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Mécanique Générale lance la revue "Formule"

  • Qu’ont en commun la bière et les ours? Rien sinon une vague homophonie en anglais : "Bears+Beer" dans le sujet du premier numéro de la nouvelle revue Formule publiée par l’éditeur québécois Mécanique Générale (affilié aux Éditions Les 400 coups) "où cohabitent penseurs et praticiens du neuvième art".

Le dessinateur Jimmy Beaulieu, qui signe l’éditorial de ce numéro liminaire, explique cette thématique quelque peu étrange : lors du dernier Rendez-vous international de la bande dessinée de Gatineau (Québec, Canada) en automne 2007, plusieurs artistes internationaux non-francophones étaient invités. Afin de surmonter l’obstacle langagier, les participants ont dû se débrouiller en anglais-langue-seconde, se butant parfois à certains mots tels que les paronomases « bear » (ours) et « beer » (bière) qui, curieusement, revenaient souvent. Les organisateurs ont décidé d’en faire le thème de leur revue.

Rappelant évidemment L’Éprouvette (L’Association), la revue Formule est rédigée non pas en format magazine mais selon le format des revues littéraires, comme dans le cas de la publication française qui semble s’être arrêtée à son troisième numéro. Il s’agit également à la fois d’une publication théorique et de création dont le premier numéro rassemble vingt-cinq collaborateurs.

Du côté théorie, la revue comporte des articles et des dossiers d’enquête sur des sujets variés. L’historien et spécialiste de la BDQ (bande dessinée québécoise) Michel Viau nous explique « La naissance de la BDQ » tandis que Sylvain Lemay, professeur de bande dessinée à l’Université du Québec en Outaouais (Gatineau, Québec, Canada) propose un dossier sur les contes historiques illustrés et présentés par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, en 1919-1925, à l’intention de la jeunesse canadienne-française. Les autres articles de la revue sont également très intéressants : Jacques Samson s’interroge sur la mise sur pied d’un corpus BD dans « Avec quelles bandes dessinées enseigner la bande dessinée ? », Jean-Marie Apostolidès explore l’univers intime du dessinateur Luc Girard (auteur des Aventures de M. Luc Girard) dans « Les rituels de Luc Girard », David Turgeon signe l’article «  Faire des livres comme Jean Renoir faisait des films » tandis que Julie Delporte réalise une entrevue avec l’auteure montréalaise Obom (Kaspar : histoire vraie et intrigante d’un Allemand du XIXe siècle).

Du côté création, de nombreuses planches et histoires courtes sont réunies sous la thématique « Bears+Beer ». Faisant dans tous les genres, les artistes ont imaginé divers scénarios : la visite d’un saloon sur la planète des ours (Mikko Väyrynen), une rupture amoureuse entre un guitariste et une de figurante de publicité de bière (Zviane) ou encore une soirée trop bien arrosée de Boréale, une marque de bière québécoise réelle dont l’emblème est justement l’ours polaire (Jimmy Beaulieu), ne sont que quelques exemples.

En somme, on peut qualifier Formule, à l’exemple du modèle français, de "laboratoire" de la bande dessinée version québécoise ; le premier numéro est une expérience étrange où l’absurde et l’humour frôlent l’essai. D’ailleurs, son format plus « littéraire » a pour intention de convaincre les derniers sceptiques (toujours plus nombreux en Amérique du Nord qu’en France) de la valeur académique de la bande dessinée.

(par Marianne St-Jacques)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
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