Marché de la BD 2007 : Vive la surproduction !

26 décembre 2007 17 commentaires
  • Le rapport de Gilles Ratier pour l’ACBD le confirme : La production de la bande dessinée a encore progressé en 2007, pour la douzième année consécutive. Une vitalité qui, cette année encore ne se fait au détriment d’aucun des segments du marché, les traductions étrangères marquant pour la première fois le pas par rapport à l’année précédente.

Je vois d’ici les esprits forts du marketing chercher à mégoter : la comptabilité des albums produits dans l’année n’est en aucun cas un reflet du marché. C’est sûr. Pour cela, il faut attendre les chiffres des sondeurs Ipsos et GFK qui interviendront dans les prochaines semaines. Mais la fin de l’année est là et la productivité en nombre de titres des éditeurs est un indicateur suffisamment objectif de vitalité pour que l’on puisse dégager les premières analyses de tendances.

Marché de la BD 2007 : Vive la surproduction !
Naruto, le plus gros tirage des mangas en 2007
Editions Kana

Le nombre d’albums produits par un éditeur dans l’année traduit son espérance dans les capacités du marché à recevoir ses nouveaux titres. 80% de ces nouveautés étant produites par des maisons d’édition déjà bien établies, on peut supposer que leur risque est calculé. En outre, si un éditeur devait se « planter » sur un exercice, il est probable que l’année suivante une sévère correction viendrait tempérer ses ardeurs éditoriales. Cela semble être le cas des éditions Soleil cette année. C’est aussi le cas des éditeurs de bande dessinée coréenne qui se sont montrés bien moins entreprenants en 2007 que l’année précédente. Si ces chiffres n’étaient pris en compte que sur une année de référence, on aurait tout lieu de les regarder de façon suspecte. Mais avec sept années de profondeur, on peut dégager un certain nombre de lignes de force du marché qui viennent encore se confirmer cette année :

1/ Les bandes dessinées asiatiques gardent leur leadership avec 1428 nouveaux titres parus cette année contre 1418 l’année précédente avec plus d’opérateurs : 40 éditeurs ont publié de la BD asiatique cette année contre 30 l’année dernière .

Un leadership qui cependant marque le pas pour la deuxième année consécutive puisque le marché globalement progresse aujourd’hui plus vite que les mangas. Le « phénomène manga » commence-t-il son déclin ? C’est possible.

Sa progression ces dernières années s’expliquait notamment par une présence dans le catalogue de licences fortement porteuses, toutes soutenues pas des dessins animés, des jeux vidéo et des produits dérivés. Mais cette forte densité de blockbusters était due au retard que nous avions à rattraper : nous avons publié en 6 ans des séries que les Japonais ont mis entre 10 et 20 ans à construire. Aujourd’hui, les « grosses » licences se font plus rares, donc plus chères, et sont réservées, vu leur prix, aux gros opérateurs. Les nouveautés moins fortes médiatiquement devront trouver leur public « naturellement ». En outre, les marchés annexes, comme le Manwha coréen subissent, cette année, une sévère correction : 130 titres publiés cette année contre 259 l’année dernière. Pour le marché du manga en France, la situation devient moins facile. Par ailleurs, la BD franco-belge a fini par entendre la leçon du phénomène manga.

Lucky Luke de Morris : Un film et un jeu vidéo en 2007 : une valeur sûre.
(c) Dargaud / Lucky Comics

2/ La production franco-belge, cette année stationnaire, se réforme lentement mais sûrement.

D’année en année, les productions audiovisuelles ou les jeux vidéo tirés de bandes dessinées européennes se font de plus en plus nombreux : Lucky Luke, Largo Winch, Persepolis, Franky Snow… et bientôt un nouvel Astérix, avec une distribution ahurissante, et une adaptation vers 2009 de Tintin par le duo Steven Spielberg/Peter Jackson. Ces derniers blockbusters devraient conforter une tendance porteuse pour la BD franco-belge au niveau mondial.

Thématiquement aussi, les gros éditeurs comme Média-participations ont compris qu’ils ne pouvaient ignorer plus longtemps les normes planétaires que sont l’Héroïc Fantasy et la Science-Fiction, même si leur point fort reste le « tout public » enfantin et d’aventure, et surtout l’humour.

