Michel Viau : « L’histoire du Québec est riche. Il y a beaucoup d’anecdotes qui mériteraient d’être racontées sous forme de BD. »

3 mai 2019 0 commentaire
  • Connu comme historien de la bande dessinée québécoise, Michel Viau se fait désormais un nom à titre de scénariste. Après avoir publié le premier tome de « MacGuffin et Alan Smithee », une série « so Sixties » réalisée avec Ghyslain Duguay (Perro Éditeur), celui-ci récidive avec « L’Affaire Delorme » (dessins de Grégoire Mabit, Glénat Québec), une histoire judiciaire ayant ébranlé le Québec des années 1920.

Dans la lignée des séries TV, podcasts et autres récits de type « True Crime », L’Affaire Delorme s’inspire d’un véritable fait divers. Le 7 janvier 1922, un employé de la voirie de Montréal découvre le corps criblé de balles de Raoul Delorme dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce. Rapidement, son frère aîné, l’abbé Adélard Delorme, est soupçonné du meurtre.

Michel Viau : « L'histoire du Québec est riche. Il y a beaucoup d'anecdotes qui mériteraient d'être racontées sous forme de BD. »
L’Affaire Delorme, par Grégoire Mabit et Michel Viau.
© Glénat Québec.

Un prêtre fratricide : pour de nombreux Canadiens-Français, la chose est tout simplement inconcevable. Aussi, dans cette société profondément divisée entre francophones catholiques et anglophones protestants, cette affaire sensationnaliste attise les tensions religieuses, culturelles et linguistiques. Qui plus est, l’enquête est menée par un certain détective George Farah-Lajoie dit « l’Arabe », un policier d’origine syrienne qui, pour certains, fait figure d’hérétique...

C’est ainsi que l’abbé Delorme subira pas moins de quatre procès, et ce malgré d’accablantes preuves ! Un récit rocambolesque et captivant illustré par Grégoire Mabit et reconstitué à l’aide de documents d’archives et de coupures de journaux reproduites dans le livre.

D’un genre complètement différent, MacGuffin et Alan Smithee est une série d’espionnage campée dans les années 1960. À la fois ludique et humoristique – songez à Chapeau melon et bottes de cuir – le premier tome (Mission Expo 67) reprend les codes de la « Spy-Fi » pour nous faire revivre l’Exposition universelle de 1967 tenue à Montréal. On y suit les aventures de la redoutable MacGuffin, mystérieuse agente britannique au prénom inconnu, et de son partenaire, le Français Alan Smithee, grand amateur de maximes latines. Le duo de choc doit alors mettre la main sur un scientifique américain avant que celui-ci ne divulgue des secrets nucléaires aux nombreux pays qui semblent avoir infiltré l’Expo. Un deuxième tome intitulé Opération Grande Zohra est à paraître chez Perro.

ActuaBD a rencontré Michel Viau dans le cadre du 32e Festival Québec BD afin de discuter de ses nombreux projets.

MacGuffin et Alan Smithee, Tome 1 : « Mission Expo 67 », par Ghyslain Dugay et Michel Viau.
© Perro Éditeur.

On vous connaît comme historien de la bande dessinée, mais depuis quelque temps vous avez fait le saut comme scénariste. Qu’est-ce qui a motivé ce changement de parcours ?

J’ai toujours fait des scénarios. Mon premier scénario, je l’ai fait quand j’étais en sixième année. C’était une histoire de 46 pages, déjà toute détaillée. C’est en fait mon parcours d’historien qui est un accroc. Comme j’ai plus de temps actuellement, j’avais des idées et des envies d’histoires. Je me suis lancé avec Ghyslain Duguay pour la série MacGuffin, et depuis ça s’est enchaîné. J’ai un autre album qui vient de paraître, L’Affaire Delorme, et j’ai d’autres projets en cours.

On sent d’ailleurs beaucoup l’aspect « historien » dans vos bandes dessinées.

Oui, j’aime beaucoup l’histoire. Je trouve que l’histoire du Québec est assez riche. Il y a beaucoup d’anecdotes, beaucoup de petits faits qui sont méconnus mais qui mériteraient d’être racontés sous forme de bande dessinée. Alors j’ai puisé là-dedans. C’est un bassin inépuisable, mais à peu près personne ne va fouiller là-dedans.

Justement, qu’est-ce qui vous a amené à écrire sur l’affaire Delorme ?

