas un gage de succès public ! Après la sortie de L’échangeur , j’ai vécu une année très sombre car cet album n’a pas rencontré le succès. C’est durant cette période que j’ai eu l’idée de Ralf, cet être très violent, une franche crapule. Plus que le mauvais des

Ames sombres

, Brice. Ce personnage, un peu effacé, doit se situer par rapport à l’influence noire de Ralf et la lumière de Mélodie. Je suis de nouveau reparti pour 140 pages, un an et demi de travail ! Je garde un petit boulot sur le côté ; sinon, je me donne à fond pour la bande dessinée. Ce livre-ci est très bien accueilli par les médias et ça me pousse de l’avant. La course vers la reconnaissance fut longue, mais j’y suis arrivé et j’en suis ravi.

(par Erik Kempinaire)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Illustration (c) Vlieger & Delcourt.
Photo de l’auteur (c) Nicolas Anspach

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