"Maxime & Constance" entame le dernier cycle de la Guerre des Sambre

6 décembre 2014 0 commentaire
  • "Maxime & Constance", la nouvelle pièce du puzzle de "La Guerre des Sambre" donne consistance à la malédiction qui frappe la lignée des enfants aux yeux rouges. Il est le premier tome du dernier cycle qui achève l’emboîtement sophistiqué de l'incroyable saga conçue par Bernar Yslaire.

Après avoir évoqué les deux périodes extrêmes de la Guerre des Sambre dans les cycles précédents, Bernar Yslaire et Marc-Antoine Boidin tissent les liens entre ces mini-séries en se concentrant sur le dernier couple “maudit” : Maxime et Constance !

“Il était évident que le premier cycle devait être “Hugo & Iris”, afin de créer le lien avec la série “Sambre”, explique Bernard Yslaire. Puis, le fait d’aborder “Werner & Charlotte” est venu de l’envie de Marc-Antoine Boidin de travailler au cœur du XVIIIe siècle. Plus qu’un plan préétabli, je trouvais plus important de privilégier le relationnel avec ce nouveau dessinateur. Je ne suis pas un chef d’entreprise. Au mieux, je me considère comme un maître d’atelier qui transmet à un élève, dans la lignée de toute une histoire de l’art : j’ai reçu ; aujourd’hui, je donne.​"

Après avoir travaillé avec succès avec Bastide & Mezil, Yslaire prolonge cette réussite par le tandem créé avec Boidin dans le précédent cycle et qui nous introduit auprès du couple le plus sulfureux de cette saga. Un dernier cycle qui révèle au passage l’articulation des mini-séries entre elles car, dans un volume précédent, les auteurs laissaient planer un mystère sur l’identité du père de Werner. Celui-ci est révélé d’entrée de jeu dans ce nouveau cycle...

"Maxime & Constance" entame le dernier cycle de la Guerre des Sambre

“Les trames générales de la Guerre des Sambre ont été écrites il y a plus de quinze ans, explique Yslaire. Sur base de ces synopsis, je réalise des découpages. On peut avoir les meilleures intentions en réalisant ces synopsis, ce n’est que lorsqu’on le voit dessiné qu’on se rend compte si le ton et le découpage sont en harmonie avec le récit. Une lettre avait été écrite à la fin du dernier tome de “Werner et Charlotte”, mais les révélations qu’elle comportaient ne cadraient pas avec cette conclusion. Par contre, ce nouveau cycle est lié à cette période révolutionnaire qui met en scène l’opposition entre le lien du sang (dont le "droit divin" est issu) et la nouvelle éducation de Rousseau, cette idée prométhéenne où chacun serait libre de son destin. Cette lettre qui démontre les liens familiaux entre les protagonistes me paraissait dès lors une meilleure entrée en matière pour cette période révolutionnaire. Les précédents cycles n’étaient pas vraiment liés entre eux. Pour “Maxime et Constance”, j’ai voulu directement les resituer dans ce contexte.”

Yslaire, un auteur investi dans ses personnages
Photo : © CL Detournay

Maxime est sans doute l’un des personnages les plus centraux d’une série qui comptera près d’une vingtaine d’albums, tant par son caractère et son héritage, que par l’aura qu’il laisse auprès ses enfants et petits-enfants.

Dans ses premières notes, Yslaire avait imaginé débuter faire ce deuxième cycle au moment de la Révolution (1789-94), mais il donne finalement plus d’importance à Maxime en lui consacrant un album consacré à sa jeunesse qui débute plus tôt : “Lorsque Marc-Antoine Boidin a dessiné les premières séquences où des enfants apparaissent, j’ai ressenti qu’une belle authenticité qui s’en dégageait, et qu’il fallait développer cette atmosphère. Toutes les anecdotes préécrites ont donc été mises de côté au profit de cette métaphore de la Révolution, que je voulais raconter de l’intérieur. En travaillant comme scénariste et comme "metteur en scène" sur la Guerre des Sambre, je parviens à prendre un recul que j’aimerais avoir sur Sambre. Pour être juste, Marc-Antoine doit comprendre les émotions des personnages, nous devons donc beaucoup parler ensemble pour que le ton du récit reste adéquat au graphisme. Il faut donc parfois revoir le dessin ou le scénario pour que l’ensemble reste cohérent.”