C’est une vieille histoire que je connais depuis longtemps. Mon père m’en avait parlé. Il est né pendant ces années-là, pendant les procès, donc il était trop jeune pour en avoir conscience. Mais dans les années qui ont suivi, on en parlait encore car ç’avait vraiment été un événement mémorable : un prêtre accusé de meurtre !

Donc, mon père m’en avait parlé. Il y a eu la série Les Grands procès par la suite, où un épisode était consacré à l’abbé Delorme. Et aussi – et c’est assez amusant – je faisais de la recherche sur la bande dessinée québécoise. Il y avait la série Bénoni dans le quotidien La Presse, de 1922 à 1923. On annonçait tranquillement en page couverture de La Presse l’arrivée de Bénoni, et l’article qui était à côté de cette publicité, c’était l’abbé Delorme qui offrait une prime de 10 000 $ à qui aiderait à trouver le meurtrier de son frère.

Quand j’ai écrit mon livre sur l’histoire de la bande dessinée au Québec [1], j’ai parlé de cette publicité, de la présentation de Bénoni, et j’avais fait un petit alinéa pour dire que l’abbé Delorme était en couverture. C’est donc une histoire qui m’a toujours intéressé. C’est tellement abracadabrant, c’est tellement ahurissant comme histoire que finalement, comme Glénat Québec s’intéresse beaucoup à la bande dessinée historique, j’ai proposé de transposer ce « procès du siècle » en bande dessinée.

Michel Viau et Grégoire Mabit en dédicaces au Festival Québec BD 2019.
Photo : Marianne St-Jacques.

Quelles sortes de recherches avez-vous effectuées pour réaliser L’Affaire Delorme ?

J’ai lu beaucoup d’ouvrages. C’est-à-dire qu’il y a une biographie du policier, George Farah-Lajoie, qui a été publiée il y a quelques années. Il y a aussi une biographie du Dr Derome, qui était le fondateur de l’Institut médico-légal de Montréal. Il y a un gros chapitre de consacré à l’affaire Delorme dans cette biographie. Il y a eu aussi un livre qui s’intitule La Couronne et la soutane, qui est consacré à ces procès. Le détective Farah-Lajoie a écrit un livre, qu’on peut d’ailleurs trouver sur Internet, dans les archives. On peut le télécharger. Et j’ai lu aussi des journaux d’époque, parce que souvent, malheureusement, les livres étaient contradictoires. Ils ne s’entendaient pas nécessairement sur les dates, sur la chronologie des événements, alors je suis allé voir les journaux d’époque pour essayer de démêler tout ça. Et aussi, à cette époque où il n’y avait pas de télévision, les témoignages entendus en cour étaient retranscrits pratiquement en verbatim. Alors je suis allé voir les témoignages des gens. C’est ce qui m’a servi pour les dialogues.

Parlons de ces articles de journaux que vous avez reproduits dans le livre.

J’ai mis quelques articles – ça fait partie de ma recherche, j’ai lu beaucoup dans les journaux montréalais de l’époque . Il y a quatre parties dans l’album. À la fin de chacune des parties, je mets quelques articles qui résument un peu, qui montrent où l’affaire était rendue. Ces articles ont vraiment été publiés dans les journaux. C’était une affaire qui a fasciné la population, autant au Québec, où c’était le sujet de l’heure. Tout le monde en parlait. Tous les journaux en ont fait leurs choux gras pendant trois ans. Mais aussi des journaux européens, des journaux américains, des journaux du Canada anglais ont suivi ces procès-là et en ont fait des comptes rendus.

L’Affaire Delorme, par Grégoire Mabit et Michel Viau.
© Glénat Québec.

Si ce n’était pas une histoire vraie, on vous accuserait d’avoir écrit quelque chose de complètement invraisemblable !

Exactement ! C’est pour cela que j’ai voulu le faire, car c’est tellement ahurissant comme histoire. Mais c’est pratiquement juste au Québec, dans ces années-là, qu’une histoire pareille pouvait se produire. La réalité dépasse la fiction. C’est à peu près incroyable. Avec toutes les preuves qu’il y avait contre l’abbé, la façon dont les procès se sont terminés et quand même assez surprenante.

On voit beaucoup aussi les tensions sociales. Vous avez aussi trouvé une mécanique pour parler de la situation des femmes, avec ce personnage de reporter – même si on apprend qu’elle n’est pas affectée aux pages judiciaires. Vous avez montré toutes les tensions linguistiques et religieuses.

