Michel, toujours Vaillant !

25 octobre 2012 0 commentaire
  • Venu d'un temps où la voiture était la technologie émergente, Michel Vaillant change de peau avec une nouvelle équipe de dessinateurs et un coscénariste.
Michel, toujours Vaillant !
Crayonné pour la couverture

Nous sommes dans un monde en mutation. Alors que les difficultés de l’entreprise Peugeot font la Une des journaux en raison de la fermeture de son usine française, la bande dessinée emblématique du rêve automobile des années soixante, Michel Vaillant, reprend un nouveau départ, sous la houlette de Philippe Graton, avec un nouveau dessinateur Marc Bourgne (assisté de Benjamin Benéteau en charge des voitures et décors) et surtout d’un nouveau scénariste : Denis Lapière, dont l’attachement aux sports mécaniques est bien connu depuis sa série Mauro Caldi démarra sur des chapeaux de roues, avec Michel Constant au dessin, en 1987 (elle vient de reparaître aux éditions Paquet).

L’hommage de René Goscinny

"Je n’ai jamais pu distinguer un carburateur d’un filtre à air, et la raison pour laquelle les moteurs à explosion n’explosent pas, restera à tout jamais un mystère insondable pour moi " écrivait René Goscinny dans une préface pour Michel Vaillant, c’est dire si le créateur d’Astérix était peu versé dans la vénération "mécanique" de l’œuvre de Jean Graton.

Mais il était bluffé par son professionnalisme et une certaine qualité d’approche de la BD qui tenait quasi du reportage, ce qui en faisait le précurseur d’une tendance bien affirmée depuis : "... [c’est] grâce à des auteurs comme Jean Graton, poursuivait-il, que les choses ont bien changé. À une époque où l’on se contentait de quelques vagues documents approximatifs, Jean a été l’un des premiers de notre métier à quitter son studio pour aller chercher sur place le détail vrai, l’information exacte. Il est devenu un familier des circuits, et l’ami des pilotes, des constructeurs et des mécaniciens. Jean Graton est, incontestablement, un de ceux qui ont su ajouter une dimension nouvelle à la bande dessinée."

"Une dimension nouvelle à la bande dessinée"... Bigre ! Venant de René Goscinny, unanimement vénéré par les Fouquier-Tinville de la critique BD (car pour eux, un bon auteur est un auteur mort), le compliment n’est pas mince !

Il ajoute même : "Grâce à la conscience professionnelle de son auteur, Michel Vaillant a vite échappé à sa condition de personnage linéaire se mouvant dans le cadre étroit d’une image, pour devenir un être vivant, réel, avec son courage et ses faiblesses." Le scénariste de Lucky Luke fait là allusion au côté parfois mélo de certains des récits de Jean Graton qu’il salue par cette boutade : "La preuve éclatante de cette réussite, de ce succès, m’en a été donnée un jour par un motard de la police, qui, me reprochant je ne sais quel dépassement de limitation de vitesse, me dit dans un sourire : "Vous vous prenez pour Michel Vaillant ?"

Le nouveau coscénariste de la série, Denis Lapière est à l’unisson : "Jean Graton a inventé des manières d’écrire en bande dessinée. C’est un narrateur qui a innové dans les moyens de raconter avec des cases. Certaines pages des vingt premiers albums sont très inventives, sans parler des séquences de course qui restent une référence. Il faut souligner que son travail ne touche pas que les amateurs de voitures mais aussi ceux qui aiment le langage de la bande dessinée. "

Michel Vaillant , Nouvelle saison T1 : Au nom du fils - Editions Dupuis - Par Philippe Graton, Denis Lapière, Marc Bourgne et Benjamin Benéteau. L’album paraîtra le 16 novembre 2012
(C) Dupuis

Un succès international

L’estime que lui accorde le fameux scénariste doit sans aucun doute à la réputation d’une série qui a joui, dans les années 1960-1980, d’un incontestable succès. Goscinny se souvient sûrement que la première véritable parution d’Astérix en Allemagne (je ne parle pas de l’ersatz qui l’a précédé, ), et Dieu sait si l’Allemagne est un pays important pour le petit Gaulois, l’a été en 1967 dans un magazine des éditions Ehapa : MV. MV comme Michel Vaillant car, bien avant Astérix, le champion automobile à la mâchoire carrée était LA star de la BD en Allemagne.

Aujourd’hui, les 70 titres de la collection Vaillant totalisent plus de 20 millions d’albums vendus dans 16 pays, dont les États-Unis et le Japon. Un film en est tiré en 2003 par Luc Besson, qui fait plus d’un million d’entrées en salle en France et qui est revendu dans de nombreux pays.

Une alliance avec Dupuis

C’est pourquoi on ne s’étonne pas que ses aventures aient continué sans discontinuer jusqu’à aujourd’hui. Et même si toutes ses courses n’ont pas été gagnée au niveau artistique, loin de là -les collections automobiles chez Glénat et Paquet viennent le rappeler-, le sport automobile mobilise encore les foules.

Jaloux de la Ferrari de son éditeur, Graton décida, à l’exemple de son ami Uderzo, de créer son propre label éditorial, piloté depuis 1994 par son fils Philippe Graton, devenu par ailleurs coscénariste de la série, dirigeant un studio de dessinateurs pour ce qui concerne le dessin, Jean Graton -touché par l’âge- s’effaçant progressivement de la conception de la série.

Les auteurs en repérage à Monza (à dr.) : Denis Lapière, Benjamin Benéteau et Marc Bourgne
Photo DR - Ed. Dupuis

En 2010, Philippe Graton fit affaire avec les éditions Dupuis qui relancèrent commercialement la collection dans leur giron. Dans la foulée, l’idée d’une relance de la collection avec une nouvelle équipe, scénaristes et dessinateurs, germa dans leur cerveau mercantile : "Je pense qu’il était temps pour Michel Vaillant de passer pour l’équipe artisanale qui prépare sa voiture dans son garage à un team d’usine", déclare le fils de l’artiste et timonier de l’aventure, qui invita la nouvelle équipe à le rejoindre à Monza afin de relancer la série sur la base d’une "Bible" qu’il avait lui-même conçue.

D’ailleurs, ce nouvel album s’intitule justement "Au nom du fils" et illustre pleinement le changement de paradigme. Les auteurs nous décrivent une famille qui assiste au Grand Prix de Monaco... devant la télévision !

Car, à la suite de la crise des subprimes et de la crise économique qui en suivit en 2008, les usines Vaillante ont dû renoncer aux dispendieuses courses de Formule 1. le fondateur Henri Vaillant réunit la famille : on parle de redéploiement, peut-être de délocalisation... Mais grâce à un sponsor de boisson énergisante, la famille Vaillant redémarre au quart de tour, pour deux saisons, au Championnat du Monde pour les voitures de tourisme, le WTCC.

Mais le retour dans les paddocks n’est pas si aisé que prévu... Heureusement pour le lecteur !


Les trois étapes de la conception d’une planche de Michel Vaillant : Le crayonné et l’encrage par Marc Bourgne et la pose des décors ensuite par Benjamin Benéteau
(c) Graton / Dupuis

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Lire l’interview de Marc Bourgne

Michel Vaillant , Nouvelle saison T1 : Au nom du fils - Editions Dupuis - Par Philippe Graton, Denis Lapière, Marc Bourgne et Benjamin Benéteau.

L’album paraîtra le 16 novembre 2012

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