Mort d’un agitateur : le dessinateur italien Massimo Mattioli

29 août 2019 0 commentaire
  • « M le magicien », « Joe Galaxy », « Squeak The Mouse »... Le facétieux, le poétique, le punk, l’orfèvre de l’absurde et l'irrévérencieux Massimo Mattioli est décédé vendredi dernier à Rome, dans sa ville natale, d’une longue maladie. Il était l'une des figures éminentes de la bande dessinée alternative italienne des années 1970 et l’une des personnalités marquantes du catalogue de L’Association.
Mort d'un agitateur : le dessinateur italien Massimo Mattioli
Intégrale à L’Association

«  J’ai eu la chance de le connaître et de faire à L’Association quatre livres avec lui, dont l’intégrale de son chef-d’œuvre de poésie "M. le Magicien", en 2003. Riposa en pace, Massimo. » C’est par ces mots que Jean-Christophe Menu rendait hommage à Massimo Mattioli dont le trait disnéyen le fait débuter dans la presse jeunesse catholique italienne, Il Vittorioso ou Il Giornalino et même Pif Gadget en France vers lequel il est orienté par René Goscinny qui ne le voyait pas paraître dans le Journal Pilote.

C’est que - comme pour d’autres, ses contemporains Chaland ou Swarte par exemple - son dessin a beau relever du registre graphique enfantin, influencé par Disney, Segar ou Tex Avery dans son cas, son approche narrative est essentiellement déconstructive, dynamitant de l’intérieur ses modèles, dans la lignée de l’Underground américain.

Il n’est pas étonnant que son parcours passe aussi par Mayfair (une sorte de Playboy londonien) puis par la fondation en Italie avec Stefano Tamburini (le scénariste de RanXerox) de Cannibale, où il crée Joe Galaxy (publié en France par Aedena) un volatile extraterrestre que Lewis Trondheim a dû regarder attentivement, dont la publication se prolonge dans Frigidaire, creuset de l’avant-garde italienne, puis dans la revue de Rinaldo Traini, Comic Art.

Mattioli a le temps, grâce à Pif Gadget, d’imposer en France, entre 1975 et 1980, M. le Magicien (album à L’Association), un univers féérique et poétique dans la lignée d’un Krazy Kat de George Herriman, qui l’érige en auteur-culte de ce côté-ci des Alpes.

Une sorte de Tex Avery gore...
© Mattioli

Dans Frigidaire, dont il était l’un des piliers, il crée successivement Frisk the Frog, Superwest et surtout Squeak the Mouse (intégrale à venir chez Revival), une parodie féroce passablement gore et déjantée des dessins animés de type Tom & Jerry , qui lui vaut d’être publié en France dans les meilleurs années de L’Écho des Savanes.

Un univers qui aborde tous les registres -ici la SF- de façon incongrue et décomplexée.
© Mattioli

Auteur respecté, Mattioli avait reçu successivement les prix Phénix en France dès 1971, le Yellow Kid à Lucca Comics en 1975, les Romics d’oro en 2009 et enfin le Prix Micheluzzi à deux reprises en 2010 et 2012.

Album paru à l’Association

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Photo DR

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