Moebius au Futuroscope : une citadelle pour Jerry Cornelius !

11 février 2008 0 commentaire
  • Ce samedi 9 février fut inauguré La Citadelle du Vertige, une attraction du Futuroscope qui rend hommage à l’une des œuvres les plus libres et les plus intimes de Moebius publiée dans Métal Hurlant en 1975 et en album aux Humanoïdes Associés. Moebius avait fait le déplacement à Poitiers. Nous aussi.
Moebius au Futuroscope : une citadelle pour Jerry Cornelius !
Jean Giraud alias Moebius
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD).

Fort de plus d’un million et demi de visiteurs en 2007, (année de son vingtième anniversaire) le Futuroscope affiche une belle santé dynamique et croissante. Avec La Citadelle du Vertige, le site dédié à l’image sous toute ses formes a donc choisi de se tourner vers la bande dessinée en consacrant l’un de ses pavillons à la plus moebiusienne des BD des années 70 : Le Garage hermétique de Jerry Cornélius.

Soixante quinze mètres et cinq minutes hallucinatoires

Fruit d’une collaboration entre l’auteur du Major fatal, la société X Largo (rien à voir avec une autre série à succès...) et le magicien Gérard Majax, La Citadelle du Vertige permet au visiteur de vivre une expérience inédite : approcher cet univers avec ses jambes, sortir l’image de son cadre, partir à tâtons à la poursuite du Major Grubert . Coiffés d’un casque pourvus de miroirs, les amateurs, la main posée sur une rampe, se retrouvent immergés pendant environ cinq minutes (!) successivement dans six décors fantastiques tirés de ce qui fit figure d’œuvre culte dans les pages de Métal Hurlant. Les effets hallucinatoires dus aux lunettes miroirs transportent les visiteurs de la ville chaotique au labyrinthe matriciel, en passant par le refuge bakalite ou la cité mégalithe, autant de stations qui provoqueront une résonance particulière dans l’esprit des familiers des mondes de Jean Giraud. Les autres ne resteront sûrement pas insensibles aux gargouillis, ombres chinoises et autres ambiances sonores qui les accompagnent tout au long de ce parcours long de 75 mètres.

Trois acteurs pour un projet : Moebius, Majax et XLargo
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD).

C’est au célèbre magicien, vedette télévisuelle des années 70 que l’on doit l’invention d’un procédé qu’il qualifie lui même de « fil à couper le beurre optique ». La scénographie joue essentiellement sur des effets visuels et provoque un vertige parfaitement en phase avec les décors imaginés par Moebius il y a près de trente ans. Inutile de préciser que le magicien animateur est un fan de la première heure du dessinateur !

Une montagne russe émotionnelle

Cette nouvelle attraction inaugurée lors de l’ouverture de la nouvelle saison 2008 eut lieu en présence des différents acteurs du projets (Conseil général de la Vienne, responsables du parcs, auteurs des scénographies etc.…) et des deux principaux complices du projet Gérard Majax et Jean Giraud qui, pour l’occasion ont sacrifié aux contraintes du protocole. Bien entendu, le ruban coupé par Moebius fut évidemment reconstitué par Majax, magie oblige !

Issu d’un « travail rapide et intense », cette mise en scène de ce que Giraud appelle encore une « montagne russe émotionnelle » peut en surprendre plus d’un. Pièce originale, singulière, (pour ne pas dire hermétique !), le Garage correspond, du point de vue de son auteur, à l’exploration d’un univers bizarre, un jeu scénaristique et graphique décalé, extrêmement dépaysant. De quoi dérouter plus d’un visiteur ou un non-initié ! Jean Giraud a avoué lui même pendant la conférence de presse avoir été particulièrement conquis à la fois par la simplicité du procédé (en fait, un simple jeu de miroirs) et une démarche fidèle qui permet « au lecteur de rester libre de ses mouvements ; ça reste donc de ce point de vue de la BD  ».

Moebius et les lunettes hallucinatoires !
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD).

Séduit par le caractère populaire de l’attraction et passionné par un site tourné vers le futur, l’auteur d’Arzach apparaît satisfait du résultat et s’est prêté, une fois les fameuses lunettes chaussées, de bonne grâce à une visite de la citadelle revisitée par Gérard Majax et la société Xlargo.

Que reste-t-il du garage ?

La Citadelle du vertige s’intègre donc parfaitement au site mais on peut rester plus dubitatif sur le bénéfice qu’en retire le visiteur. D’un ouvrage atypique et d’approche difficile, on a tiré un parcours spectacle attractif et ludique qui reste conforme à l’esprit qui prévaut sur le site du Futuroscope : itinéraire sonorisé, scénographie, conception très visuelle des décors et défilé en file indienne des visiteurs tous sens en éveil.
L’amateur de BD, l’aficionados de Jean Giraud risque néanmoins de rester sur sa faim. Qu’apporte de plus cette mise en scène à la compréhension de l’univers si typique du Major ? Ce parcours donnera-t-il l’envie, notamment à ceux qui ne le connaissent pas, de lire le livre ? Combien de visiteurs feront-ils le lien entre ce qu’ils ont vu et une œuvre foisonnante, débridée et complexe ? On peut d’ailleurs regretter qu’aucune allusion à l’œuvre originale ne soit présentée à proximité de l’animation.

Un parcours validé par son créateur
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD).

On se félicitera que le Futuroscope ait associé le monde de la BD dans une volonté de renouvèlement/ On peut même supposer que d’autres auteurs puissent un jour ou l’autre faire l’objet à leur tour, d’une scénographie de même qualité. Mais il ne faudrait pas réduire leur présence à un faire valoir coloré et sonore, un simple produit d’appel alléchant pour bédéphile égaré sur ...la route d’Angoulême !

(par Patrice Gentilhomme)

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