MetaKatz, coup éditorial ou questionnement légitime ?

23 septembre 2013 8 commentaires
  • On se souvient des remous créés par ["Katz", le pastiche de Maus d'Art Spiegelman->art12882] lancé à Angoulême 2012 qui valut à son auteur Ilan Manouach et son éditeur La 5e Couche une condamnation en bonne et due forme par la justice belge sur plainte de Flammarion. En parodiant "MetaMaus" du même Spiegelman, l'éditeur tente de rebondir sur cet autodafé.

La question méritait d’être posée, elle mérite toujours de l’être. Un témoignage, quel qu’il soit, sur quelque sujet que ce soit, mérite d’être remis en question, d’être analysé, une fois l’empathie et le respect rendus au témoin. C’est le rôle des commentateurs et des historiens, la condition de toute connaissance. La Shoah n’a pas à échapper à cette règle : "Toute autre attitude supposerait que nous imposions la vérité historique comme la vérité légale", nous dit Pierre Vidal-Naquet dans son article historique sur Faurisson, Un Eichmann de papier. [1]

Quand Ilan Manouach tamponne une tête de chat sur toutes les figures animales de Maus, refusant les catégorisations instituées par Art Spiegelman qui fait des Juifs des souris, des nazis des chats et des Polonais des cochons, allusion, il ne faut pas l’oublier, à l’essentialisme raciste des nazis, le parodiste est dans sa liberté de créateur, même si les tribunaux exigent curieusement pour qualifier la parodie, un effet "comique".

Nous ne croyons pas à la démarche révisionniste, l’auteur ayant par ailleurs traité la Shoah, dans une même démarche de questionnement, d’une façon parfaitement respectueuse. Mais, de la même façon que les rescapés sont restés longtemps mutiques, de la même façon que 30 ans plus tard, la parole se fit résiliente, il est normal pour cette génération d’interroger la Shoah pour la faire sienne, pour en intégrer l’enseignement. C’est pourquoi nous ressentons la démarche de Manouach comme légitime.

MetaKatz est-il davantage que le prolongement de cette potacherie qui s’est terminée dans une broyeuse actionnée par un huissier de justice ? Pas vraiment. En revenant sur l’histoire de cet autodafé qui aimerait bien rester mythique, dans un collectif dirigé par Xavier Löwenthal et Ilan Manouach, l’auteur et son éditeur rassemblent un corpus de textes qui vont de l’indignation contre la censure, à une réflexion sur la propriété intellectuelle, jusqu’à la consignation des interviews données par les auteurs pendant la phase de lancement du livre "piraté".

Au-delà des attitudes naïves de Xavier Löwenthal, davantage obsédé par la manipulation des médias que par une réflexion profonde sur la démarche de Manouach, certains auteurs de cet ouvrage ouvrent quelques pistes de réflexion intéressantes. Dommage qu’elles se trouvent noyées dans un fatras d’auto-justifications aussi maladroites que puériles.

"Chacun peut rêver d’une société où les Faurisson seraient impensables et même travailler à sa réalisation, concluait Vidal-Naquet en 1980 déjà, bien avant la Loi Gayssot, mais ils existent comme le mal existe, autour de nous, et en nous. Soyons encore heureux si, dans cette grisaille qui est la nôtre, nous pouvons engranger quelques parcelles de vérité, éprouver quelques fragments de satisfaction." [2]

MetaKatz, coup éditorial ou questionnement légitime ?

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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[1Pierre Vidal-Naquet, Les Juifs, la mémoire et le présent, Petite Collection Maspero, Paris, 1981.

[2Pierre Vidal-Naquet, op. cit.

 
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8 Messages :
  • MetaKatz, coup éditorial ou questionnement légitime ?
    23 septembre 2013 17:28, par Samuel

    Des liens commerciaux vers des sites marchands, pourquoi pas, mais sauf erreur de ma part, il manque un lien vers la page de l’éditeur, où l’on trouve le sommaire (alléchant) de l’ouvrage :

    http://www.5c.be/book.php?id=111&

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  • MetaKatz, coup éditorial ou questionnement légitime ?
    24 septembre 2013 22:47, par Gerald Auclin

    "Katz", (...) qui valut à son auteur Ilan Manouach et son éditeur La 5e Couche une condamnation en bonne et due forme par la justice belge sur plainte de Flammarion.

    Si ma memoire est bonne, il n’y a pas eu de proces (donc pas de condamnation). L’auteur et l’editeur ont accepte de pilonner le livre pour - justement - eviter un proces.

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    • Répondu par aurélien le 25 septembre 2013 à  00:30 :

      Et se poser en victime de la censure.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 25 septembre 2013 à  07:19 :

      On peut faire l’objet d’un procès sans passer forcément devant un tribunal. L’ouvrage publie d’ailleurs une liste de pièces juridiques comprenant des constats d’huissier et de jurisprudences.

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      • Répondu par Gerald Auclin le 25 septembre 2013 à  09:57 :

        Vous jouez sur les mots. Il n’y a pas eu de proces. Il y a bien eu un depot de plainte par Casterman mais qui n’a pas abouti a un proces (auquel Casterman a renonce). Et en aucun cas il n’y a eu de condamnation mais un arrangement entre les deux parties.

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        • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 25 septembre 2013 à  10:38 :

          Ne soyez pas de mauvaise foi, c’est vous qui jouez sur les mots. Ces mots sont ceux du dictionnaire et ils ne sont pas restrictifs. Ce type d’arrangement pour éviter les frais de procédure est très courant car aucune des parties n’avait intérêt à l’enclenchement de ces frais. La 5e c n’aurait d’ailleurs pas pu payer les frais prévus par l’article 700 en cas de condamnation.

          Mais ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de jugement d’un tribunal que l’infraction n’est pas réprimée. Il y a eu de la part de Flammarion mise en demeure, constat d’huissier et probablement une assignation devant un tribunal puisque la contrefaçon était juridiquement fondée. Il y a eu exécution d’une sentence devant huissier.

          Les créateurs de Katz ont bien été condamnés à détruire leur livre, cela ne demande pas un jugement. Il est d’ailleurs probable que ces frais de destruction et d’huissier leur ont été facturés. Nous pourrions le leur demander, mais nous ne voyons pas l’intérêt, dans notre critique, d’enquêter sur ce fait sans importance soulevé par vos chicaneries.

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          • Répondu par Geraud le 25 septembre 2013 à  18:42 :

            Allons bon.

            Les créateurs de Katz ont bien été condamnés à détruire leur livre, cela ne demande pas un jugement.

            On peut donc être condamné, sans jugement.

            Moi qui croyais être dans un état de droit...

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            • Répondu par xavier lowenthal le 6 octobre 2013 à  13:26 :

              gérald est un peu de mauvaise foi sur ce coup. ;-) oui, il y a eu plainte déposée auprès du tribunal de grande instance de paris, il y a eu au moins deux plaidoiries avant qu’on ne parvienne à un accord, il y a eu des frais d’avocat, des frais de procédure et des des frais de huissiers. il n’y a pas eu de jugement, non. mais l’infraction a été constatée et nous l’avons reconnue parce que nous n’avions pas les moyens financiers de la contester sur le fond. mais je ne suis pas naïf, non mais.

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