Oui, j’ai créé deux personnages fictifs : un jeune policier francophone de milieu modeste, et une jeune anglophone issue d’un milieu plus aisé qui est journaliste. Cela me permettait de donner différents points de vue sur l’histoire. De montrer comment les francophones catholiques voyaient la chose. Comment les anglophones voyaient la chose. Car ça a vraiment divisé la population. Et en ayant ces deux personnages, cela me permettait de synthétiser les différents points de vue et de les exprimer par ces personnages-là.

Et puis, je trouvais ça intéressant d’avoir une jeune femme journaliste, parce qu’il n’y en avait pratiquement pas à l’époque. Elles commençaient à peine. Je pense qu’il y avait Éva Circé. Donc, une jeune femme qui veut devenir journaliste et on la confine dans les pages enfantines. Mais elle veut faire ses preuves et elle trouve dans cette histoire-là une occasion de pouvoir démontrer ce qu’elle peut faire. Je trouvais intéressant d’avoir des personnages comme ça, pour montrer le statut de chacun dans la société de l’époque.

Parlons de votre autre série, MacGuffin et Alan Smithee. Le ton est complètement différent. Pourquoi avoir choisi de camper l’action à l’Expo 67 ?

Encore une fois, c’est mon intérêt pour la petite histoire du Québec, pour les événements qu’il y a eu. L’Expo 67 a marqué une époque, un tournant dans l’histoire du Québec. C’était l’ouverture sur le monde. On se prenait en main après toutes les années de la Grande Noirceur, et on réalisait quelque chose de remarquable. Pour moi, les pavillons, toute cette architecture très particulière, c’était quelque chose de fabuleux. Je voyais une histoire se dérouler dans ce décor. C’est donc l’Expo qui a motivé la création de cette série, aussi surprenant que cela puisse paraître.

À l’origine, je n’avais aucune idée de ce que les personnages pouvaient être. Je voyais une histoire d’espions, et Ghyslain Duguay a posté un dessin en ligne, où il s’était inspiré du film À bout de souffle. On voyait une jeune femme blonde avec un type en veston noir qui marchaient, dans le style des années 1960. Je lui ai demandé s’il faisait quelque chose avec ces personnages, si c’était un projet. Il m’a dit que non, alors je lui ai proposé d’en faire deux espions, et de faire un récit qui se déroulerait à l’Expo. C’est comme ça que MacGuffin et Alan Smithee sont nés, tout simplement. Donc à l’origine, les deux personnages n’étaient pas nécessairement un homme et une femme ; c’est venu de la création de Ghyslain. J’ai pris ses personnages, je leur ai donné un contenu, car pour lui c’était seulement un hommage à À bout de souffle. Je me les suis appropriés, je leur ai donné des noms, un passé, et on a créé l’histoire comme ça.

MacGuffin et Alan Smithee, Tome 1 : « Mission Expo 67 », par Ghyslain Dugay et Michel Viau. Les différents pavillons de l’Expo 67 ont inspiré la série.
© Perro Éditeur.

C’est drôle, car lisant la série, on peut aussi penser à Chapeau melon et bottes de cuir.

Pour le ton, oui, c’est effectivement Chapeau melon et bottes de cuir. C’est l’inspiration. Mais le dessin original, c’était À bout de souffle, avec Jean Seberg et Belmondo. Mais pour le ton, c’est toutes ces émissions des années 1960. Il y avait beaucoup d’émissions d’espions à l’époque.

La « Spy-Fi » ?

Exactement. Avec James Bond, avec la série Flint, avec Matt Helm, et tout ça. À la télévision, il y avait Mission Impossible, Chapeau melon et bottes de cuir, Ça prend un voleur. Le personnage d’espion était à la mode. J’avais les deux personnages. On voulait faire une comédie ou quelque chose d’humoristique, donc c’est sûr que cela ressemble à Chapeau melon et bottes de cuir. Mais je dois dire que je n’ai pas réécouté d’épisodes depuis les années 1960. C’est seulement selon mes souvenirs, car ça m’avait beaucoup marqué. J’avais beaucoup aimé cette série. C’est donc d’après mes souvenirs, et la parodie que Gotlib et Alexis en ont faite dans Cinémastock, que j’ai relue plus récemment.

Pour quand le prochain tome de MacGuffin et Alan Smithee est-il prévu ?

