Monsieur Goscinny et ses beaux livres

19 novembre 2005 1 commentaire
  • En quelques années, Anne Goscinny et son mari Aymar du Chatenet se sont employés à bâtir une cathédrale de livres à la gloire du grand scénariste. Au risque de la répétition peut-être. Mais les publications récentes montrent qu'on ne s'en lasse pas.
Monsieur Goscinny et ses beaux livres
Goscinny dessinateur
par Chr. Marmonnier et A. du Chatenet - Editions de la Martinière.

C’est un peu la règle du genre : à chaque parution d’un nouvel Astérix, les ouvrages de référence se multiplient comme champignons sous la pluie. Heureusement, la plupart du temps, ils sont comestibles et l’on n’en a pas encore rencontré de vénéneux. Mais à lire les critiques du dernier album, cela ne saurait tarder. Reste qu’Anne Goscinny et Aymar du Chatenet ont leur potion magique : les archives du génial scénariste, qu’ils exploitent avec un subtil sens tactique, multipliant les points d’entrée dans l’œuvre.
Cet automne, deux lourds moellons viennent s’ajouter au monument bibliographique que nos héritiers ont entrepris de construire : « Goscinny Dessinateur » de Christian Marmonnier et Aymar du Chatenet aux Éditions de la Martinière (49€) et « Goscinny » de Caroline Guillot et Olivier Andrieu aux Éditions du Chêne (59,90€) [1]

Les crobards de Goscinny

Le premier qui s’est attaché la collaboration du co-auteur de « Métal Hurlant, la machine à Rêver », Christian Marmonnier, rappelle que Goscinny avait fait ses débuts dans le métier comme... dessinateur. Sa chance est d’avoir rencontré très tôt dans sa vie des génies du dessin comme Joseph Gillain, Morris et Albert Uderzo. Il a alors créé un métier qui n’avait pas de statut : celui de scénariste de bandes dessinées. Un bon scénariste de BD sait dessiner : Greg, Godard ou Cauvin en sont des exemples. Et Delporte, Arleston, Van hamme, Christin... me direz-vous ? Je suis sûr qu’il ne faut pas chercher bien loin pour trouver des croquis des pages qu’ils scénarisent. Le mérite du livre de Marmonnier et Chatenet est de montrer que le scénario procède du dessin et qu’il est meilleur quand le scénariste est lui-même dessinateur. Goscinny tiendra le crayon une petite décennie avant d’abdiquer devant des talents qui sont les meilleurs de sa génération. Reste que le livre montre de rares documents de cette courte carrière. Ils sont en général très étonnants.

Le plaisir de rire

Goscinny
de C. Guillot et O. Andrieu. Editions du Chêne.

Avec le « Goscinny » de Guillot et Andrieu, nous retombons dan l’hagiographie classique. Sa structure est marquetée en quatre chapitres : Le Petit Nicolas, Lucky Luke, Iznogoud, Astérix. Ce livre est avant tout un beau livre (dédicacé à Pierre Marchand, créateur de Gallimard jeunesse et qui fut l’éditeur d’Astérix chez Hachette peu de temps avant sa disparition) où les documents sont mis en avant avec une grande qualité dans la reproduction. Or, certains d’entre eux sont passionnants : photos privées (c’est fou d’ailleurs, ce qu’Anne Goscinny ressemble à sa mère, Gilberte), scénarios originaux, fac-similés des publications d’origine de Moustique, Pilote ou Record, coupures de presse de l’époque. C’est une belle moisson de renseignements mais aussi d’émotions que l’on récolte dans cet ouvrage. Grâce à eux, les grimaces de Goscinny font désormais partie de sa mythologie.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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En médaillon : Autoportrait de René Goscinny issu de "Goscinny, dessinateur" (c) Goscinny/ Editions de la Martinière.

[1Cette dernière maison, filiale d’Hachette, avait publié en janvier 2003 un ouvrage sur Uderzo. Détail piquant : les éditions du Chêne ont été le premier employeur d’Uderzo en 1945.

 
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