Millenium, par la bande

14 mars 2013 8 commentaires
  • "Millenium, comme vous ne l'avez jamais lu", tel est le slogan qui accompagne cette bande dessinée qui paraît le 22 mars 2013 chez Dupuis. Effectivement, après le roman de Stieg Larsson, le film et la série TV, avant le comics, voici l'adaptation BD. Un produit dérivé? Voire. Avec Sylvain Runberg et Jose Homs, l'exercice est si réussi qu'il confine à l'œuvre.

"Un roman est un dictionnaire en désordre" disait Jean Cocteau. Pas seulement, et l’adaptation de Millenium par Sylvain Runberg & Jose Homs le prouve.

Voici dix ans que la trilogie de Stieg Larsson vole de succès en succès. Un film, une série TV en ont été tirés. Une BD et un comics s’apprêtent à voir le jour. Le roman est suffisamment fort pour échapper au danger le plus élémentaire de ce genre d’exercice : celui de tirer l’œuvre vers le bas, de dégoûter le lecteur de jamais retourner à l’original.

Rien de cela ici. D’abord parce que nous nous trouvons face à un univers codifié à l’extrême : le thriller. Un journaliste, la police, des puissants, et un cadre exotique pour les non-Scandinaves : la Suède, pays d’origine de l’auteur, Stieg Larsson, mort à 50 ans d’une crise cardiaque en 2004. Il est donc facile de s’en saisir avec une bonne documentation. Le récit et les personnages sont d’une telle force qu’ils passent le crible des adaptations : réduction à la cuisson pour le film, où l’on coupe de nombreuses séquences marquantes, édulcoration pour la série TV, où l’audience "familiale" oblige à effacer les scènes les plus crues.

L’avantage de la BD, alors ? Comme au cinéma, les coupes sont nécessaires. Mais la force de la BD, c’est l’ellipse, "l’espace inter-iconique" comme disent les pédants.

Contrairement au film où la vitesse et le son jouent un rôle déterminant, on peut s’appesantir sur le dessin, prendre le temps d’apprécier les séquences, d’approfondir les caractères, tout en évacuant les nécessaires scènes de progression. Le Belge Sylvain Runberg, un scénariste maintenant chevronné (plus d’une quarantaine d’albums en huit ans), connaît toutes ces ficelles : son récit, soigneusement documenté, a du punch et alterne avec brio scènes d’action et séquences plus psychologiques.

Millenium, par la bande
"Millenium" de Sylvain Runberg & Jose Homs, d’après Stieg Larsson
(c) Ed. Dupuis

Il est particulièrement mis en lumière par le dessin de l’Espagnol Jose Homs. Ce jeune artiste venu de Barcelone a commencé dans l’illustration et la publicité avant de faire un détour sur le comics Red Sonja (Ed. Panini) . Mais l’American Way of Comics n’est pas sa tortilla, il commence à regarder vers le marché français où Frank Giroud et l’éditeur de Dupuis Louis-Antoine Dujardin lui font faire deux volumes de la collection Secrets, L’Angélus. C’est ainsi que l’on pense à lui pour Millenium.

"Millenium" de Sylvain Runberg & Jose Homs, d’après Stieg Larsson
(c) Ed. Dupuis

Le choix est particulièrement judicieux car Homs est à l’aise dans tous les registres : scènes de combat échevelées, paysages apaisés, dialogues statiques... À cela s’ajoutent un rendu bien senti des personnages et une mise en couleurs d’une parfaite clarté. Bref, nous nous trouvons là avec une série du niveau d’un Il était une fois en France, et qui ne devrait pas tarder à rencontrer un succès comparable.

La version BD de Millenium est loin de tirer l’univers de Stieg Larsson vers le bas, au contraire. C’est une puissante invitation à la lecture du polar scandinave.

"Millenium" de Sylvain Runberg & Jose Homs, d’après Stieg Larsson
(c) Ed. Dupuis

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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DANS LE CADRE DE LA PUBLICATION DE CET ALBUM

Exposition/Vente MIllENIUM par HOMS et RUNBERG

La galerie 9ème Art en partenariat avec les Editions Dupuis présentera en exclusivité les planches originales du Tome 1 de l’album.

Attention ! Places limitées et sur réservation Infos : contact@galerie9art.com

Vernissage de l’exposition en présence des auteurs le mercredi 20 mars à la Galerie 9ème art à 18h

Exposition du 21 mars au 6 avril à la galerie 9ème Art,
4 rue Crétet 75009 Paris.

 
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8 Messages :
  • Millenium, par la bande
    14 mars 2013 11:42, par LC

    Dupuis s’était déjà planté avec les adaptations de Sullitzer. Apparemment ça ne leur a pas servi de leçon.

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    • Répondu par Guerlain le 14 mars 2013 à  16:41 :

      vous oubliez les adaptations de Bernard Clavel (comme tout le monde)

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      • Répondu le 14 mars 2013 à  17:58 :

        Clavel, c’était chez lefranc et non chez Dupuis.