Le secrétaire de l’Association des Journalistes et des Critiques de Bande Dessinée (ACBD), Gilles Ratier a raison de souligner le phénomène marquant de cette année : la profusion des bandes dessinées adaptées d’œuvres littéraires. Elle traduit à la fois une demande de scénarios bien charpentés (et pour cela, les Stevenson, Molière et autres Jules Verne sont inusables), une volonté de relier la BD aux meilleures sphères culturelles, mais aussi de rassurer les circuits de vente avec des « marques » (si l’on peut désigner ainsi les auteurs adaptés) clairement identifiables. Ce n’est pas toujours un facteur de réussite. On se souvient que l’adaptation en BD de la « marque » Sulitzer n’avait pas laissé que de bons souvenirs… Mais là, le phénomène prend.

"Global Manga"

XIII, le plus gros tirage franco-belge en 2007
(C) Dargaud

Par ailleurs, le genre « manga » fait l’objet d’un intérêt croissant des opérateurs français. Des éditeurs comme Ankama (Dofus) mais surtout les Humanoïdes Associés avec la collection Shogun, Delcourt avec Pink Diary, Pika (Dys, Dreamland), Kami (groupe Tournon) avec la collection Yokaï et enfin récemment la série Lanfeust de Troy chez Soleil multiplient les tentatives de « mangas français » dans leur catalogue. Avec un succès contrasté mais porteur d’avenir : plus de 20.000 ex au titre pour Dofus, le manga d’Ankama. Mais il est vrai qu’il s’appuie sur un univers vidéoludique qui jouit d’un parc de 650.000 joueurs en ligne. Avec plus de 7.000 ex pour certains des « bons » mangas des Humanos dont certains se distinguent par l’excellence de leur scénario, comme Sanctuaire Reminded, cette collection de création arrive néanmoins à l’équilibre grâce à… de bonnes ventes à l’étranger ! Une tendance qui procède de l’émergence du « global manga », une production de mangas non-japonais issus de tous les pays du monde : États-Unis, Europe mais aussi Chine, Corée ( environ 10% de la production française de mangas), Malaisie…

Enfin, en particulier avec les collections Puceron et Punaise chez Dupuis, les séries de la revue Tchô (Titeuf en tête) ou encore Lou de Julien Neel, mais aussi des standards comme Kid Paddle, Lucky Luke ou Cédric, la bande dessinée a retrouvé le chemin de la jeunesse (la présence de séries télé tirées de ces bandes dessinées sur les écrans n’est pas sans expliquer ce phénomène : Titeuf, Franky Snow, Lucky Luke, Cédric, Kid Paddle font à la fois de bons ratings dans les programmes jeunesse et des scores enviables en salle, comme en librairie).

Delcourt en force, Soleil en recul.

Sillage de Buchet & Morvan, locomotive de Delcourt en 2007.
Ed. Delcourt

Du point de vue de la production en titres, la palme revient cette année aux Éditions Delcourt avec 484 titres publiés cette année-ci contre 412 l’année dernière. Média-Participations arrive juste derrière avec là-aussi une progression notable : 474 nouveautés en 2007 contre 421 en 2006. Progression importante aussi chez Casterman avec 316 titres publiés en 2007 contre 262 en 2006).

Glénat, qui a du remplacer cet été son directeur général et deux de ses directeurs éditoriaux (dont celui des mangas), et qui a racheté dans le même temps le catalogue de la SEFAM/Albin Michel, subit un tassement tandis que, fait remarquable, Soleil opère un fort décrochage cette année avec 428 titres publiés cette année contre 624 l’année dernière. Une correction due à un volontarisme trop expansif l’année dernière ou à un « effet rugby », Mourad Boudjellal ayant pris en 2007 la direction du RCT, le club de rugby de Toulon ? Les deux, peut-être.

Il est remarquable de noter que les deux théories en présence : « Tout est bon dans la surproduction » (doctrine Guy Delcourt) et « On produit trop » (doctrine Claude de Saint-Vincent, PDG de Média-Participations) continuent de s’affronter pour conquérir des parts de marché (car là est l’enjeu) même si certains prêchent une chose et en pratiquent une autre.

3/ Les comics de plus en plus forts.

Grâce à un opérateur pro-actif : Panini Comics, les comics acquièrent de plus en plus d’audience. Mais aussi grâce à d’excellents "petits" éditeurs comme Çà & Là, Rackham, Akileos, Cornélius, Bamboo, Kymera, voire Wetta qui ont été chacun intelligemment actifs sur ce marché. La raison principale de cette pérennisation des comics sur notre marché est la présence des super-héros dans les salles : Spider-Man, Les X-Men, les Fantastic Four..., avec des films de bonne qualité et généralement fidèles aux bandes dessinées adaptées. Une tendance qui ne devrait pas faiblir ces prochaines années.

