Matteo ("Marina") : « Derrière une double intrigue de pirates médiévaux et de contemporain fantastique, cet album est un hommage à Venise »

25 septembre 2013 0 commentaire
  • Après avoir collaboré avec Alcante, Matteo revient avec Zidrou pour nous proposer un récit moyenâgeux plein de passion et de tension. Un récit dense, servi par un graphisme somptueux.

Après avoir suivi d’autres pistes pendant quelques années, vous signez une nouvelle série avec Zidrou. Est-ce que vous avez bâti une relation de confiance avec lui ou c’est plutôt le thème qui s’est imposé à vous ?

Matteo ("Marina") : « Derrière une double intrigue de pirates médiévaux et de contemporain fantastique, cet album est un hommage à Venise »Zidrou et moi-même avions tous deux été contents de nos expériences précédentes : la série Mèche Rebelle qui était devenue ProTecto. Bien entendu, Zidrou avait réalisé d’autres choses, et moi aussi, surtout avec Alcante sur Vampyre et Le Gardien des enfers.

Après cela, Zidrou m’avait donc recontacté pour savoir si je voulais encore travailler avec lui, et très généreusement, il m’a demandé ce que je voudrais dessiner ! Et alors, je lui ai évoqué des idées très vagues englobant Venise (la ville où je vis actuellement), la piraterie au moyen-âge et une jeune femme. Il a écrit une histoire sur cette base et nous l’avons proposé à l’éditeur qui a été conquis.

Si le récit se concentre sur la fille malaimée du doge, on ressent que Venise prend une grande importance, soulignée par le fait que vous la traitez à deux époques : le XIVe et actuellement ?

Oui, Venise est le réel protagoniste de l’histoire, et c’est pour cela que nous développons autour de la ville une double intrigue : la première se base sur un personnage authentique, le doge de Venise, et les complots qui se tissaient en permanence autour de lui ; la seconde est un thriller un peu plus fantastique qui se déroule de notre temps, dans la Venise plus calme que l’on connaît, mais qui possède également ses problèmes et ses propres contradictions.

Marina est donc un hommage à Venise. Mais c’est une ville tellement particulière qu’elle peut rapidement prendre beaucoup de place. Nous avions donc l’envie de traiter également la mer, un élément naturel qui passionne Zidrou autant que moi. Puis le traitement de la piraterie et de la prise en otages des enfants du doge, tout cela demandait un traitement important de la mer Méditerranée.

Derrière ces superbes décors, on assiste tout de même à des tensions permanentes entre les personnages : politiques, sexuelles, des jalousies, des colères, etc. Comment avez-vous représenté ces rivalités permanentes ?

Ces rivalités sont pour moi le reflet de l’Histoire de Venise, et de beaucoup d’autres villes du Moyen-âge. À l’époque, le pouvoir n’était pas une partie de plaisir, et on peut d’ailleurs s’étonner que tous ces complots permanents ont pu engendrer la Venise très calme qu’on peut voir aujourd’hui. Que ces tensions soient omniprésentes entre les personnages, c’est bien entendu la responsabilité du scénariste, car cela trouve écho dans l’histoire particulière qu’il a écrite. Mais cela me correspond, car je ne pense pas que les personnes puissent être soit bonnes, soit mauvaises : elles sont toujours mues par des raisons particulières et souvent inconnues.

Par exemple, dans notre récit, le Doge semble bien mal enclin envers sa fille. En réalité, c’est la raison d’état qui le pousse à ces actions, et de nouveau, ceci est authentique, car l’histoire rapporte que des doges ont dû sacrifier leurs enfants, afin que Venise sorte grandie.

On a ressenti une grande évolution entre ProTecto et Marina, même si on a pu observer cette tendance dans Vampyres et Le Gardien des enfers. Mais cet impact graphique est également dû à la couleur directe !

Tout d’abord, même si vous ne le désirez pas, le graphisme de chaque auteur évolue naturellement au cours de sa vie. Personnellement, je tente également d’adapter au mieux mon rendu graphique à l’histoire que je sers. C’est pour cela que vous avez pu noter déjà un rendu plus réaliste, puis ‘fantastique’ dans Vampyres et Le Gardien des Enfers. Dans le cas de Marina, je désirais revenir vers un dessin plus proche de ProTecto mais en couleur directe, car j’avais pensé que cela conviendrait mieux à l’atmosphère du récit. On voyait mal comment rendre le cadre de Venise avec des couleurs informatiques. J’ai donc effectué des recherches sur les couleurs d’époque, afin de retrouver les tons caractéristiques. Et c’est ainsi que je suis revenu à l’aquarelle que j’avais utilisée au début de ma carrière d’illustrateur. Dans le cas de Marina, je suis plutôt passé à l’acrylique liquide et en tube afin de trouver ses sensations parfois proche de l’aquarelle, mais avec plus de matière.

C’est tout de même la première fois que vous travaillez en couleur directe pour la bande dessinée. Cela modifie-t-il votre perception du récit, votre mode opératoire ?

Oui et non. Non, car je réalise toujours mes crayonnés et j’encre ensuite. Mais la couleur directe change tout de même totalement la perspective de ma planche. Vous travaillez sans filet, pas moyen de revenir en arrière via un ‘ctrl-Z’ ! Je suis donc plus concentré sur mon travail. Mais cela demande plus de travail, afin de ne pas avoir trop de différences entre les cases d’une page, ou plutôt entre les cases d’une double-page. En effet, lorsque le lecteur ouvre l’album, il y a toujours deux planches en vis-à-vis, c’est pour cela que je travaille toujours l’un par rapport à l’autre. Puis j’utilise très peu de couleurs, une dizaine maximum, que je mélange bien entendu, afin de garder l’uniformité de ton dans l’album.

Quelles ont été vos sources documentaires ? Avez-vous visité les Scuola afin de voir dans les peintures comment était la vie à l’époque ?

Aussi bizarre que cela puisse paraître, il y a très peu de documents sur cette période, le XIVe siècle qui représente l’apogée de Venise, avant qu’elle ne commence très doucement à décroître et péricliter. Je me suis donc fait aider d’historiens, et je suis reparti de petits bouts de tableaux, de gravures ou de sculptures pour retranscrire le monde de l’époque. Par exemple, les galères du XVIIe siècle, qui sont très souvent représentées, sont bien différentes de celles du XIVe. Les plus récentes sont équipées de bancs de rameurs avec six rameurs esclaves, alors qu’au XIVe, il s’agissait de professionnels, capables chacun de manipuler leur rames sans gêner les autres rameurs. Cela correspond d’ailleurs au changement de la politique de Venise. Je me base donc sur des chroniques, des travaux d’historiens, et un peu d’imagination. Nous allons continuer à représenter Venise dans les prochains tomes.

Ou en êtes-vous dans le prochain tome ? Et combien de tomes comptera Marina ?

Nous sommes réellement sur une série, pas un triptyque ou diptyque. Je ne sais d’ailleurs pas combien de tomes va compter la série, et je ne désire pas vraiment le savoir, car je veux garder l’esprit de découverte. Quant à l’album prochain, j’ai déjà fini les crayonnés et l’encrage, et je vais attaquer les couleurs. Il sera donc publié en 2014 !

(par Charles-Louis Detournay)

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Photo en médaillon : (c) CL Detournay

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