Metropolis – Par Osamu Tezuka – Taïfu Comics

21 août 2007 0 commentaire
  • Réalisé entre 1947 et 1949 par Osamu Tezuka sur la simple lecture d’une image du film de Fritz Lang, si l’on en croit l’auteur, {Metropolis} est annonciateur de plusieurs thèmes récurrents de l’œuvre de Tezuka et notamment celui de la science dévoyée par un esprit criminel. Un classique.

Mitchii est un androïde que le Duc rouge a construit en contraignant le professeur Lawton de lui céder sa découverte. Mais celui-ci ne se laissera pas faire et confèrera à sa créature les moyens de faire échouer les plans du criminel.

Graphiquement, c’est le Tezuka des débuts encore influencé par les dessins animés des frères Fleischer (Betty Boop) et de Walt Disney (Mickey est d’ailleurs dûment signalé et même moqué). Le dessin est rond et simple mais la technique narrative est déjà celle d’un auteur de génie : planches panoramiques à la Winsor McCay, jeu sur les codes narratifs de la bande dessinée, il y a là, dès 1947, les prémices d’une vision moderne de la BD. Il faut comparer ce dessin avec celui de Morris (Lucky Luke est créé la même année) ou de Franquin de la même époque. Il y a entre les trois artistes un « air de famille » qui est dû à leur inspiration commune : le dessin animé américain.

Au niveau du scénario, Métropolis, qui n’a pas grand-chose à voir avec le film de Fritz Lang (au contraire de l’adaptation cinématographique qu’en feront plus tard Rintarô et Otomo qui récupèrent un peu cette filiation), si ce n’est la créature qui échappe à son créateur (mais dont le thème est semblable à celui du Golem ou de Frankenstein…), mais il a beaucoup à voir avec l’œuvre future de Tezuka. Déjà, on y retrouve le rôle récurrent de la science criminelle (le Duc rouge est une espèce de Zorglub avant la lettre, mais en moins burlesque) ici traité déjà avec la finesse d’un auteur dont les fans savent qu’il a fait des études de médecine. La conclusion de l’ouvrage dicte la ligne du scénario : « Les progrès outranciers de la science ne risquent-ils pas de causer la perte de l’humanité ? », une thèmatique que la plupart des auteurs japonais reprennent en écho de leur expérience de la bombe atomique.

Le personnage de Mitchii est clairement la matrice de celui d’Astro Boy (édité en France par Glénat, créé en 1952), le robot au grand cœur qui fera le tour du monde. Il y a l’intrigue scientifique que l’on retrouve dans Blackjack (Asuka, 1973). Il y a aussi le thème du trans-genre (Mitchii peut se transformer aussi bien en garçon qu’en fille) et du travestissement que l’on retrouve aussi bien dans Princesse Saphir (La princesse doit se déguiser en garçon pour pouvoir accéder au trône. Soleil, 1953) ou, dans sa forme la plus machiavélique dans MW (Tonkam, 1976). Selon certains spécialistes, ce goût pour le travestissement viendrait des spectacles de Kabuki que Tezuka voyait à Takarazuka, une ville où il vécut durant son enfance, et qui produit un spectacle où tous les rôles sont joués par des femmes.

Bref, ce classique plaisant à lire a toutes les bonnes raisons de se retrouver dans votre bibliothèque d’autant qu’il se limite à un seul volume.

Metropolis – Par Osamu Tezuka – Taïfu Comics
"Metropolis" de Tezuka (1947)
(c) Tezuka Productions / Taifu Comics.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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