4/ Le boom des « Romans Graphiques »

Avec Persépolis, un auteur "indépendant" accède à la notoriété
(c) L’Association

Est-ce l’effet «  Persépolis  » ? Les romans graphiques ont fait cette année la meilleure progression tous genres confondus (319 titres parus en 2007, contre 248 en 2006). Il est vrai que le film de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud a dépassé le million de spectateurs en salle. Mais ce n’est pas suffisant pour expliquer un phénomène désormais mondial et qui concrétise l’attribution d’une partie des linéaires dévolus au roman littéraire à de plus en plus de bandes dessinées. Les nouvelles générations ne discriminent plus les histoires en images comme auparavant. Au fond, que le livre soit typographié ou dessiné, ce qui compte, c’est le sujet, l’intrigue, les personnages, l’univers. En conséquence, le format roman est de plus en plus utilisé, et même de préférence utilisé, pour des œuvres plus adultes offrant ce que l’on appelle des « sujets de société » ou même des créations plus personnelles. Le bon rapport entre le coût et le prix de vente, sa proximité avec des œuvres littéraires fortes ont contribué à décoincer les plus grands éditeurs de la littérature française : Gallimard, Grasset, Le Seuil… ont tous des romans graphiques à leur catalogue. Parfois même, comme c’est le cas chez Gallimard, cette proximité permet le mariage de deux « marques » fortes comme Joann Sfar et Antoine de Saint-Exupéry, l’un et l’autre publiés par l’éditeur de la rue Sébastien-Bottin et qui signeront bientôt ensemble l’adaptation en BD du Petit Prince.

La production des nouveaux titres en 2007 montre que, depuis 7 ans, les mangas ont progressé sans nuire aux autres genres.
Source : Gilles Ratier / ACBD - Infographie : L’Agence BD

Vive la surproduction !

Cette vitalité de la BD, on ne peut que s’en féliciter. On le voit bien : le succès des mangas a tiré toute l’industrie de la bande dessinée sans empiéter sur aucune des plates-bandes occupées par les différents genres.

Mieux : en conquérant des nouveaux publics, le manga a ramené les jeunes en libraire, enrichi les éditeurs (Kana, Glénat ou même Cornélius doivent sans doute l’essentiel de leur marge de l’année 2007 aux mangas), amélioré la trésorerie des libraires, leur permettant ainsi d’investir dans d’autres genres moins faciles, comme le roman graphique ou les comics et, plus que tout, il a remis en cause les habitudes d’une corporation trop fermée sur elle-même en lui redonnant une perspective d’avenir.

La surproduction actuelle enfin offre au lecteur un choix inouï, jamais atteint par la BD auparavant, un choix qui permet d’entretenir des publics (féminin, sportif, etc.) et des marchés de niche (cross-branding avec le cinéma et les jeux vidéo) à des niveaux que l’on n’aurait jamais imaginés auparavant.

Mais cette rude concurrence fragilise bien évidemment les éditeurs les moins capitalisés, dont le catalogue est moins assuré, moins clair que celui de ses concurrents. Elle réduit la durée de vie des nouveautés sur le point de vente (mais les développements de l’Internet ont tendance à réduire cet impact) et oblige le libraire à une meilleure gestion de son stock et à une meilleure connaissance de sa clientèle. Par ailleurs, on objecte souvent que cette situation réduit le tirage des ouvrages et donc pénalise leur rentabilité.

Le Chat de Geluck, best-seller en 2007

Ce sont des faux procès : sur la question de la réduction des tirages, on peut au contraire affirmer que la modernisation des processus d’impression a fait baisser notablement les prix de revient. Un manga est rentable à moins de 2.500 exemplaires ; un album couleur à 7-8.000 contre 12.000 il y a encore quelques années. Ce sont des investissements raisonnables.

