Métamorphose, la collection qui fait briller Soleil

30 juin 2010 2 commentaires
  • OVNI dans le catalogue de l’éditeur toulonnais, les albums de la collection Métamorphose explorent les côtés obscurs de l’enfance. Dernière invitée en date : Claire Wendling.

En bande dessinée comme en football, il n’y a pas de miracles. Pour gagner, il faut se lancer dans la bataille avec un projet cohérent et qui possède une véritable âme. Celui que Barbara Canepa (co-éditrice de Métamorphose avec Clotilde Vu) a proposé à Mourad Boudjellal il y a trois ans ne manque ni de l’un ni de l’autre. Le concept, énoncé dans le titre de la collection, est celui de la transformation, plus particulièrement liée à l’enfance. Prépondérance du récit initiatique, mais sous son versant sombre et inquiétant. La nuit, les monstres, la mort…
Ce sont les fantasmes et les peurs de la jeunesse qui attirent Barbara Canepa. La scénariste de Skydoll reste ainsi traumatisée par le souvenir du monstre poilu caché sous son lit de petite fille qui n’était finalement… que la queue de son chat ! Pas étonnant alors que le premier album de la collection soit le très remarqué Billy Brouillard de Guillaume Bianco, l’histoire d’un petit garçon qui, sans ses lunettes, voit un monde et des créatures invisibles à ses contemporains. Un conte étrange, tendre et macabre. Le premier d’une série d’albums qui parlent autant, sinon plus, aux adultes qu’aux enfants.

Métamorphose, la collection qui fait briller Soleil
Un aperçu de Billy Brouillard
(c) Bianco/Soleil

L’intérêt de la collection Métamorphose tient également dans la volonté des deux éditrices de favoriser la plus grande variété à l’intérieur de cette homogénéité de ton et de thème. Variété de style, de format et même de genre : dessin naïf en noir et blanc, BD « à l’ancienne » avec récitatif pour Billy Brouillard de Guillaume Bianco ; texte illustré de véritables miniatures et petit format pour Les contes macabres d’Edgar Poe dessiné par Benjamin Lacombe ; livre d’images que l’on croirait sorties d’un film d’animation pour Eco de Guillaume Bianco et Jérémie Almanza ; BD classique pour Cœur de papier de Bruno Enna et Giovanni Rigano.

Détail de la couverture des Contes macabres
(c) Lacombe/Soleil
Détail de Daisies, chapitre Liquirizia
(c) Wendling/Soleil

Avec Daisies, le dernier album en date de la collection sorti fin mai, Métamorphose explore une nouvelle direction, celle du sketchbook. L’auteure, Claire Wendling, est une spécialiste du genre, très appréciée par les dessinateurs. On se souvient d’Iguana Bay chez Le Cycliste en 1996 et de Desk chez Delcourt trois ans plus tard. Avec Daisies, on retrouve les dessins parus aux États-Unis chez Stuart Ng dans un livre du même titre, mais l’édition française est largement augmentée.

Détail de Daisies, chapitre Nocciolato
(c) Wendling/Soleil

Ces croquis ont été exécutés en préparation d’un certain nombre d’affiches de spectacles organisés en Charente. Au premier coup d’œil, c’est d’abord le format de l’ensemble qui frappe le lecteur. Un gros album de 30 sur 37 cm à la finition très soignée. Il y a quelque chose de baroque dans cet art book, tout à fait en accord avec le style fin de siècle de Métamorphose. Organisés en chapitres aux noms de pâtisseries italiennes (clin d’œil à la génoise Barbara), les dessins vagabondent sur les rivages du conte, de la musique et du cirque. Fées, créatures merveilleuses, renards, ballerines, lapins ailés se croisent sous le crayon virtuose de la dessinatrice. Le pouvoir évocateur de ces saynètes sans véritable logique se déguste comme les sucreries transalpines qui organisent l’album, sans modération.