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  • Pourquoi ?
    14 mars 2013 16:41, par Guerlain

    réduction à la cuisson pour le film, où l’on coupe de nombreuses séquences marquantes, édulcoration pour la série TV, où l’audience "familiale" oblige à effacer les scènes les plus crues.
    L’avantage de la BD, alors ? Comme au cinéma, les coupes sont nécessaires. Mais la force de la BD, c’est l’ellipse,

    Ce n’est pas l’ellipse qui fera rentrer toute la complexité de 700 pages dans x fois 64 pages de bande dessinée. Si le film a réduit à la cuisson, la bande dessinée le fera aussi. Reste à ce que cette réduction n’affadisse pas le récit. Le film s’en tirait plutôt bien, grâce, entre autres, à une photo impeccable et une bande son impeccable. Les armes de la bande dessinées sont différentes et conviennent en général assez mal à ce genre d’ambiance. Souvent le résultat est trop lisse ou trop racoleur. Difficile de se faire un avis qu vu des planches reproduites ici, mais cela ne me tente pas le moins du monde.

    C’est une puissante invitation à la lecture du polar scandinave.

    alors, pourquoi passer par la case "bd" ? Autant lire les romans tout de suite. D’autant que je doute que beaucoup de lecteurs aient attendu la sortie d’une bande dessinée pour s’attaquer aux romans.
    Au pire, il arrivera le même problème qu’avec le cri du peuple. Après lecture du premier tome de l’adaptation de Tardi, j’ai dévoré le roman de Vautrin. J’ai acheté la suite de l’adaptation de Tardi parce que c’était Tardi, un très grand, mais plus l’effet de surprise sur l’histoire. Dans le cas hypothétique où un lecteur découve Millenium avec cette BD et se lance dans la lecture des romans, attendra-t-il la suite des bandes dessinées, ou se contentera-t-il des romans ?
    En fait, je ne vois absolument pas l’intérêt de ce genre d’adaptation, surtout en saucissonant les romans. Des gros one-shot qui couvre l’entièreté d’un roman aurait été plus adapté.

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    • Répondu par un lecteur multiple le 14 mars 2013 à  17:50 :

      Le slogan de lancement aurait dû être le suivant : "Vous n’êtes pas arrivé au bout du roman car il y avait trop de textes et pas assez d’images ? Vous n’êtes pas arrivé au bout du film car il vous est impossible de rester concentré deux heures sur un même sujet ? Vous adorerez cette BD qui se met à votre niveau intellectuel en vous offrant des tranches d’histoire pas trop épaisses et pleine d’images !". J’ai comme l’impression que les éditeurs nous prennent de plus en plus pour des cons ! Je comprends quand on adapte un roman ou une BD au cinéma, car cela permet de toucher un plus large public. En revanche, je comprends moins quand on veut adapter un roman ou un film en BD. À quoi bon vouloir convaincre un petit public alors que le grand public est déjà convaincu ? Y a un truc qui m’échappe. Lisez le roman, il est très bien !

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      • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 14 mars 2013 à  17:58 :

        Autant d’objections de la part de gens qui n’ont rien lu, ni vu (le bouquin sort dans huit jours), c’est merveilleux, non ?

        Et puis cette vision globalisante qui consiste à penser que tout le monde a les mêmes pratiques que soi (comme si une BD ne pouvait avoir SON public), c’est très curieux aussi. C’est ça, la doxa d’Internet.

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  • Millenium, par la bande
    14 mars 2013 19:11

    Vous dites que le film fait des coupes et la série tv édulcore les scènes
    Ca c’est votre thèse.
    Viens la critique proprement dite de la bd. Vous dites que la bd et ses 64 planches opére aussi des coupes.
    Quel est donc l’intérêt de cette adaptation ? Qu’apporte-t-elle à l’oeuvre si elle tranche dedans ? Selon vous, je paraphrase, ce serait le fait de rester en extase devant les dessins qui ne bougent pas (à la différence des images du film) !
    N’est-ce pas un peu primaire et général ?
    Par extension toutes les adapatations bds auraient cette qualité.
    Question essentielle non abordée dans votre critique : Ce tome 1 couvre quelle partie du premier livre ? Quels chapitres ?

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  • Millenium, par la bande
    17 avril 2013 15:05, par pol

    est-ce parce que j’ai lu les romans ?
    est-ce parce que j’ai vu l’adaptation en série TV ?
    est-ce parce que je n’ai pas vu James Bond jouer le rôle ?
    je viens de lire ce premier volume et le moins que je puisse en dire c’est que je ne suis pas rentré dedans... dommage.
    à chaque lecteur son sentiment, le mien est très mitigé quand à l’utilité, autre que commerciale, de l’adaptation. bon vent, sans moi, pour la suite.

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