Marvel dans les années 50 – Collectif – Panini Comics

11 juin 2019 1 commentaire
  • Afin d'illustrer l'esprit des parutions Marvel durant cette décennie, l'éditeur Panini Comics a décidé de proposer aux lecteurs une sélection d'aventures vécues par Captain America à cette époque.

Les historiens, chercheurs en Sciences humaines et passionnés d’Histoire risquent de trouver leur compte avec cet album : ces aventures de Captain America montrent l’influence d’une époque sur la production d’une œuvre. En effet, en revenant sur le devant de la scène au début des années 1950, le personnage de Captain America est devenu le Commie Smasher, soit le destructeur de communistes ! Tout un programme en temps de Guerre froide sur le plan international et de mccarthysme [1] aux États-Unis.

Après avoir lutté contre les nazis durant la Seconde Guerre mondiale, Captain America se donne pour mission, toujours accompagné de Bucky, de protéger les États-Unis d’une nouvelle menace : le péril rouge ! Les aventures de Captain America ont ainsi pour but de démontrer l’existence de liens entre les idéologies nazie et communiste. En privant progressivement les hommes de leur liberté à travers le monde, elles remettent en question l’existence même de la démocratie aux États-Unis. Ces derniers doivent donc intervenir sur la plupart des continents afin de protéger les différentes populations menacées.

Grâce à cet album, on retrouve une large gamme des différentes confrontations portées en exemples de la lutte anti-communiste des États-Unis : Captain America prend ainsi part à la guerre de Corée, intervient secrètement durant la guerre d’Indochine, traque les agitateurs et espions communistes aux États-Unis, évite que l’Égypte ne bascule vers le bloc de l’est, mais aussi survole souvent un continent européen fracturé en deux. En résumé, on tient là un parfait illustré de la Guerre froide selon les États-Unis durant les années 1950 !

Marvel dans les années 50 – Collectif – Panini Comics
Crâne rouge, criminel nazi, s’est associé aux Soviétiques par profit financier !
© Marvel

À la lecture de ces histoires, il est important d’avoir conscience des enjeux d’époque, car la représentation des personnages non-Américains ou non-démocrates déclarés est clairement peu amène... Ainsi, les dignitaires ou super-héros soviétiques ont souvent des visages hideux, et les personnages de la Chine populaire sont représentés avec des traits et une couleur faisant ressortir un racisme ordinaire ardemment combattu de nos jours.

Si on grossit quelque peu le trait, Captain America et Bucky vivent alors des aventures similaires à celles des personnages de Blake et Mortimer d’Edgar Pierre Jacobs, mais infiniment moins fines en terme de fond. La forme de ces aventures est par ailleurs bien surprenante : elles font souvent moins de dix pages, ce qui donne un aspect expéditif aux différentes intrigues (qui n’ont par ailleurs pas le temps de densifier les personnages principaux).

Tordant quelque peu l’objectif originel, l’éditeur Panini a eu la bonne idée d’inclure une aventure de Captain America des années 2000 : dans ce récit situé durant les années 1950, la conduite de Captain America est jugée excessive et le sénateur qui conduit la chasse anti-communiste se révèle être un espion soviétique touchant du doigt son but de diviser la société américaine. Une grille de lecture plus contemporaine qui permet à l’éditeur de relativiser le propos d’une décennie, d’autant plus que son Captain America n’est pas Steve Rogers, mais un ancien cobaye nazi convaincu d’incarner le rêve américain !

Marvel dans les années 50 est un album qui nous a plutôt plu, car il nous a plongés sans artifice dans l’esprit d’une autre époque. Ainsi, si on est intéressé par l’Histoire, voire la période de la Guerre froide en particulier, on peut retrouver avec cet album des aventures férocement ancrées dans la société où elles ont vu le jour. Ces aventures permettent aussi de contempler les belles pages proposées par le dessinateur John Romita lors de ses premières années professionnelles. Il conviendra tout de même au lecteur de contextualiser sa lecture de cet album, de nombreux partis pris politiques et sociaux dans ce dernier appartenant à une époque qui nous est de plus en plus éloignée.

(par Romuald LEFEBVRE)

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Décennies : Marvel dans les années 50 | Captain America : La Légende. Par John Romita, Mort Lawrence, Bill Benulis et Jack Abel (dessins). Les scénaristes n’étaient alors pas crédités, et nous sont inconnus. Traduction de Makma/Benjamin Viette. Panini Comics, collection Marvel Decade. Sortie le 2 mai 2019. 176 pages. 26,00 euros.

[1Politique américaine du début des années 1950, tenant son nom du sénateur Joseph McCarthy qui l’a inspirée, qui consistait à traquer de manière soutenue, et souvent violente, les personnes soutenant dans le pays l’idéologie communiste, ou soupçonnées de le faire.

 
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1 Message :
  • Les comics des années 50 fleuraient souvent bon la chasse aux cocos mais il ne faut pas oublier qu’en terme de racisme ordinaire, les BD européennes n’étaient pas franchement des exemples à suivre non plus : Buck Danny, dans ses premiers albums, brûlait de se faire des "faces de citron" et les japonais et nord-coréens étaient logés à la même enseigne avec les yeux bridés, un sourire carnassier et une attitude forcément louche. Seuls les sud-coréens s’en sortaient à peu près bien graphiquement parlant. Relisez aussi "en remontant le Mississippi" de Morris, c’est assez édifiant de vois ses coolies Noirs dépeinds comme des tire-au-flancs. On est loin du traditionnel Mexicain endormi au pied d’un cactus et du blanchisseur/restaurateur chinois qui parsèment aussi certaines cases mais avec plus de tendresse dans le rendu.

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