Détail de Daisies, chapitre Lecca Lecca
(c) Wendling/Soleil

On peut regretter que Barbara Canepa n’ait pas proposé à la trop rare Claire Wendling de réaliser une bande dessinée. La raison en est simple : l’auteure des Lumières de l’Amalou travaille déjà sur un projet d’adaptation littéraire pour la collection Noctambule, dirigée chez Soleil par Clotilde Vu. Les fans se frottent les mains.

Daisies, p39
(c) Wendling/Soleil

Si le succès de Métamorphose est au rendez-vous - les quatre premiers albums ont déjà tous connus au moins une réédition – Barbara Canepa n’oublie pas d’y associer les libraires, qui par leurs conseils et leur coup de cœur ont donné un sacré coup de pouce à des œuvres pas forcément faciles d’accès ni pour le public ni (surtout ?) pour les commerciaux. Cette réussite et l’appui de Mourad Boudjellal permettent à la collection de s’étoffer à vitesse grand V avec une multitude de nouveaux projets.

Yaxin, p30
(c) Vey-Arenas/Soleil

Fin juillet verra la sortie de Yaxin de Dimitri Veys et Manuel Arenas, le récit initiatique d’un faune sur une île imaginaire. Après octobre, et la réédition des Contes macabres, sortira en novembre le troisième tome de Billy Brouillard intitulé « Le petit garçon qui ne croyait plus au père Noël ». Une nouvelle aventure de Billy qui va affronter le méchant Croquemitaine pendant le réveillon de Noël. En décembre, c’est au tour de Lostfish de publier son A travers le miroir, au titre très « lewis carrollien ». En 2011, le rythme ne faiblira pas avec Dans la forêt, de Lionel Richerand, un conte victorien sur le passage à l’adolescence d’une petite fille. Au printemps, sortira le tome 2 de Eco. Puis le Dorméveil, un texte illustré de Bruno Enna et Clément Lefèvre. Et enfin End, le nouveau projet de Barbara Canepa, associée à Anna Merli.

Portrait de Eco
(c) Bianco-Almanza/Soleil
Détail de l’album de Lostfish
(c) Lostfish/Soleil

Et pour 2012 me direz-vous ? (car vous êtes gourmands) Pourquoi ne pas en parler en effet puisqu’au catalogue s’ajoutera un one-shot d’Enrique Fernandez intitulé Aurore, un album de Kei Acedera et Bobby Chiu (character designers pour le dernier Tim Burton, Alice au pays des Merveilles), un grand livre de Maly Siri sur les Pin-ups des années 40 à 60, une BD de Fabien Mense (dessinateur de Lucha Libre), la suite de Cœur de papier et un projet ultra-secret de Barbara Canepa et Benjamin Lacombe sur Marie-Antoinette annoncé comme le plus gros et imposant projet de la collection. Rien que ça ! Voila un programme épais comme un tiramisu géant qui méritait bien quelques visuels pour patienter.

Détail du projet d’Enrique Fernandez
(c) Fernandez/Soleil
Une des pin-ups de Maly Siri
(c) Siri/Soleil
Détail de Tadpole Dee de Fabien Mense
(c) Mense/Soleil

(par Thierry Lemaire)

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Lire l’interview de Claire Wendling.

 
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2 Messages :
  • Je ne sais pas qui est Lostfish, mais il m’a l’air très fortement influencé par Trevor Brown !

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    • Répondu le 30 juin 2010 à  21:59 :

      oui ! Sa référence est bien evidente et Lostfish, n’a jamais dit le contraire .Chaque artiste est influencé par d’autres artistes ou courants culturels...
      Et dans ce cas, le vrai Trevor Brown, fera la préface de son livre "A travers le Miroir", parce que lui aussi, est un admirateur de Lostfish.
      Il n’y a pas de hasard .
      C’est la beauté de travailler en armonie avec les autres.

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