Morvan : "Je tiens à ce que notre BD reste vivante."

6 mai 2006 0 commentaire
  • La guerre civile menace la France. Pour Futuropolis, Jean-David Morvan a donné de sa personne avec ses complices Sylvain Ricard et Christophe Gaultier. Photo-dessin reportage.

Quelle est l’origine de Guerres civiles ?

Mon idée de départ était de faire un manga avec une grosse pagination. Ce projet a été développé chez Dupuis avec Sébastien Gnaedig en livre de 96 pages. Quand Sébastien est parti chez Futuropolis, il nous a parlé de la collection de Luc Brunschwig. Nous avons été séduit par le côté "pré-publication". Nous avons donc adapté notre scénario pour avoir une fin toutes les 32 pages.

Pourquoi scénariser à deux ?

Initialement, je pensais scénariser tout seul et travailler avec deux dessinateurs, Nicolas Nemiri et Gérard Parel. Quand ces derniers ont décliné l’offre, j’ai souhaité garder le principe des regards croisés. Du coup, j’ai demandé à Sylvain Ricard de scénariser avec moi pour avoir deux points de vue.

Comment vous partagez-vous le travail ?

Pour le premier tome, chacun a écrit ses scènes mais pour les suivants, nous avons décidé de tout faire à quatre mains : scénario, découpage, dialogues...

Morvan : "Je tiens à ce que notre BD reste vivante."
En route pour la guerre civile

D’où vient cette idée de vous mettre en scène ?

Depuis un certain temps, je cherchais comment toucher les gens avec une histoire de guerre. Jusqu’à maintenant, je traitais cette thématique à travers la science-fiction. Je voulais ancrer mon histoire dans la vie réelle, dans l’environnement même du lecteur. Et le meilleur moyen était que je sois moi-même un des personnages. Cela nous met, nous les auteurs, en question et par effet de miroir, cela renvoie aux gens leurs propres réactions. C’est assez bizarre, nous sommes dans une sorte de fiction autobiographique...

Ton personnage te correspond tant que cela ?

J’utilise dans le scénario pas mal de petits évènements qui me sont réellement arrivés. En étant le héros, je ne cherche ni l’exaltation ni l’auto-critique de moi-même (par héros, j’entends simplement personnage principal). Les sentiments exprimés nous semblent nous correspondre mais ils doivent servir la narration. C’est un subtil mélange. Mais nous devons rester vigilant à ce que nos personnages soient compréhensibles par tous et pas seulement par ceux qui nous connaissent réellement.

Dans le premier tome, il y a assez peu d’éléments sur la guerre et son contexte...

Le contexte n’est pas le sujet. Pour la guerre de Yougoslavie par exemple, très peu de gens connaissent les véritables raisons du conflit. Avec Sylvain, nous voulons rester au niveau de l’être humain. J’imagine que dans une guerre comme nous décrivons, on ne sait pas ce qui se passe. A partir du moment où la TV ne marche pas ou bien qu’il y a de la propagande, on ne voit que les effets et on ne connaît pas les causes. Si demain l’information est coupée en France et que des chars sont dans la rue, nous ne saurons pas pourquoi. La question qui m’intéresse, c’est "quelle sera notre réaction ?". La première planche cherche à montrer ce qui nous guette en cas de conflit...

"le kosovar du JT de 1994"

Que penses-tu de toutes ces collections qui cherchent à bousculer le principe du "46 pages couleur" ?

Je tiens à ce que notre BD reste vivante. Les Japonais sont en crise avec leur manga car ils n’ont jamais réfléchi à une voie différente. En Europe, le fait d’être ouvert au manga, nous subissons la concurrence de plein fouet mais d’un autre côté, cela nous donne des portes de sortie. Nous savons que l’on peut faire des livres autrement : des plus gros, des plus petits, des moins chers, avec des rythmes de parutions différents... Je considère que c’est une ouverture d’esprit et une chance pour nous les auteurs.

Le sponsor de l’album ?

(par Laurent Boileau)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Photos : © L. Boileau
Illustrations : © Morvan/Ricard/Gaultier/Futuropolis

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