Deux arguments plaident en faveur d’une surproduction volontariste. Le premier est statistique : plus on produit de nouveautés, plus on a de chances de découvrir une œuvre exceptionnelle. Le second est logique : si on laisse sans réagir les créateurs étrangers prendre la place des créateurs nationaux sans proposer en face une offre adaptée, renforcée par une forte concurrence sur le marché intérieur, et susceptible de rivaliser avec nos compétiteurs, l’industrie de la BD franco-belge disparaîtra de nos contrées et nos créateurs iront se faire publier aux États-Unis et au Japon.

Si, au contraire, nous profitons de la manne des mangas pour financer une création de qualité et compétitive, ce seront les auteurs étrangers qui viendront publier chez nous, car nous aurons fait la preuve de notre capacité à conserver, malgré une très forte concurrence, notre originalité et notre vitalité dans le concert de la bande dessinée mondiale.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Le rapport de Gilles Ratier/ACBD (document en PDF)

Le rapport de Gilles Ratier
 
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17 Messages :
  • Marché de la BD 2007 : Vive la surproduction !
    26 décembre 2007 23:56, par kstor

    Les auteurs seraient des marques, et les femmes un "public" au même titre que les sportifs...

    On apprend que Cornélius est un "excellent petit éditeur actif sur le marché des comics" à côté de Wetta et Bamboo... Je pense que Gilbert appréciera : ça lui apprendra de fricoter avec Crumb (Rappelons au passage que Wetta est un excellent petit éditeur qui publie du sous-Petit vampire et du sous-Garfield en insérant des publicités dans ses livres imprimés en Chine).

    On apprend que la surproduction offre un "choix inouï" : 3312 strictes nouveautés, si j’ai bien lu le rapport, ce qui nous fait 9 titres nouveaux par jour (y compris les Dimanche). La question est : combien sont visibles et accessibles aux lecteurs ?

    "La rude concurrence fragilise les éditeurs les moins capitalisés, dont le catalogue est moins clair que celui de leurs concurrents". Pourtant, un des catalogues les moins clairs de la place est bien celui de Delcourt (qui s’étend des blagues belges à Chris Ware).

    Vos arguments qui plaident en faveur d’une "surproduction volontariste" (!) me semblent spécieux. En particulier, je ne crois pas que "l’oeuvre exceptionnelle" ait grand chose à faire d’une comptabilité statistique. Elle tient au talent d’un auteur, au nez et à la compétence d’un éditeur. Pas à l’hystérie et à la course au best-seller.

    Vous avez pris l’heureuse initiative de donner une visiblité au très bon "Colibri" de Guillaume Trouillard via l’interview de l’auteur. Trouillard, en sa qualité d’éditeur, n’a publié cette année que trois livres dont au moins deux sont parmi les plus originaux et les plus remarquables du moment.

    Sauf qu’à cause de la surproduction (volontariste), ce moment est déjà passé. Faites le tour des librairies proposant encore ces deux ouvrages en supposant qu’elles les aient proposés un jour : au mieux, les bouquins sont bien planqués sur la tranche car il fallait faire de la place à XIII, à Sillage et éventuellement aux x "nouveaux Persepolis" de l’avant Noël.

    Voilà la real politik économique appliquée à la bande dessinée. La main invisible du Marché caresse la surproduction volontariste. Youpi, disent les experts !

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 27 décembre 2007 à  08:46 :

      Les auteurs seraient des marques, et les femmes un "public" au même titre que les sportifs...

      Mais oui, cela n’annule pas leurs autres qualités.

      On apprend que Cornélius est un "excellent petit éditeur actif sur le marché des comics" à côté de Wetta et Bamboo...

      Ah bon, Cornélius n’est, selon vous, pas un excellent éditeur ? Vous préférez nier l’évidence et diffamer Wetta, un petit éditeur indépendant qui a ses comptes à La Poste. Pour qui roulez-vous ?

      La question est : combien sont visibles et accessibles aux lecteurs ?

      Le réponse sort des Evangiles : "Ils avaient des yeux et ils ne voyaient pas". Aujourd’hui, au temps d’Internet, le public a d’autres moyens de visibilité. Même les plus petits éditeurs ont leur blog (ou un blog de fidèles affidés). Il existe d’excellentes librairies spécialisées qui mettent en avant les petits éditeurs. Que le système marchand soit dominant, c’est le cas pour n’importe quelle marchandise (niez-vous que la culture s’achète ?). Retournez votre colère contre le système, si ça vous chante. Le propos de mon article (et de l’étude de Ratier) était de faire un constat. Je pense sincèrement que la situation des années 90 où l’offre était famélique était pire que celle d’aujourd’hui. Tous les libraires que j’ai interrogés ont plutôt l’air content. J’en ai vu un dans la journée du 24 décembre qui se félicitait d’avoir mis au point un système informatique qui lui permettait d’anticiper les attentes de ses clients, même les plus pointus.

