Modeste et Pompon, l’intégrale - Par Franquin - Le Lombard

9 juin 2015 2 commentaires
  • En 1955, Franquin se fâche avec Dupuis et décide de signer chez Raymond-Leblanc-de-chez-Lombard-en-face tout en continuant à dessiner Spirou pour Dupuis. Il y crée un "family strip" précurseur en bien des points de Gaston Lagaffe, et surtout une référence esthétique de Style Atome qui fascine aujourd'hui encore...

S’il est un joyau qui pare les pages du Journal Tintin entre 1955 et 1959, c’est bien Modeste & Pompon. Le dessin de Franquin détonne dans ce temple de la ligne claire, même s’il fait une inflexion vers le maître de Bruxelles. C’est une histoire de comptes avec un Monsieur Boulier de Marcinelle qui le pousse à faire cet acte transgressif : travailler pour la concurrence.

Il y signe, le 15 avril 1955 un contrat de cinq ans (qui seront finalement "commués" à quatre). Un contrat de malheur (André s’en souviendra dans Gaston qui deviendra l’empêcheur de signer un contrat par excellence...) qui lui donne un surcroît de travail dément. Pour aller vite, pense-t-il, il faut faire comme Hergé : faire simple. Mais la simplicité, il le découvre, n’est pas simple. Pour s’abstraire de la doc, il décide d’inventer les voitures, les objets qu’il dessine... Mais ces créations s’avère autant chronophages, sinon plus, que ses créations ordinaires... Quand il confie Modeste & Pompon à Attanasio, revenant dans le giron exclusif de Dupuis, c’est un soulagement. Il faudra les soubresauts de mai 1968 pour que Franquin retrouve ses velléités d’indépendance.

Il n’empêche, pendant quatre ans, il produit des pages sublimes dont les scénarios sont signés de sa main mais aussi de celles de Greg, de Goscinny, de Peyo, de Tibet... Un concentré de savoir-faire, de clarté, de design, de fraîcheur

Modeste et Pompon, l'intégrale - Par Franquin - Le Lombard
Modeste et Pompon, l’intégrale - Par Franquin - Le Lombard

Dans un dossier exceptionnellement documenté (ah, ces vœux de Franquin à Dupuis -jamais envoyés- où il représente Modeste pendu à un arbre !), les spiroulogues Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault établissent dans le détail les raisons de la rupture entre Dupuis et son auteur-vedette ; l’expert en guerre froide Spirou-Tintin, Hugues Dayez, se penche sur les scénaristes des deux camps qui se joignent à la trahison ; Augustin David analyse avec beaucoup de sagacité le contexte historique et social de la série, de même que les sources graphiques et artistiques qui sous-tendent ce chef-d’œuvre ; et l’esthète Philippe Capart compare l’œuvre à l’un de ses modèles assumés : le Family Strip Blondie de Chick Young. Il n’est pas jusqu’à la fille de l’artiste... Isabelle Franquin (née au moment de la conception de la série) qui ne se joigne à cette introduction chorale pour nous gratifier d’un dossier sur les inventions automobiles du créateur de Modeste & Pompon et de Gaston. Sans doute est-elle aussi à l’origine de la discographie des disques qu’écoutait Franquin au moment où il réalisait ces pages.

Modeste et Pompon, l’intégrale - Par Franquin - Le Lombard

On ne peut qu’être ravi de voir enfin le Lombard rejoindre en qualité les intégrales de Dupuis, devenues une référence en la matière. L’éditrice de cet ouvrage, Nathalie Van Campenhout, a su rehausser la qualité, souvent ordinaire sinon quelquefois médiocre, en particulier en ce qui concerne la maquette, qui était celle des précédentes intégrales de la maison bruxelloise. Une fois de plus, la rivalité Dupuis-Lombard, grâce à Franquin, a fait un miracle !

Modeste et Pompon, l’intégrale - Par Franquin - Le Lombard

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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