Newsletter ActuaBD

Migrations d’Alifbata. Les artistes du monde arabe offrent leur point de vue sur le phénomène

  • Cette rentrée les éditions Alifbata ont concocté, avec le collectif tunisien Le LAB619, un recueil singulier de dix nouvelles et témoignages d'une douzaine d'artistes du monde arabe. Ils nous offre à travers ces récits leurs perspectives sur la migration, ce qu’elle signifie pour chacun et comment ils l’on vécue pour certains.

Basé à Tunis, le LAB619, regroupe une appréciable quantité de dessinateurs et de scénaristes, qui depuis 2013 se battent pour créer une place légitime à la BD "adulte" dans la scène magrébine. En conséquence, ils ont développé une préférence pour les sujets sensibles, liés aux réalités politiques et sociales du monde arabe.

C’est dans cette optique qu’à partir de 2015, ils ont commencé à publier des récits courts, composés principalement par des artistes ayant vécu ou connu de près la grande vague migratoire qui a secoué la Méditerranée de 2014 à 2016. C’est donc une sélection de ces histoires que la maison Alifbata a traduites et nous présente aujourd’hui. Englobant un vaste éventail de techniques et de genres narratifs, elles nous font découvrir l’envers du décor, d e l’un des sujets les plus sensibles de notre actualité.

Migrations d'Alifbata. Les artistes du monde arabe offrent leur point de vue sur le phénomène

Certains des auteurs choisis tels Barrack Rima, Zineb Benjelloun et Nadia Dhab, nous sont plus familiers tandis que d’autres font ici leurs premiers pas de ce côté de la Méditerranée.

Leurs histoires illustrent avec franchise plusieurs aspects de la migration, la comprenant comme une action qui va au-delà du déplacement physique de la personne, mais aussi tout un ensemble de processus de transformation de l’individu et de ses repères, évoluant sur plusieurs années (voire toute une vie). C’est dans ce sens que les histoires choisies abordent des sujets tels la demande d’asile, la solitude, l’incompréhension ou encore l’hostilité des sociétés d’accueil. Afin de donner une image plus particulière à la réalité complexe derrière le mot "migration".

Les techniques, graphiques ainsi que les genres, sont variés. Le témoignage personnel est sans doute la formule favorite de chacun des intervenants, avec des récits réutilisant les codes des fables traditionnelles ou du journal intime. On distingue Ce qui succède aux bruits d’Somar Sallam, qui combine une esthétique soignée à l´encre de chine avec des allégories bucoliques, afin de nous raconter le drame d’abandonner à contrecœur la personne aimée etde vivre dans une société étrange.

Ou L’Ultime Voyage de Kamal Zakour et Abir Gasmi (à qui l’on doit la belle couverture de l’album), qui raconte les périples de trois sœurs aidant les malheureux ayant perdu leurs chemins en plein Sahara, sous les traits d’un conte semi-mythique.

D’autres courent des terrains plus expérimentaux, telle la singulière nouvelle post-apo Le Puits d’Abir Gasmi et Moez Tabia, quelque peu réminiscence de l’univers de la franchise de jeux-vidéo Fallout, où l’on explore à travers un carnet de notes, les traits une civilisation de castes vivant dans les profondeurs de la planète.

Pour que dorme ma conscience est peut-être la plus mordante de tous. Signé Nidhal Ghariani et Nadia Dhab, cette parodie burlesque des pays occidentaux se sert d’un humour acide et noir comme l’encre, afin de décrier l’hypocrisie des sociétés modernes, où la souffrance et le secours aux étrangers est devenu un divertissement banal, opportun pour masquer son narcissisme.

Perle baroque venue des rives sud de la Méditerranée, Migrations réussit son coup et donne un visage humain aux grands exodes contemporains en délivrant un message nuancé et poignant, riche de sa diversité de perspectives et de ressentis sur le sujet par ces différents dessinateurs.

Voici un recueil comme on trouve peu, avec des auteurs dont il faudra certainement suivre le parcours.

Voir en ligne : Le Lab619, une histoire tunisienne

(par Jorge SANCHEZ)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
Newsletter ActuaBD