Morvan & Munuera : "Avec Nävis, nous voulons réaliser une série basée plus sur l’émotion que la réflexion."

1er septembre 2005 0 commentaire
  • {{Morvan}} et {{Munuera}} ne laissent personne indifférent. Les amateurs de science-fiction se sont réjouis de la création d'une série parallèle à {Sillage} (Morvan / Buchet), narrant la jeunesse de Nävis. Le premier album de cette série était savoureux, et le dessinateur n'hésita pas à opter pour un cadrage ultra dynamique, déformant ses personnages pour les besoins d'un cadrage. Une méthode qui a séduit les lecteurs de {Sillage}, et même ceux du {Journal de Mickey}. Par ailleurs, les auteurs ont repris la destinée graphique de {Spirou et Fantasio}. Bien des internautes ont usé leurs claviers à cracher leur fiel contre le premier album de la reprise, Paris-Sous-Seine. Il est évident que Munuera avait alors beaucoup de mal à « avoir en main » les personnages principaux, mais les auteurs ont clairement pris le parti de vouloir séduire un nouveau public grâce à une narration très énergique. Après nous avoir accordé une interview sur le prochain [Spirou->2469], ils nous parlent aujourd'hui du deuxième {Nävis}.

Reprendre deux séries à succès, n’est-ce pas difficile compte tenu de la pression ?

Munuera : Nous n’avons subi aucune pression lors de la réalisation des albums de Nävis. Je suis proche de Jean-David et de Philippe Buchet, les créateurs de Sillage. Je savais qu’ils m’accordaient leur confiance. Philippe est d’une générosité rare. Il m’a fait un superbe cadeau en me confiant la jeunesse de l’héroïne de sa série.
Par contre, la réalisation de Paris-Sous-Seine, le quarante-septième album de Spirou & Fantasio, fut tout le contraire ! Il y avait de pression de la part de l’éditeur et des lecteurs. Sans compter un stress plus personnel : celui de savoir que l’on reprend une série qui a été illustrée par trois génies de la bande dessinée et qui comporte près de cinquante albums ! Ce n’est pas rien.
J’avais parfois l’impression d’être dans la peau d’un réalisateur de cinéma européen fraîchement débarqué à Hollywood.

Morvan & Munuera : "Avec Nävis, nous voulons réaliser une série basée plus sur l'émotion que la réflexion."

Franchement, Jean-David Morvan, vous surfiez sur le succès de Sillage en lançant cette série parallèle.

Morvan : Philippe Buchet et moi-même, nous nous étions promis de ne jamais réaliser de série parallèle à Sillage. En fait, nous ne voulions pas qu’un dessinateur illustre les aventures d’un personnage secondaire de la série en copiant le style de Philippe.
Munuera avait assumé le graphisme d’une histoire courte relatant la jeunesse de Nävis pour le magazine Pavillon Rouge des éditions Delcourt. Ces planches nous ont enthousiasmés ! Si bien que nous avions envie de continuer cette aventure...
Je voulais réaliser quelque chose de différent. Les séries qui racontent les genèses de personnages de BD ont généralement le même ton que la série-mère. Avec Nävis, je souhaitais faire un récit très « premier degré » et plus « cartoon ». Une histoire basée beaucoup plus sur l’émotion que sur la réflexion. Quitte à surprendre le lecteur et à ne pas en vendre !
Finalement, l’album a reçu un bon accueil. Un contrat vient d’être signé avec la société Futurikom pour un dessin-animé relatant la jeunesse de Nävis. L’album a également reçu le prix du Journal de Mickey en 2004. Tout cela pour un album que nous avons fait de manière inconsciente en deux mois de temps.
C’est étonnant !

La jeune Nävis est fort proche de ce qu’elle deviendra dans Sillage.

Morvan : Oui. Je la fais réfléchir comme la grande Nävis. Cela apporte un décalage fort intéressant.

L’univers de Nävis est très cloisonné. Elle vit sur une planète en n’ayant pour compagnie qu’un seul robot.

Morvan : Exact. Autant le premier a été fait dans l’insouciance, autant le deuxième fut difficile à réaliser. Je ne vais pas m’en cacher : la première mouture du scénario du deuxième album n’a pas fait l’unanimité. Je l’ai trituré dans tous les sens pendant trois mois, puis me suis décidé à reprendre le projet à zéro et partir sur une autre idée.
À ce moment là, un monde nouveau s’est ouvert autour de mon personnage : celui des animaux. J’ai regardé des documentaires animaliers. J’y ai découvert différentes choses étonnantes qui concernaient leur sexualité, leurs habitudes de vie, leurs psychologies.
Je me suis aperçu que le potentiel scénaristique de la série était énorme si je l’axais sur ce monde-là... en les humanisant quelque peu !

