Marvano & Magda : "Les petits Adieux est un album né suite à lecture du journal d’une victime d’un pédophile "

17 février 2010 2 commentaires
  • {{Marvano}} et {{Magda}} abordent le thème difficile de l’accompagnement dans l’anonymat de personnes en détresse dans le cadre d'une structure de type télé-accueil. Avec sensibilité et émotion, Marvano a bâti un drame où l’inimaginable reste suggéré. Les auteurs nous parlent de ce récit bouleversant.

Marvano & Magda : "<i>Les petits Adieux</i> est un album né suite à lecture du journal d'une victime d'un pédophile "Après avoir longtemps travaillé sur les histoires des autres, pourquoi avez-vous souhaité raconter les vôtres avec la trilogie Berlin et aujourd’hui Les Petits Adieux ?

Marvano : Ce n’était pas la première fois que j’écrivais moi-même une histoire. En 1994, j’avais signé Les sept Nains dans la collection Aire Libre des éditions Dupuis. Cet album a intégré, en 2007, la trilogie Berlin. Auparavant, j’ai adapté en BD les histoires écrites par Joe Haldeman. À vrai dire, cela me plaît d’inventer des récits et de les transposer sur papier. Je contrôle toutes les étapes de la création. Je suis le seul maître à bord, à côté de Dieu.

Berlin était une trilogie qui racontait le destin de gens marqués par la Seconde Guerre. L’espionnage est un genre qui vous intéresse plus particulièrement ?

Marvano : L’espionnage m’importe peu. L’histoire, c’est-à-dire les événements qui se sont déroulés à partir de la fin des années 1930, m’intéressait beaucoup plus. Cette époque a formé notre monde. Beaucoup de gens ne s’en rendent même plus compte aujourd’hui. C’est vraiment une période charnière dans notre histoire. Je ne suis pas très amateur des récits policiers et d’espionnage. Mais j’ai dû inclure une part de mystère dans mon histoire pour contenter le lecteur. Les événements que nous vivons actuellement ont des parallèles inquiétants avec ce qui s’est passé il y a 70 ans. L’histoire se répète d’une manière angoissante…

Extrait de l’album "Les Petits Adieux"
(c) Magda, Marvano & Le Lombard.

Vous publiez aujourd’hui « Les petits Adieux », un récit que vous scénarisez pour Magda. Écrire pour un autre, était-ce naturel ?

Marvano : Non. Pas du tout ! Les petits Adieux est un récit que j’ai commencé à construire il y a une quinzaine d’année. J’y travaillais de temps en temps…

Magda : La série Charly s’est arrêtée, ce qui m’a laissé du temps libre pour m’atteler à un autre projet. Il y a quelques années, Mark (Marvano) et Olivier Wozniak, mon époux, devaient réaliser cet album ensemble. Mais finalement, cela ne s’est pas fait ! Olivier m’a rappelé que Mark avait ce projet sous le coude. Il s’est montré insistant en me disant que le côté psychologique de cette histoire me conviendrait. J’ai contacté Mark et il s’est montré immédiatement enthousiaste.

Pourquoi avoir mis autant de temps à accoucher de cette histoire ?

Marvano : Tout simplement parce qu’il n’y avait aucune urgence pour moi à le faire. J’ai lu, par hasard, un journal intime, à cette époque. C’était le journal d’une victime d’actes pédophiles. Les mots qui étaient écrits ont mis en marche une mécanique, et je savais que j’allais un jour ou l’autre traiter ce sujet en bande dessinée. En lisant ce journal, j’ai eu l’impression que les victimes ne savaient pas quoi faire de leurs traumatismes, de ce qu’elles avaient vécu. Elles ne savent même pas si les actes qu’elles ont endurés étaient bons ou mauvais. J’ai eu l’impression que la personne qui avait rédigé ce journal pensait que ce qu’elle avait vécu était normal ! Ce journal avait été rédigé bien avant l’affaire Marc Dutroux.

Magda, qu’est-ce qui vous avait touchée dans cette histoire ?

Magda : L’histoire parle d’une jeune fille qui a subi un traumatisme au cours son enfance. J’en ai moi-même subi un durant la mienne. Heureusement, il est d’un autre ordre. Mais je pouvais percevoir les répercussions que ce type de fait peut avoir sur la personnalité et le physique de la jeune fille. J’avais énormément d’empathie pour elle. Je me suis immédiatement sentie impliquée par cette histoire. Je la ressentais physiquement…

Vous restez pourtant dans la suggestion.