      Pourtant, un des catalogues les moins clairs de la place est bien celui de Delcourt (qui s’étend des blagues belges à Chris Ware).

      Delcourt est la preuve qu’on peut être un bon commerçant et un éditeur intelligent. Les deux exemples que vous me donnez se sont très bien vendus et ont été édités et commercialisés avec le même soin.

      En particulier, je ne crois pas que "l’oeuvre exceptionnelle" ait grand chose à faire d’une comptabilité statistique. Elle tient au talent d’un auteur, au nez et à la compétence d’un éditeur. Pas à l’hystérie et à la course au best-seller.

      La statistique n’est pas une croyance, c’est un outil scientifique. La bande dessinée de qualité ne prospère que dans un environnement favorable (création, fabrication, diffusion, marché). Les pays défavorisés comme l’Afrique ont bien plus de mal que nous à faire éclore les talents. Oui, nous sommes des privilégiés, alors arrêtons le discours misérabiliste.

      Vous avez pris l’heureuse initiative de donner une visiblité au très bon "Colibri" de Guillaume Trouillard via l’interview de l’auteur. Trouillard, en sa qualité d’éditeur, n’a publié cette année que trois livres dont au moins deux sont parmi les plus originaux et les plus remarquables du moment.

      Je suis heureux que vous ayez noté la chose. Soyez assuré que nous aimerions le faire davantage. Si nous n’y parvenons pas, c’est parce que nous respectons toute forme de création, et parce que nous manquons de moyens financiers et humains.

      Sauf qu’à cause de la surproduction (volontariste), ce moment est déjà passé. Faites le tour des librairies proposant encore ces deux ouvrages en supposant qu’elles les aient proposés un jour : au mieux, les bouquins sont bien planqués sur la tranche car il fallait faire de la place à XIII, à Sillage et éventuellement aux x "nouveaux Persepolis" de l’avant Noël.

      Ces arguments n’ont pas de sens : c’est comme si vous demandiez à un boucher de vendre uniquement les morceaux nobles et pas le mou pour le chat (référence à Prudence Petitpas). Le libraire a bien le droit de gagner sa vie et quelqu’un d’aussi intelligent que vous saura toujours consacrer son temps à chercher la perle rare. Et puis ce n’est pas vrai ce que vous dites. Le 24, j’étais chez un des gros libraires BD de la capitale belge et j’ai vu des piles de Chris Ware à côté des Sillage.

      Voilà la real politik économique appliquée à la bande dessinée. La main invisible du Marché caresse la surproduction volontariste. Youpi, disent les experts !

      Blabla. Et, oui, youpi.

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      • Répondu par Paton le 27 décembre 2007 à  11:59 :

        Vendre "avec le même soin" ses blagues belges et C.Ware ferait de Delcourt un bon éditeur.
        je ne dis pas que Delcourt est un mauvais éditeur.
        Je dis qu’Actuabd trouve sa limite dans ce genre d’affirmation, même si vous nous resservez à chaque fois votre tirade sur le "site généraliste" que vous souhaitez être, s’intéressant à toutes les formes de bande dessinée.
        En insinuant ainsi que tout se vaut, vous collaborez à la confusion ambiante.
        Dommage.

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        • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 27 décembre 2007 à  12:38 :

          Vendre "avec le même soin" ses blagues belges et C.Ware ferait de Delcourt un bon éditeur. je ne dis pas que Delcourt est un mauvais éditeur. Je dis qu’Actuabd trouve sa limite dans ce genre d’affirmation, même si vous nous resservez à chaque fois votre tirade sur le "site généraliste" que vous souhaitez être, s’intéressant à toutes les formes de bande dessinée.

          Ce sont plutôt les limites de votre logique et de votre discours qui sont mises à mal par Delcourt qui édite à la fois "Les blagues belges", "Sillage" mais aussi Chris Ware et Alan Moore. J’ose affirmer que Delcourt a produit ces ouvrages avec le même soin. Immédiatement, vous parler de "vendre" avec le même soin, en cherchant à réduire mon propos. J’affirme aussi que Delcourt ne vend pas ces ouvrages de la même manière puisqu’ils s’adressent à des cibles très différentes. Votre position est intenable et vous n’avez plus à opposer que des arguments de mauvaise foi du genre "vous nous resservez à chaque fois votre tirade". Là sont vos limites.

