Mausart, un conte symphonique

15 novembre 2018 0 commentaire
  • Etonnante association que celle de l'ébouriffant Gradimir Smudja, et de l'éditeur Thierry Joor qui devient scénariste le temps d'un album ! Et la magie opère, entraînant petits et grands dans un conte merveilleux jusqu'à la dernière note !

Avec ses parents, ses frères et ses soeurs, Mausart est une petite souris qui vit chichement à l’intérieur d’un piano. Mais pas n’importe quel piano, celui qui appartient au musicien officiel de la cour, un loup nommé Salieri. Lui-même porté par les notes, Mausart compose des mélodies dans sa tête, rêvant un jour de posséder son propre piano pour les interprêter.

Un beau jour, n’y tenant plus, il profitant de l’absence du loup, et se met à danser sur le piano pour jouer ses compositions. Malheureusement, la fenêtre est ouverte, et la joyeuse mélodie arrive aux oreilles du couple royal, qui passait par là en carosse. Sous le charme, le roi demande à Salieri de rejouer ce même air à l’occasion de l’anniversaire de la reine. Pour sauver les apparences, Salieri va devoir contraindre Mausart à jouer à sa place sans se faire remarquer.

Mausart, un conte symphonique
Une double page où la musique prend les rênes du récit...

Certains lecteurs se demanderont peut-être qui est ce "Thierry Joor" qui signe le scénario de ce beau conte ? Ancien étudiant de l’école de BD St-Luc à Bruxelles (avec entre autres les professeurs Claude Renard et François Schuiten), puis responsable de la libraire-galerie Sans titre, Thierry Joor commence à travailler avec Guy Delcourt dès 1998. Il est d’ailleurs maintenant depuis quinze ans le directeur éditorial BD du célèbre éditeur !

Comment se retrouve-t-il alors scénariste de cet album ? Par un simple concours de circonstances ! Comme il l’explique lui-même : « L’idée principale, celle d’appeler Mozart "Mausart" et d’en faire une souris est une idée géniale. C’est l’idée de Gradimir Smudja. »

Voyant tout l’univers graphique que le dessinateur a déjà imaginé, Thierry Joor propose de l’accompagner pour "mettre cela en musique". Ainsi, l’expérimenté éditeur et néo-scénariste précise : « Si ce récit vous a plu, s’il vous a attendri et vous a parfois fait sourire ou même réfléchir, c’est grâce au talent de Gradimir, et je suis heureux d’avoir pu y contribuer au scénario. »

Si le récit final de Mausart n’est pas révolutionnaire, il contient tous les éléments nécessaires à la réussite d’un conte : le temps consacré aux personnages pour les rendre consistants, quelques appartés le temps d’une ou deux cases, la présence d’objets magiques gagnés de haut vol, de beaux sentiments, quelques rebondissements et un final heureux. Voilà justement toute la patte de Thierry Joor : avoir compris que contenir l’exubérance graphique de Smudja nécessitait un récit "simple".

Cet équilibre, Smudja le retrouve aussi dans l’équilibre des planches, évitant le piège de les noyer de détails comme il pouvait le faire précédemment. Le style animalier lui convient également particulièrement, car il lui permet de placer des mimiques sur les visages des animaux sans les rendre grotesques.

Ce conte convient à une lecture familiale, réunissant petits et grands. Pour éviter toute lassitude auprès du jeune public, les auteurs se sont cantonnés à un récit de 32 planches. L’album contient cependant un dense cahier graphique d’une dizaine de pages où l’on retrouve des saynètes inédites, dessinées juste pour le plaisir, même si le dessinateur savait qu’elles n’auraient pas d’utilité pour l’album.

Avec cet équilibre entre le plaisir de donner et le respect du jeune public, les auteurs proposent un très beau récit, tant à la lecture qu’à la relecture. Nul besoin d’espérer que Smudja continue dans ce style animalier-jeunesse qui lui convient si bien, car l’éditeur nous confirme déjà un second tome intitulé Mausart à Venise pour l’année prochaine !

(par Charles-Louis Detournay)

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De Gradmir Smudja, lire :
- la réussite de son précédent livre jeunesse : Lupano revient dans la collection "Enfants gâtés" avec le tourbillonnant Smudja
- la chronique d’Au fil de l’art
- la chronique du Bordel des Muses
- et un article plus global : L’art selon Gradimir Smudja

Lire de précédentes interviews de Thierry Joor :
- "La bande dessinée jeunesse se moque des segmentations et donc des collections" (janv. 2007)
- « Je suis béni des dieux » (fév. 2005)
- avec Nadou & Patrick Sobral ("Les Légendaires - Origines") : « Nous voulons tenir le lecteur en haleine, en réalisant des albums très denses »

Tous les visuels sont : © Éditions Delcourt, 2018 – Joor, Smudja.

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