Marvin, l’affaire Marion Colman - par Berardi & Milazzo - Mosquito

7 novembre 2006 0 commentaire
  • Publiée dans le Petit Format {Long Rifle} des éditions Aventures et Voyages à la fin des années 70 début des années 80, les lecteurs français purent découvrir le talent de Giancarlo Berardi et Ivo Milazzo au travers de leur série vedette : {Ken Parker}. Les éditions Mosquito remettent aujourd'hui, après {Tom's Bar} l'année dernière, ces deux auteurs transalpins à l'honneur.

La série Ken Parker connut un succès populaire (en Italie surtout) et critique [1], puis les honneurs du sacro-saint album cartonné ; quatre albums furent édités à ce jour en France [2], malheureusement dans le désordre et colorisés, ce qui fût certainement dommageable. Les éditions Mosquito tentent une autre approche pour nous faire découvrir ces auteurs en publiant depuis l’année dernière des albums one-shot et en noir et blanc.

Ainsi, après Tom’s Bar, voici Marvin, l’affaire Marion Colman [3]. L’album commence avec un clin d’œil à Ken Parker puis nous plonge dans une histoire au découpage « cinématographique » efficace ; celle-ci se déroule d’ailleurs dans le milieu du cinéma.
L’intrigue semble assez classique : un détective privé au rabais enquête sur la disparition d’une starlette du cinéma à Hollywood dans les années 20. Les personnages sont néanmoins complexes et humains.

Parallèlement à son enquête, Marvin, ex-acteur des années 1916-1917, se souvient de la guerre qu’il a vécue et où il a été blessé, de la femme qu’il a perdue, de sa fille... Le personnage nous est ainsi dévoilé par petites touches subtiles. Tout comme dans l’album précédent, Tom’s Bar, nous pénétrons dans un univers émotionnel et nostalgique. Nous sommes entre le genre policier, le récit de guerre et le récit intime. La société et les mœurs de l’époque sont décrites : qu’il s’agisse de la prohibition, des gangsters, du cinéma, de la prostitution, de la guerre...

Les auteurs semblent fascinés, dans leur œuvre, par l’histoire et l’image des Etats-Unis. Ils ont grandi à l’heure du rêve américain et nous redonnent un peu de cette mythologie, de manière sans doute légèrement nostalgique même s’ils n’en perdent pas pour autant leur sens critique [4]. Ces albums sont à relire pour mieux en appréhender toute la finesse et la justesse alors qu’une première lecture rapide pourrait décevoir...

Le graphisme de Ivo Milazzo semble jeté, fait à la va-vite ; il n’est pas esthétisant et sert avant tout la fluidité et la dramatisation du récit... Mais il est parfaitement maîtrisé [5], et la technique du noir et blanc mise en place par Milazzo totalement consommée également. Tout cela est fort bien réussi et très beau. Milazzo se range ainsi aux côtés des grands artistes, maîtres du noir et blanc, dans la lignée de Milton Caniff, Alex Toth, etc.

Marvin, l'affaire Marion Colman - par Berardi & Milazzo - Mosquito

Il semblerait qu’Ivo Milazzo ait quelque peu le vent en poupe actuellement en France puisque Les Humanoïdes Associés éditent également de ce dessinateur deux albums de la série Le Maître Rouge. Malheureusement, la reproduction des dessins est assez calamiteuse.

Comme à leur habitude, après Sergio Toppi, Attilio Micheluzzi, Carlos Gimenez, ou encore Dino Battaglia, les éditions Mosquito cherchent à nous faire (re)découvrir de grands auteurs plus ou moins oubliés malgré leur talent. La qualité de la réalisation (papier, impression, etc.) ne peut que nous inciter à les suivre.

(par François Boudet)

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A visiter :

Le site de Mosquito
Une bibliographie complète en italien de Berardi et Milazzo

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[1En France, par exemple, voir l’article de Thierry Groensteen en 1986 dans Les Cahiers de la Bande Dessinée n° 71 intitulé Ken Parker ou l’Ouest à visage humain.

[2Deux chez Soleil en 1992, puis deux autres chez Ligne d’ombre en 2003 et 2004.

[3Paru initialement dans la revue Orient Express en 1982-1983.

[4On notera d’ailleurs la capacité de nombre d’auteurs italiens à renouveler les modèles américains... Bonelli, Leone, Pratt, etc.

[5Son expérience des Petits Formats n’y est sans doute pas pour rien. Outre Ken Parker, il a également réalisé des épisodes de Tarzan, Diabolik, Il Vampiro, Oltretomba, etc.

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