"Maxime et Constance" de Bernar Yslaire et Marc-Antoine Boidin.

La Révolution après le Restauration

Après la Restauration et le Romantisme, c’est donc la Révolution qui est traitée dans ce cycle, au travers de la personnalité complexe de Maxime : abus, révolte presque instinctive, meurtre du père, etc. Beaucoup de sentiments forts sont représentés par ce personnage unique. Yslaire détaille l’évolution psychologique de Maxime qui alterne entre débordements d’affection aveugle et violents rejets. Les sentiments qui touchent le lecteur sont aussi fortsque contradictoires : on se prend de passion pour cet enfant/adolescent qui porte déjà en lui les germes du personnage ambigu et détestable qu’il deviendra. Et l’on se demande si les abus décrits tentent d’expliquer sa personnalité ou s’ils la justifient ?

“Il n’y a pas de déterminisme répond Yslaire, c’est multi-factoriel. Nous sommes influencés à plusieurs niveaux : par l’endroit où l’on nait, par le moment que l’on vit, par les parents bien entendu, etc. Mais en plus de cela, l’Histoire vient apporter sa pierre à l’édifice. La question que l’on pose dans ce premier album est celle de l’innocence. Maxime est le produit d’une contre-éducation d’un beau-père monstrueux, mais il est également l’héritier de ses parents et, on l’imagine, par la transmission d’un gêne et le silence qui l’entoure. En effet, ce débat de la construction de la personnalité en écho aux liens de sang, est le même pour Werner que pour Maxime, mais leur réponse est différente, car elle est également liée à l’époque dans laquelle ils vivent. Werner bascule dans la religion, tandis que Maxime réalise un choix fondamentalement opposé, vers le côté obscur. C’est ce qui me passionne, c’est d’explorer cette même thématique, au travers de contextes et de personnages différents.”

Maxime et Constance. Leur rencontre sulfureuse s’explique par l’enfance des personnages... et par la Révolution !

Au final, si le contexte historique colore le récit, ce sont avant tous les personnages qui fascinent. La fragilité et la folie de Josepha, les origines et les traitements de Maxime, et la personnalité monstrueuse d’un beau-père que l’on se surprend parfois à excuser partiellement lorsqu’on comprend son parcours.

“Chaque scénario de la Guerre des Sambre fait deux cents pages, dont il n’en reste finalement qu’une petite quarantaine. Il faut remplir les armoires, même si on ne les ouvre pas, car ce travail apporte de la crédibilité aux personnages et au récit. Me mettre à la place de chaque individu est mon réel plaisir d’écriture. Je pense aimer les gens. Je ne veux pas juger les différents comportements, j’essaie juste de comprendre de l’intérieur comment des hommes peuvent être amenés à de telles extrémités. Maxime est une ordure, mais je l’adore, car si je ressens sa fragilité, je vois également sa terrible fêlure, qui fait peur.”

Le beau-père de Maxime se révèle un personnage aussi important que détestable.
(c) Glénat

Un prochain Sambre en 2015

Au quatrième plat de cette nouveauté, on observe que neuf albums formeront finalement la saga principale de Sambre. L’auteur a prévu de publier le prochain tome dans quelques mois et enchaînera directement avec les suivants et derniers chapitres.

“Le fil de cette thématique sera complet avec le neuvième tome de Sambre, conclut-il. Il me fallait la force de pouvoir terminer cette histoire, et je pense que c’est maintenant le bon moment pour enchaîner les trois albums d’un coup. Et nous n’irons pas plus loin ! Je n’écarte cependant pas la possibilité de remonter jusqu’à la préhistoire de la Guerre des Yeux, que j’aimerais dessiner moi-même.”

En attendant, cette introduction à Maxime et Constance confirme la réussite de cette Guerre des Sambre où les tourments de l’Histoire se mêlent aux passions individuelles.

L’arbre généalogique des Sambre
(c) Glénat

(par Charles-Louis Detournay)

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