          En insinuant ainsi que tout se vaut, vous collaborez à la confusion ambiante.

          Je pense que mon article clarifie au contraire, s’appuie sur le travail de bénédictin de Gilles Ratier pour essayer de dégager les lignes de force du marché.

          Et oui, commercialement, tout se vaut. Eh non, culturellement, tout ne se vaut pas. ActuaBD le démontre tous les jours mais ça, vous préférer l’ignorer.

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          • Répondu par Jeanjean le 27 décembre 2007 à  20:53 :

            Bonjour,
            Tout d’abord merci pour votre analyse du marché de la bd. Il m’a éclairé, moi, modeste amateur de bd.
            Il n’y a pas de bon ou de mauvais éditeurs. Il y a des maisons d’édition qui font un choix éditorial.
            Parmi le nombre de bd annoncé dans votre enquête, je n’en ai pas trouvé la moitié chez mon libraire spécialisé (j’habite la campagne). Celui-ci croule sous les nouveautés, n’a plus le temps de les lire, n’y de les conseiller. Moi même, je suis dépassé par la situation. Je cherche les albums de mes séries régulières dans la masse et j’en perd en cours de route. Comme il n’y a pas de véritables catalogues d’éditeurs, on ne sait plus si notre série est sortie ou pas.
            Le succès du manga a incité les éditeurs à lancer ce que l’on (les habitués de la librairie bd) appelle du faux manga. Cela ressemble (heu !) à du manga, c’est dessiné à la façon du manga... mais les scénarios ne suivent pas... Il y a certainement dans le lot de bonnes séries mais dans la masse qui sort... on ne les voit plus.
            Très souvent, on est tenté par un nouvel album qui est proposé... qui n’a jamais de suite. Devant le prix de vente public d’une bd, on devient prudent.
            Il est parfois impossible à notre libraire de commander des titres anciens.
            Dernièrement, je lisais dans mon quotidien que les éditeurs s’étonnaient du succès de la sortie d’intégrale de "vieilles séries" comme Tif et Tondu. Ce n’est pas un sentiment de nostalgie qui pousse à l’achat, c’est la qualité de l’album, son histoire.
            Le bas qui blesse aujourd’hui, parmi la production, c’est le manque de vrais scénaristes (d’où le succès, à mon avis, des adaptations d’auteurs à succès tombés dans le domaine publique. L’acheteur sait qu’en achetant une bd tiré d’Alexandre Dumas ou d’autres, il passera un bon moment même s’il connait l’histoire. De plus, c’est un bon moyen pour faire découvrir la littérature classique à des ados).
            Qu’est-ce qui me pousse à acheter des mangas, moi, un lecteur de plus de 40 ans ? Non pas le dessin qui est parfois limite, mais l’histoire qui est passionnante.
            Certains éditeurs, voyant le succès des mangas, se sont mis à publier tout et n’importe quoi.
            Il faut faire le tri (1) : une bonne heure chez mon libraire chaque semaine. Certains éditeurs annoncent des titres ou des suites qu’on ne voit jamais ou d’autres deux volumes par an alors que la série est terminée au Japon parfois depuis plus de 10 ans. On a parfois l’impression que parce que c’est du manga, on a le droit de se foutre des lecteurs. Je trouve cela scandaleux.

            Paradoxalement, j’en viens à acheter moins de bd auparavant.

            Voilà quelques réflections d’un amateur de bd.

            (1) Delcourt vient de sortir une nouvelle série qui est vraiment très bonne : Les fils de la terre (2 vol.) de Hideaki Hataji et de Jinpachi Mori. Un manga qui l’air de rien vous apprend beaucoup de choses sur l’économie du Japon.

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            • Répondu par Loïc le 28 décembre 2007 à  11:36 :

              Juste pour info afin que ma pilosité ne soit plus contrariée inutilement :
              " le genre « manga » fait etc. "
              Le manga n’est en aucun cas un genre. Essayez, c’est facile, pour ne plus commettre cette hérésie se répéter en boucle "Le manga n’est pas un genre, le manga n’est pas un genre..."