Magda : Effectivement ! Nous ne montrons rien. Mais nous faisons comprendre la gravité de ce qui s’est passé par les émotions, les expressions des personnages. Ceux-ci devaient être humains.
Véhiculer des émotions à travers mon style est un exercice que j’aime beaucoup accomplir. C’est même l’une de mes forces en tant qu’auteur. Ma plus grande faiblesse est la représentation des scènes d’action. Je n’ai pas eu de difficulté à dessiner Les petits Adieux. J’éprouvais même une exaltation à passer à autre chose après avoir dessiné Charly pendant quinze ans !

Marvano est également dessinateur. Ressentiez-vous une différence dans son écriture par rapport à Denis Lapière ?

Magda : Oui. Marc dessinait des croquis. Il ne devait pas m’expliquer longuement sa vision par des mots. C’était plus facile pour lui de travailler de la sorte.

Extrait de l’album "Les Petits Adieux"
(c) Magda, Marvano & Le Lombard

Christine, votre personnage, travaille dans un centre de télé-accueil et écoute des personnes suicidaires. Vous êtes-vous documentée sur ce genre de centre ?

Marvano : Non. Je connais des gens qui travaillent comme bénévoles dans de tels centres. Ils m’ont un peu parlé de leur fonctionnement. Ils m’ont confirmé que l’anonymat y était la règle d’or. Je n’avais besoin que de savoir cela pour bâtir mon histoire. Il ne s’agit pas d’une étude documentaire sur ces centres.

Nous vivons une époque où le moindre de nos actes peut être repéré par l’utilisation d’une carte bancaire, d’un téléphone mobile, ou de l’Internet … Une activité où l’anonymat n’existe plus, c’est paradoxal.

Marvano : Malgré les possibilités de communication, les appels vers les centres de télé-accueil sont en hausse constante. Les gens ne savent plus communiquer entre eux ou ne sont même plus capables de le faire.

Magda : L’approche physique entre les hommes se fait de plus en plus difficilement. Auparavant, les adolescents étaient obligés de faire l’effort de s’intégrer à un groupe. Aujourd’hui, ils utilisent Internet pour le faire. Les personnes un peu timides éprouvent beaucoup de difficulté à avoir des contacts physiques. Ils se renferment donc encore plus qu’avant. Au lieu d’essayer de s’extérioriser.

Vous êtes dans la suggestion dans cet album. N’était-ce pas compliqué de faire comprendre l’inacceptable dans cette histoire ?

Marvano : Nous n’avions pas le choix. Nous ne voulions évidement pas montrer ce qui s’est passé. Il fallait être discret. Dès le début, je savais que l’on ne verrait pas la victime, la personne au téléphone.

Magda : Le récit contient beaucoup d’allusions et de fausses pistes.

Dupuis et Dargaud se sont associés dernièrement pour publier une intégrale de « La Guerre éternelle » et de « Libre à Jamais ».

Marvano : Oui. C’était formidable. Yves Schlirf a eu cette idée en découvrant l’intégrale Dallas Barr qu’avait publiée Le Lombard. Quinze ans séparent les deux récits. Il y a une sacrée différence dans mon graphisme.

Joe Haldeman intervenait-il dans l’adaptation ?

Marvano : Non. Il apprécie la bande dessinée, mais il ne s’en est jamais occupée. Il a très vite compris qu’on était sur la même longueur d’onde, et que je respecterais son travail. J’ai cependant fait quelques adaptations. Par exemple, dans le roman de la Guerre éternelle, les premiers extraterrestres que rencontrent les soldats étaient décrits comme une sorte d’oursons oranges, avec une troisième main qui sortait de leur poitrine (Rires). Je me voyais mal dessiner cela. Cela peut marcher en littérature, mais pas en bande dessinée. Mais l’esprit du roman a été conservé !

Marvano & Magda
(c) Nicolas Anspach

Quels sont vos projets ?

Marvano : Je travaille sur une trilogie appelée « Grand Prix ». Ce récit se passera durant les années 1930, à l’époque où les nazis sponsorisaient les équipes de Mercédès dans les courses automobiles. Ils le faisaient pour des raisons techniques et propagandistes. Étrange coïncidence : en 2010, pour la première fois depuis un demi-siècle Mercédès aura à nouveau une écurie en Formule 1.

Pourquoi est-ce qu’Hitler a financé ce constructeur ?

Marvano : Le traité de Versailles interdisait aux Allemands d’effectuer des recherches sur l’aérodynamisme et les moteurs d’avion. Hitler s’est servi de l’industrie automobile pour contourner cette interdiction. Il voulait notamment imposer la coccinelle auprès du peuple allemand afin que les ouvriers des usines aient l’habitude de cadences folles. Et bien sûr, aient de l’expérience dans le domaine !

Et vous Magda, sur quel projet travaillez-vous ?

Magda : Un Secret avec Frank Giroud. Il sera développé en trois tomes et sera à nouveau axé sur un problème psychologique !

(par Nicolas Anspach)

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Photos (c) Nicolas Anspach

 
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