L’album est terminé depuis le mois d’août mais l’éditeur a décidé de repousser la sortie pour des raisons éditoriales. Donc on espère pour le Festival BD de Montréal (24 au 26 mai 2019), sinon ce sera un peu plus tard. Pour le moment, on travaille sur le troisième tome, qui est avancé. J’ai fini la scénarisation. Ghyslain est rendu à la page 46-47 sur 62 pages. Donc ça va bon train.

MacGuffin et Alan Smithee, Tome 2 : « Opération Grande Zohra », par Ghyslain Dugay et Michel Viau, à paraître.
© Perro Éditeur.
MacGuffin et Alan Smithee, Tome 2 : « Opération Grande Zohra », par Ghyslain Dugay et Michel Viau, à paraître. L’album se penche notamment sur la visite du Général de Gaulle au Québec, en 1967.
© Perro Éditeur.

Parlez-nous de l’exposition « BD : moments forts du 9e art québécois », qui est à l’affiche au Musée de la civilisation de Québec, et plus particulièrement de votre travail de rédaction des textes qui accompagnent l’exposition.

C’est une exposition qui m’avait été commandée voilà quatre ans par le Festival Québec BD. Elle était itinérante à l’origine. C’étaient 25 dates importantes de l’histoire de la bande dessinée. Avec Thomas-Louis Côté (DG du Festival Québec BD), on a déterminé 25 dates. C’étaient donc 25 panneaux qui reproduisaient soit des extraits, des personnages ou des couvertures d’albums ou de revues. Cette exposition s’est promenée à différents endroits. Elle est allée à Cuba à deux reprises, au Japon trois fois, en Belgique, en Algérie, évidemment à Montréal, à Toronto.

Mais ce n’étaient que des panneaux. Cette année, le Musée de la civilisation a décidé de bonifier cette exposition. On a donc repris les 25 textes originaux. On a ajouté les introductions. Plutôt qu’une chronologie de 25 dates, on a divisé ça par périodes importantes. J’ai fait des textes d’appoint. J’ai retouché les textes qui étaient là, et on a rajouté des artefacts, c’est-à-dire des planches originales, des dessins, des objets. Il y a même des peintures, beaucoup de couvertures de vieux livres, des albums, des journaux, des magazines. Ce ne sont plus 25 dates, mais bien les moments forts de l’histoire de la bande dessinée.

Qu’est-ce qui motive ces choix ? Comment peut-on résumer un tel panorama dans un espace muséal limité ?

Ç’aurait pu être beaucoup plus long ! Il y a des séries que j’ai dû écarter. Je pense entre autres à L’Oncle Pacifique (Vic Martin), qui est une série qui a paru pendant dix ans. Il y a à peu près 500 pages de cette série, mais elle n’est pas très connue. Personne n’en parle dans les ouvrages. Mon choix donc s’est fait en fonction des choses les plus marquantes de chacune des époques. J’aurais voulu mettre L’Oncle Pacifique, mais pour la plupart des gens, ça ne veut rien dire. Je l’ai donc écarté au profit de d’autres séries plus connues, qui donnent des repères historiques. C’est un choix, ce n’est pas facile, mais on essaie de voir ce qui a pu avoir des répercussions sur la suite de l’histoire de la bande dessinée.

Michel Viau présente un hommage à Paulin Lessard lors de la soirée des Prix Bédéis Causa au Festival Québec BD 2019.
Photo : Marianne St-Jacques.

Dans cette exposition, il y a une bonne représentation de la contribution des femmes à la bande dessinée québécoise.

C’était important de montrer la diversité, de montrer le travail des femmes. Dès 1919, l’écrivaine Laure Conan avait écrit un conte historique, mais c’était des histoires en images ; ce n’était pas typiquement de la bande dessinée. Ensuite il y a eu Yvette Lapointe, qui a été la première à faire un strip quotidien, six jours par semaine. Il y avait eu un autre strip avant, Bénoni, mais qui ne paraissait que deux ou trois jours par semaine. Il y a ensuite eu Odette Fumet-Vincent qui a fait plusieurs adaptations de romans de cape et d’épée dans les journaux pendant la Deuxième Guerre mondiale.