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              • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 28 décembre 2007 à  13:32 :

                Je lis le dictionnaire de la langue française :

                Genre : "Ensemble d’êtres ou d’objets ayant la même origine ou liés par la similitude d’un ou de plusieurs caractères. "

                Expliquez-nous en quoi cet usage est illégitime, avant de vous arrachez inutilement les cheveux.

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                • Répondu par Loïc le 28 décembre 2007 à  14:38 :

                  En ce cas, la bande dessinée suisse est un "genre", la bande dessinée belge est un genre, la bande dessinée française est un genre... et soyons sérieux, nous n’en parlons jamais en ces termes. Le Josei, Kodomo, Redisu, Seijin, Seinen, Shōjo ou Shōnen pour ne citer que les plus célèbres sont des "genres" de mangas, là nous serions en accord. Parler de la bande dessinée japonaise en tant que genre, c’est englober dans un tout une multitude de bds différentes. Je me répète mais je crois que personne ne se risquerait à commencer une phrase par "Le genre bande dessinée se vend bien...".
                  Si ce n’est pas proscris selon votre définition, cela apparait toutefois (très) maladroit.

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                  • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 28 décembre 2007 à  16:09 :

                    En ce cas, la bande dessinée suisse est un "genre",

                    Si on peut parler de bande dessinée suisse, entre Toepffer, Derib, Cosey et Zep, des auteurs très disparates, elle ne constitue pas un genre.

                    la bande dessinée belge est un genre, la bande dessinée française est un genre... et soyons sérieux, nous n’en parlons jamais en ces termes. Le Josei, Kodomo, Redisu, Seijin, Seinen, Shōjo ou Shōnen pour ne citer que les plus célèbres sont des "genres" de mangas, là nous serions en accord.

                    Vous voulez ignorer que les "genres" manga, franco-belge, comics ou roman graphique ont des caractéristiques communes : format, style de dessin et de narration, voire gamme de prix ou même nationalité. C’est pourquoi je mentionnais le terme de "global manga" qui regroupe tous les mangas quelle que soit leur origine. Je suis en train d’écrire des choses à ce sujet.

                    Après, on peut parler de sous-genres ou de sous-catégories, car genre ou catégories ont le même usage.

                    Parler de la bande dessinée japonaise en tant que genre, c’est englober dans un tout une multitude de bds différentes.

                    Et alors ? Nous n’hésitons pas non plus à parler de "genre" shônen ou seinen. Vous cherchez à établir une complexité lexicale qui n’a pas lieu d’être, à mon sens. N’oubliez pas que nous nous adressons à un public généraliste. Personnellement, je suis opposé à cette technique de marketing qui nous impose à parler de "Big Mac" pour désigner un hamburger, ou un "Coca" pour un cola.

                    Je me répète mais je crois que personne ne se risquerait à commencer une phrase par "Le genre bande dessinée se vend bien...".

                    Et pourquoi pas ? Un libraire généraliste pourrait le dire. Je ne suis pas choqué par la phrase suivante ; "Parmi les différentes catégories de livres, le genre "bande dessinée" se vend mieux que les autres". (Ce qui n’est pas faux, en plus).

                    Si ce n’est pas proscris selon votre définition, cela apparait toutefois (très) maladroit.

                    Sincèrement, je ne crois pas.

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                    • Répondu par Alex le 29 décembre 2007 à  01:56 :

                      Débat très intéressant, que j’aimerai poursuivre bien qu’il dérive de l’en-tête. Je suis d’accord avec DP -pour une fois. Le Manga est un genre, je peux le ressentir dans mes fibres de lecteur... c’est difficile à expliquer. Mais ça a à voir avec le découpage je crois. Pour être très sincère la lecture de mangas -ou de bandes dessinées japonaises, si vous voulez toujours réfuter le terme de "genre" à cette façon de pratiquer la bd- m’est un peu ardue... mais après qq pages ça "glisse". Ma conclusion face à cette réaction étant : je ne suis pas familier avec ce GENRE -tout genres confondus pourrai-je ajouter.

                      Un détail, DP parle de bd franco-belge : mais je me demande si cela existe. La place manque sur un forum mais je peux définir les singularités d’une bd belge, pour une bd française cela me semble moins évident...est-ce ma nationalité qui m’aveugle ?

                      Alors, "similitudes d’un ou plusieurs caractêres"... On peut déjà se le demander à un niveau franco-belge, mais c’est poutant un "genre" particulier qui représente une façon particulière et unique de pratiquer la bd avec un vaste champ d’interpréations créatives... La bd japonaise se différencie totalement de ce style -nous sommes d’accord ? Donc nous pouvons parler de "genre".

