Mort de Pierre Seron, le créateur des "Petits Hommes"

25 mai 2017 6 commentaires
  • Le créateur des Petits Hommes a tiré sa révérence à l’âge de 75 ans. Il avait inscrit sa carrière dans le sillage de l’Âge d’or du journal de Spirou, représentant d’une génération de dessinateurs qui espéraient prospérer dans une manière qui avait atteint son zénith à la fin des années 1970.
Mort de Pierre Seron, le créateur des "Petits Hommes"
"Les Petits Hommes", publiés en intégrale aux éditions Dupuis.

Pierre Seron était né le 9 février 1942 à Chénée en Belgique, dans cette province de Liège qui enfanta des talents aussi divers que Jean-Michel Charlier, Victor Hubinon ou Greg. Après des études à m’Institut Saint-Luc où il croise ses confrères Walthéry, Dany et Pleyers, il devient l’assistant de Dino Attanasio (Spaghetti, Modeste & Pompon), Mittéï (Indésirable Désiré, il fut second assistant sur les décors de Ric Hochet), ou de Maurice Maréchal (Prudence Petitpas).

En 1967, il publie un premier récit dans Spirou sur un scénario de Victor Hubinon, puis il crée Les Petits Hommes dont le premier épisode est scénarisé par Yvan Delporte, ensuite le journaliste du Moustique Albert Despreschins, puis par Mittéï sous le pseudonyme de Hao. Alors que son trait à ses débuts ressemble à celui de Dany, il prend rapidement une inflexion vers le style Franquin, à la demande de son éditeur qui espère trouver là la recette d’un hypothétique prolongement de l’âge d’or de son journal. La série se poursuit dans Spirou jusqu’en 2004. Dans le même temps, Seron produit, pour Pif Gadget, La Famille Fohal (1973). Parallèlement encore, sa puissance de travail lui permet d’ajouter une nouvelle série pour Spirou : les centaures plutôt réussis Aurore & Ulysse.

"Les Petits Hommes" par Pierre Seron et Albert Despleschins.
© Editions Dupuis
Les Centaures de Pierre Seron aux éditions Soleil

Parfois servile, mais néanmoins honnête (après tout, la chose est commune dans le manga ou le comic book), cette volonté d’épouser le style de Franquin sans aucune distance parodique, comme cela a pu être le cas pour Yves Chaland et ses successeurs, a été mal perçue par la critique. D’autant que Seron n’hésitait pas parfois à regarder d’un peu trop près son modèle.

"Les Petites Femmes" par Pierre Seront - Editions Joker

Manipulé par des éditeurs passés à côté de l’histoire, Seron en conçut une rancœur qui le poursuivit jusqu’à la fin de sa vie. Nous l’avions rencontré il y a deux ans à la Foire du Livre de Francfort. Il refusait toute interview et même de se faire photographier. Il acceptait juste de signer des albums pour ses « vrais » fans.

Il faut dire que, passé de mode, lâché par les éditions Dupuis qui tournèrent progressivement le dos à une bande dessinée commerciale trop marquée par son époque, sa fin de carrière est peu enthousiasmante : six albums « coquins » pour les éditions Joker et un 44e et ultime épisode des Petits Hommes, Eslapion 3, aux éditions Clair de Lune en guise d’adieu. Il avait cessé de produire il y a cinq ans.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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En médaillon : Pierre Seron -par Zewan. Licence Wikimedia.

 
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6 Messages :
  • "D’autant que Seron n’hésitait pas parfois à regarder d’un peu trop près son modèle."
    J’adore cette façon subtile de manier la litote !

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    • Répondu par patydoc le 30 mai 2017 à  08:43 :

      C ’est donc un procès qu’on lui fait encore, jusque dans sa tombe ? Merci à Pierre Seron pour tous ces bons moments passés en compagnie des petits hommes ... Et pour votre gouverne, mes enfants de 13 et 10 ans aiment les petits hommes autant que Gaston ou Spirou ..

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      • Répondu par Bearboz le 31 mai 2017 à  10:26 :

        C’est vrai que le plaisir de lecture demeure...
        et par ailleurs, Seron avait des inventions graphiques bien à lui. Notamment cette façon de détourer ce qui devait être noirci à l’encre. Très beau. Merci, M. Seron.

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    • Répondu par sarah le 2 septembre 2017 à  18:46 :

      Pierre était un personnage à part entière. D’une générosité particulier e pour ses proches .. sa sincérité était traduite dans ses album , il ne trichait jamais et était toujours dans l’authenticité de sa personnalité. Certes c’était un personnage imperceptible c’est pour ça qu’il était exceptionnel ! Il a été mon père de cœur ! Aimant ses fans et vivant dans son monde personnel et imaginaire ! Pour rien au monde j’aurais aimé qu’il change sa personnalité ! Mon pierrot on se retrouvera je t’aime et merci pour ton partage de vie sarah ❤️

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  • L’un des très bon continuateurs du franquinisme, je trouve. Encore un petit bout d’enfance qui fout le camp. Faut s’y faire.

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    • Répondu par omnipou le 3 juin 2017 à  00:20 :

      Il était un peu par rapport au journal de Spirou (et donc à Dupuis et Franquin) ce qu’était Bob de Moor pour Hergé et Tintin. Sauf qu’au lieu de se revendiquer simple employé du journal de Spirou face aux accusations de plagiat, il renvendiquait par son silence face aux critiques un statut d’auteur qu’il n’avait pas totalement acquis et qui progressivement a finit par ressembler à de l’usurpation. Et tel un abcès que l’on ne crève pas dès l’origine, cette ambiguïté a finit pas enfler jusqu’à l’amertume profonde apparament. Dommage, car c’est quelqu’un qui ne semblait pas porté sur l’ego... et c’est une partie de mon enfance aussi qui s’en va,

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