« Moi, menteur » : la communication politique sur le banc des tartuffes

22 mai 2021 0
  • Avec « Moi, Menteur » (Denoël Graphic), Antonio Altarriba et Keko achèvent de façon brillantissime la « Trilogie du Moi », réquisitoire cinglant sur les dérives de nos sociétés individualistes manipulées par l’industrie de consommation de masse. Après avoir épinglé le milieu académique ("Moi, assassin"), puis le « Big Pharma » ("Moi, fou"), c’est au tour de la communication politique de se retrouver sur le banc des tartuffes. Un roman graphique vertigineux qu’ActuaBD vous propose de gagner aujourd’hui.

Le mandat de Mister Trump a fait la démonstration par le pire que la tartufferie était désormais un paradigme incontournable de la communication politique d’aujourd’hui. La chose n’est pas nouvelle. On prêtait à Coluche ce bon mot lorsqu’il se présenta à la présidentielle : « J’arrêterai de faire de la politique quand les politiciens arrêteront de nous faire rire ! » C’était au temps où le leader du PCF Georges Marchais, faisait le kéké sur les plateaux de TV. Mais aujourd’hui, le rire est grinçant...

« Moi, menteur » : la communication politique sur le banc des tartuffes

Alors quand Antonio Altarriba, qui nous a déjà gratifié d’un Moi, Assassin (Grand Prix de la Critique ACBD 2015), puis d’un Moi, fou (Prix Tournesol 2019) qui épinglaient successivement le milieu confiné de l’université et l’industrie pharmaceutique, propose un pamphlet sur le milieu de la communication politique, montrant les rouages du travail des « Spin Doctors », ces malfaisants maîtres du Logos capables de vous ciseler un slogan ou de définir un angle politique qui sera plébiscité par les électeurs, on ne peut qu’ouvrir l’œil.

Dans un récit à peine habillé de fiction tant les situations décrites sont proches de la réalité (espagnole, pour le coup), Altarriba nous fait rencontrer Adriàn Cuadrado, conseiller en communication du PDP (Parti Démocratique Espagnol), menteur de profession, mais aussi par passion, qui pense réellement qu’il est une sorte de « créateur de mondes. »

« Toujours à l’affût de sensations nouvelles » aurait dit Moebius… Ici, il s’agit de faire élire Javier Morodo, poussé en avant par le parti -jusqu’ici conservateur et homophobe- pour tenter de séduire les électeurs gays. Du Gaywashing, comme disent les experts de la com. L’enjeu est évidemment de garder le pouvoir, et les petites combines qui vont avec… Mais la machine se détraque lorsque l’on découvre trois têtes tranchées de conseillers municipaux présentés sous cloche et lorsque le Spin Doctor se trouve lui-même embarqué dans un scandale sexuel particulièrement tordu.

Le dessin du vétéran Keko (on avait vu sa signature dans Madriz, au plein cœur de la Movida dans les années 1980), apporte sa lumière noire -quelquefois ponctuée de touches de vert- sur ce pamphlet à la fois drôle et formidable et qui donne à penser notre situation actuelle au-delà du prêt à penser idéologique.

L’album complète parfaitement la trilogie en établissant des liens subtils entre ces trois volumes qui peuvent se lire indépendamment. Sans aucun doute, voici l’un des albums les plus marquants de l’année 2021.

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(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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« Moi, Menteur » - Par Antonio Altaribba (Scénario) et Keko (Dessins) – Ed. Denoël Graphic -Traduit de l’espagnol par Alexandra Carrasco.

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