On arrive ensuite à l’Underground, où les femmes ont vraiment pris leur place. On pense à Julie Doucet, à Caro Caron. Il y a eu Diane Obomsawin. Les femmes sont apparues avec la vague Underground, au moment où la bande dessinée n’était plus une affaire de gars, mais une affaire d’artistes. Souvent c’était des gens issus du milieu des arts, du Cégep du Vieux-Montréal, notamment. C’était de jeunes artistes qui s’exprimaient par la bande dessinée. Au Québec, on n’a pas eu de tradition de journaux pour jeunes garçons – comme Tintin, Spirou, Pilote –, ce qui fait que les femmes se sont peut-être senties moins aliénées par ce médium-là. En Europe, les magazines s’adressaient aux garçons et ils étaient faits par des hommes. Ici, il y a eu une plus grande liberté, et aujourd’hui on le voit communément. Il y a beaucoup de femmes en bande dessinée.

Dans l’exposition, il y a un exemplaire de Face à l’imprimé obscène de Gérard Tessier. Est-ce que cet ouvrage a eu, au Québec, un impact aussi retentissant que Seduction of the Innocent de Fredric Wertham ?

Non, il n’y a pas eu de véritable impact comme tel. C’était plus au niveau de la communauté catholique. Il y a peut-être eu des éducateurs, des dirigeants d’école, des curés qui l’ont pris. Mais il n’y a pas eu de loi qui ait été adoptée à cause de cet ouvrage. Il y avait déjà eu une commission d’enquête au Canada anglais, deux ou trois ans plus tôt, en 1952 je crois, et Face à l’imprimé obscène est paru en 1955.

Gérard Tessier reprenait les arguments de Wertham : Batman et Robin étaient deux homosexuels, Wonder Woman était castratrice et rendait lesbienne.., c’était du délire total. C’était carrément écrit : « la lecture de comics rend les enfants comme des paquets de nerf.  » Il y avait une liste à la fin où il conseillait de bannir absolument tous les comics. Il n’y en avait aucun qui avait grâce à ses yeux. Pratiquement toutes les revues européennes – Tintin et Spirou – étaient à surveiller, car elles étaient parfois douteuses. Certains journaux comme Vaillant étaient à bannir car ils appartenaient au Parti communiste. Toutes les publications des frères Offenstadt étaient à bannir car ils étaient juifs. On était en 1955, après la guerre, après la Shoah, et on persistait à dire : « Ce sont des Juifs ; il ne faut pas lire leurs magazines car ils ne véhiculent pas de bonnes valeurs catholiques.  »

Donc c’était du délire, mais je ne pense pas que ça ait eu un gros impact. De toute façon, la bande dessinée avait déjà mauvaise presse. Il n’y a pas eu que ce livre-là. Il y a eu des articles. Il y a eu la campagne aux États-Unis. En France, il y a eu la Loi du 16 juillet 1949 qui censurait la bande dessinée. La BD avait mauvaise presse du côté des éducateurs, et dans les années 1950, c’était les congrégations religieuses qui diffusaient l’enseignement, qui propageaient l’éducation. C’est sûr que la bande dessinée n’avait pas sa place dans ces établissements, à l’exception des revues catholiques comme Hérauts qui étaient publiées par différentes congrégations. Il y avait la version officielle publiée par Fides, mais il y avait les revues sœurs publiées par les congrégations enseignantes.

Michel Viau a rédigé les textes de l’exposition « BD : moments forts du 9e art québécois » présentée au Musée de la civilisation de Québec jusqu’au 19 mai 2019.
Photo : Marianne St-Jacques.

(par Marianne St-Jacques)

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L’Affaire Delorme, par Grégoire Mabit et Michel Viau, Glénat Québec, 154 pages. Parution au Canada le 6 mars 2019 et en Europe le 14 avril 2019.

MacGuffin et Alan Smithee, Tome 1 : « Mission Expo 67 », par Ghyslain Duguay et Michel Viau, Perro Éditeur, 64 pages. Parution au Canada le 8 janvier 2018.

L’exposition « BD : moments forts du 9e art québécois » est présentée au Musée de la civilisation de Québec dans le cadre du 32e Festival Québec BD. À l’affiche jusqu’au 19 mai 2019. Visiter la page officielle du Musée de la civilisation pour en savoir plus.

À lire sur ActuaBD : « Moments forts du 9e art québécois : une exposition essentielle au Musée de la civilisation de Québec ».

[1Michel Viau, BDQ : Histoire de la bande dessinée au Québec, Tome 1 : des origines à 1979, Éditions Mém9ire, Montréal, 2014.

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