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                      • Répondu par Loïc le 29 décembre 2007 à  14:58 :

                        Dire de Shigeru mizuki et Masakazu Yatsura qu’ils font le même genre de livre juste parce qu’ils sont japonais me parait grossier. Vraiment.
                        Mais ça vous l’avez compris je crois.

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                        • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 29 décembre 2007 à  15:13 :

                          Oui, bien que je ne vois pas où est la grossièreté. Et oui, ils ne font pas non plus le même genre de livre (ou de bande dessinée) que Franquin ou Alan Moore. L’acceptation de la différence dans une globalité est la base même de toute attitude intelligente. Le mot "intelligence", est dérivé, comme le mot "religion", du latin "ligare", lier. Il ne s’agit donc pas ici de séparer mais plutôt de réunir et de hiérarchiser.

                          Cette question de définition de la BD est plutôt bien traitée dans la fiche idoine de Wikipedia. Je vous invite à vous y reporter.

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                          • Répondu par Loïc le 29 décembre 2007 à  17:31 :

                            Dans les épisodes précédents

                            Didier Pasamonik :
                            "Alan Moore et Mizuki font le même genre de livre, c’est à dire de la bd. Si on veut approfondir, on ajoute que Mizuki fait même du genre manga comme Katsura. Ne pas accepter ceci caractèrise une absence d’intelligence"
                            (corrigez moi si il y a erreur d’interprétation mais je crois avoir fourni une bonne synthèse)

                            Et maintenant votre épisode

                            Loïc :
                            Je ne partage décidément pas ce point de vue et pourtant je ne suis guère un puriste qui aime jouer sur les mots.
                            Comme ceci est mon dernier commentaire sur cete article, je tenais au passage et alors que je ne l’ai pas encore fait à féliciter Gilles Ratier pour ce travail toujours intéressant.

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                            • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 29 décembre 2007 à  17:49 :

                              Ne pas accepter ceci caractèrise une
                              absence d’intelligence"

                              Vraiment, Loic, vous ne m’avez pas compris (outre le fait que c’est un peu bizarre de se retrouver traduit et résumé par vos soins, ce qui est un peu cavalier). Je donnais une définition de l’intelligence à partir de son étymologie. La fonction de l’intelligence (et c’est mon seul propos) est de relier les choses entre elles par une logique interprétative, pas de les séparer par des définitions intangibles, sauf à chercher à les hiérarchiser, ce qui est encore une façon de les relier entre elles.

                              Si je renvoyais nos lecteurs à la fiche de Wikipedia, c’est précisément parce qu’elle s’étend longuement sur la difficulté de la définition de ces "genres" de la BD.

                              On peut constater un désaccord entre nous sans pour autant que vous preniez la mouche.

                              Effectivement, dans ce cas, il vaut mieux arrêter le débat.

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                              • Répondu par Smiley_Bone le 29 décembre 2007 à  21:52 :

                                Donc si j’ai bien compris la bande dessinée suisse n’est pas un genre et est disparate parce que Cosey ne dessine pas comme Ibn Al Rabin, par contre lorsque le même argument est avancé pour la bande dessinée japonaise avec Mizuki et Katsura, il ne fonctionne plus. C’est rigolo quand même je trouve.

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                                • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 30 décembre 2007 à  01:00 :

                                  Vous avez raison de soulever la contradiction. Bien sûr qu’elle est un genre mais, avouez-le, entre Derib et Peeters, pas vraiment clairement identifié par l’usage.

                                  Dans un article précédent, je qualifie même la BD francophone, pour rendre hommage à Titeuf, de "franco-belgo-suisse".

                                  On peut, si vous le voulez, inventer la BD franco-belgo-helvetico-DomTomo-canadienne. Qui dit mieux ?

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                                  • Répondu par Alex le 30 décembre 2007 à  23:06 :

                                    "On peut, si vous le voulez, inventer la BD franco-belgo-helvetico-DomTomo-canadienne. Qui dit mieux ?"

                                    Je ne peux dire mieux, donc je dirai moins : à la lecture des contributions j’en viens à me demander finalement si la définition de "genre" n’aurait pas à voir avec la pratique d’un language. La langue définierait-elle la façon de pratiquer la bd ?

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