Munuera

Munuera : Je ne suis pas inquiet quant à l’avenir de Nävis. D’autant plus que l’on ne connaît qu’une infime partie de la planète où elle vit.

Morvan : Les animaux, dans Nävis, ont une manière fort humaine de penser. Du coup, Jose Luis les dessine de manière humaine. Or, il faudrait qu’il leur donne un côté plus bestial afin d’augmenter le contraste.

Le ton du deuxième album est donc différent du premier ?

Morvan : Oui. Girodouss contient plus de personnages, plus de dialogues. L’intrigue est plus complexe. On a un peu perdu le côté intuitif du premier. Ce récit est basé sur un cas de conscience.

Avez-vous des contraintes graphiques pour Nävis ?

Munuera : Aucune ! Philippe Buchet m’a accompagné lorsque j’avais des doutes, mais n’a jamais cherché à s’imposer. Il m’a tout de suite proposé de faire cette série à ma façon. Heureusement, j’ai la chance d’être avant tout un fan de Sillage. Je connaissais donc très bien cet univers.

Hermann me disait qu’un dessinateur doit être capable de tout dessiner si on lui donne la documentation adéquate. Lorsque je vois votre aisance graphique, j’ai l’impression que vous aussi vous pouvez tout dessiner.

Munuera : Je le pense parfois. Puis je me reprends car c’est stupide et présomptueux de penser cela de soi ! Un dessinateur doit trouver les outils qui lui conviennent pour raconter au mieux une histoire à sa manière. Je suis un bricoleur qui doit trouver des solutions pour me surpasser, pour illustrer des objets ou des situations que je n’aime pas.

Morvan : Je suis persuadé que si Philippe Buchet avait dessiné Nävis, le premier tome aurait eu une toute autre tonalité. Même si le scénario avait été le même, les intentions graphiques auraient été différentes. Il aurait été moins sautillant, plus sérieux.
C’est un des avantages de travailler avec des dessinateurs différents sur le même univers. C’est très intéressant.

Philippe Buchet est avant tout un créateur de mondes. Tandis que Munuera aime plus chambouler les codes narratifs et le cadrage. Les lecteurs ont adoré son sens de la narration dans Nävis. Mais peu d’entre eux, le dynamisme narratif de votre Spirou...

Morvan : Spirou n’est pas notre création. La série possède un passé prestigieux. On est donc moins à notre aise. Plus « retenus », également. Mais d’un autre côté, il ne faut pas oublier que les ventes de Spirou (210.000 exemplaires) sont plus importantes que Nävis (25.000 exemplaires). Les lecteurs sont donc beaucoup plus attentifs aux moindres changements que nous apportons à cette première série. Mais c’est vrai : Le premier Nävis est plus cohérent que Paris-Sous-Seine. Mais notre deuxième album de Spirou est beaucoup plus cadré. Nous avons eu moins d’appréhension en le réalisant.

Le dernier album de Merlin est paru en 2003. Envisagez-vous de continuer cette série ?

Morvan : Nous avons une histoire en chantier. Elle s’appellera Merlin des Bois. Mais nous n’avons malheureusement pas le temps de la réaliser, même si nous en avons très envie.
Notre directeur de collection, François Lebescond, croit énormément en cette série. Mais il sait que l’intérêt de Média Participations, qui est le propriétaire des éditions Dargaud, est que l’on publie de manière régulière de nouvelles aventures de Spirou...

Jean-David Morvan, vous collaborez actuellement avec Michel Dufranne, consultant éditorial aux éditions Delcourt.

Morvan : J’essaie de ralentir les nouveaux projets. Je lui ai demandé de m’aider sur certaines séries. On discute de la trame du récit, et il me propose des angles de vue qui différent parfois des miens. Il m’aide également à découper certaines scènes. J’insiste sur le fait qu’il n’est pas ce que l’on appelle communément un « nègre ». Cette collaboration va me permettre d’écrire plus rapidement car j’aurai beaucoup moins de stress...
Ce n’est pas facile de gérer autant de séries, mais c’est très excitant ! Je ne me verrais pas arrêter l’une ou l’autre collaboration. En effet, je considère chacun de mes collaborateurs comme de véritables amis !

Munuera : Jean-David est la personne qui a un des cerveaux les plus structurés que je connaisse. Cela ne doit pas être évident de recevoir des dizaines de mail par jour d’auteurs différents, qui sont tous plongés dans leurs propres univers, dans leurs propres séries. Jean-David leur répond avec une facilité déconcertante... Il parvient à se replonger, en quelques secondes, dans chacune de ses histoires, et répondre de la manière la plus appropriée à ses collaborateurs. C’est étonnant !

Morvan : Je ne le fais pas exprès (rires).

(par Nicolas Anspach)

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Illustrations © Munuera, Morvan & Delcourt.
Photo de Munuera © Nicolas Anspach.

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