Mémoires d’un frêne - Par Park Kun-woong - Rue de l’échiquier

21 juin 2018 0 commentaire
  • Un épisode sanglant, longtemps occulté de l'histoire de la Corée, représenté depuis le point de vue d'un arbre, témoin des massacres qui se déroulent sous son feuillage. Voilà l'étonnant, éprouvant et magnifique projet de Park Kun-woong.

En 1950, au début de la Guerre de Corée, des dizaines de milliers de personnes furent exécutées, par la police et l’armée, soupçonnées d’être des sympathisants communistes. Cet événement est désormais connu sous le nom de "Massacre de la Ligue Bodo". Longtemps ignorées par la population sud-coréenne, car savamment occultées par les autorités, l’horreur et l’ampleur de ces crimes ne furent mises au jour que très récemment, à partir de 2008. Cela grâce à la commission "vérité et réconciliation" qui a mené des travaux sur le sujet.

Adapté d’une nouvelle inédite en France, Mémoires d’un frêne raconte cet épisode sanglant par bribes éparses qui juxtaposées dépeignent la tragédie dans toute son étendue. Park Kun-woong, interviewé à l’occasion du Salon Livre Paris en 2016, explore une nouvelle fois l’histoire trouble de son pays, la Corée. C’est que la vérité historique demeure au cœur de sa création, la bande dessinée constituant pour lui un instrument de révélation.

Mémoires d'un frêne - Par Park Kun-woong - Rue de l'échiquier
Notre témoin, un frêne
Mémoires d’un frêne © Park Kun-woong

Et dans Mémoires d’un frêne la perspective adoptée a de quoi surprendre, puisque nous appréhendons l’abomination par le biais d’un témoin statique, ancré dans le sol autant que dans le temps : un jeune frêne. Une sorte de distance, neutre, qui ne fait ressortir que plus brutalement encore la monstruosité et l’absurdité de ce qui se trame alors. Tout en ménageant des moments de respiration comme poétiques entre deux séquences insoutenables.

S’inscrivant dans une veine que nous associerions, par facilité, au roman graphique, le dessinateur coréen construit ses cases, aux formats divers, parfois étalées sur deux planches, comme autant de rugueuses gravures où le noir ne laisse filtrer que peu de lumière. Une manière de construire de terrifiantes fenêtres pour scruter au plus près les ténèbres humaines, un art dans lequel Park Kun-woong excelle manifestement en nous livrant ce récit aussi terrible que puissant.

Début de l’horreur
Mémoires d’un frêne © Park Kun-woong
De sidérantes double-pages
Mémoires d’un frêne © Park Kun-woong

(par Aurélien Pigeat)

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Mémoires d’un frêne. Par Park Kun-woong. Traduction (du coréen) Kette Amoruso. Rue de l’échiquier. Sortie le 26 avril 2018. 304 pages. 21,90 euros.

Lire un entretien avec Park Kun-woong.

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