« Mon Fiston » par Olivier Schrauwen - Editions de l’An 2

22 août 2006 0 commentaire
  • Dessiné par un auteur de moins de trente ans, « Mon Fiston » revendique un héritage canonique : celui des créateurs de la bande dessinée. Un exercice de poésie visuelle, aux accents surréalistes empreints de nostalgie.

L’An 2 fait allusion à un moment clé de la Révolution Française qui a réussi à renverser un ordre établi depuis des siècles. C’est aussi une référence à la date de naissance de la maison d’édition de Thierry Groensteen, 2002. Un label qui est associé depuis l’année dernière à Actes Sud dans la publication d’ouvrages sans concession d’auteurs venus de tous les horizons. A sa manière, Groensteen est-il en train de nous réunir un catalogue d’auteurs de BD révolutionnaires ? Aux historiens de le décider.

Mais on peut l’imaginer en feuilletant l’album du Flamand Olivier Schrauwen. Graphiquement, ses pages font penser aux chefs-d’œuvre oniriques de Winsor McCay, de Feininger, voire même aux fantaisies burlesques du Sapeur Camember de Christophe. Cela est du à une mise en page au dessin à la clarté académique, aux cases architecturales qui louchent vers l’Art-déco et aux couleurs pastels qui évoquent la manière, à l’élégance sans pareil, des fondateurs de la bande dessinée. Dans A L’Ombre des Tours mortes, Art Spiegelman avait aussi fait lui aussi ce retour fasciné, mais c’était par un réflexe régressif commandé par l’angoisse produite par les événements du 11-Septembre. Dans un autre registre, Chris Ware lui aussi fait le lien entre la production contemporaine et celle du début du siècle dernier.

Passé cette barrière d’apparences, sorte de signal aux visiteurs, on pénètre dans l’univers d’Olivier Schrauwen empreint d’un surréalisme et d’une étrangeté symbolique que la Flandre cultive de longue date. D’où l’allusion aux primitifs flamands aux images d’une incroyable cruauté et aux villes du Plat Pays : Bruges, « la morte », tourmentée par les démons de Jérôme Bosch, Anvers et son Zoo hors d’âge qui porte les traces du passé colonial belge ; Gand et son château noir, dont la principale attraction est une chambre de torture, donjon inquiétant dressé dans un marigot de rues vaporeuses, si bien évoquées par le Malpertuis de Jean Ray, et où le maître incontesté de l’humour absurde flamand contemporain, Kamagurka, résida longtemps, ce genre de détail ne s’invente pas, à l’adresse de la rue de l’asile.

Le « fiston » est proprement un avorton dont la mère est morte en couches et que le père a recueilli en se donnant comme mission de l’amener à l’âge adulte non sans lui avoir enseigné les rudiments du golf, de l’histoire de la peinture, ou des sciences naturelles. Une expérience de poésie visuelle sans équivalent.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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