Mosquito se pique au jeu de la collection jeunesse

6 décembre 2010 0 commentaire
  • Sur son stand du [Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil->art11128] ( du 1er au 6 décembre 2010), nous sommes allés interroger Michel Jans, éditeur de Mosquito, concernant ses nouveaux projets et, en particulier, la collection {Lily Mosquito}, développée pour un plus jeune public.
Mosquito se pique au jeu de la collection jeunesse
Couverture des Pixels T1 : « Chasseurs de monstres »
© Marc Wasterlain & Mosquito, 2010

À côté de ses publications habituelles, Mosquito a initié, début 2010, une collection jeunesse. Elle peut compter, comme pour ses parutions plus adultes, dominées par la stature de Sergio Toppi, sur des auteurs confirmés. Ils y seront associés à des talents en devenir.

La collection jeunesse Lily Mosquito

Lily Mosquito s’appuie ainsi sur Marc Wasterlain et sa série des Pixels, trois petits personnages issus de l’imagination du père de Jeannette Pointu pour la nouvelle édition du magazine Pif Gadget, en 2006. Le plus récent Le Château invisible a été dessiné, d’après un scénario de Sylvie Chausse, par Capucine Mazille, une illustratrice déjà confirmée. Elle a dédicacé l’ouvrage lors du Salon de Montreuil. En janvier 2011, sortira le tome suivant des Pixels ; un troisième volume, créé spécialement pour Mosquito, étant en cours d’élaboration.

Félix Sintès et Michel Jans, lors du Salon de Montreuil 2010
Photo : © Florian Rubis, 2010

L’éditeur de la collection, Michel Jans, précise à propos de Marc Wasterlain : « Je suis d’ailleurs très content, au passage, de retravailler avec lui et de faire retravailler Marc Wasterlain, qui est un des auteurs, vraiment, parmi les plus importants, à mon sens, de ces dernières années en Belgique. »

À côté de ces valeurs sûres, la collection donne sa chance à Félix Sintès, vingt-cinq ans, sorti de l’école lyonnaise Émile Cohl, qui a formé beaucoup d’auteurs de bandes dessinés réputés, pour son premier album titré : La Princesse et le jongleur, prévu en février 2011.

Michel Jans explique, au sujet de Lily Mosquito : « Nous n’allons pas bousculer les choses. Nous n’avons pas envie de surproduire de notre côté. Ce serait ridicule. La période n’y incite pas. Mais, je pense que trois albums jeunesse par an, pour nous, ce serait un bon rythme et un complément à notre production traditionnelle qui, elle, continue. »

« Le Château invisible », avec Barbaro, le dragon bleu « rimailleur » : il s’exprime par courtes répliques se terminant invariablement en « eur », contrainte oulipienne que s’est imposée la scénariste Sylvie Chausse…
© Sylvie Chausse, Capucine Mazille & Mosquito, 2010

Ses directions principales

Parmi les directions impulsées à cette collection jeunesse, l’une d’entre elles, manifeste dans Le Château invisible, consiste à trouver une voie médiane, « une espèce d’hybride entre l’illustration et la bande dessinée. Ce qui nous intéresse, c’est, dans une certaine mesure, même si ça n’est pas comparable, faire ce que Sergio Toppi a fait dans la bande dessinée adulte. C’est-à-dire mélanger des images, des vignettes, des bulles, mais avec une grande liberté. Donc, concernant le « gaufrier », que Marc Wasterlain continue à employer, parce qu’il a conduit toute sa carrière de cette façon-là, nous n’allons pas lui demander de changer ses habitudes », ajoute Michel Jans.

Ceci tout en osant, comme avec La Princesse et le jongleur de Félix Sintès, traiter de « thèmes très modernes, assez profonds. Ce qui […] montrera que l’album jeunesse peut aussi aborder des sujets très sérieux comme, en l’occurrence, le rapport que les enfants peuvent concevoir avec la mort et la maladie, traité d’une belle façon ».

Avec les nouveaux auteurs qui vont collaborer à la collection, Michel Jans se propose d’essayer « de faire quelque chose de légèrement différent. Car, quelque part, nous, Mosquito, petit éditeur, nous n’allons pas nous amuser à rivaliser avec de grandes maisons, qui ont déjà des catalogues jeunesse importants. En toute modestie, nous ne pensons pas « casser la baraque ». Mais, je crois qu’il faut avoir, y compris au niveau de la bande dessinée jeunesse, le désir de renouveler un peu les codes. Même si, à côté de ça, nous prévoyons de publier des choses plus « classiques », comme un album jeunesse inédit de Pierre Tranchand, qui fait "Les Profs" (Bamboo). Il sortira en septembre 2011 », élaboré avec François Corteggiani .

En dehors de Lily Mosquito, une autre collection orientée vers l’illustration va mettre à contribution les noms reconnus du catalogue du Moustique.

Capucine Mazille en train de dédicacer, lors du Salon de Montreuil 2010
Photo : © Florian Rubis, 2010

Nec Plus, le principe du portfolio rendu abordable pour un public un peu plus large

Celle-ci se fonde sur le modèle du portfolio, néanmoins avec un tirage plus important, mais de qualité, à un prix abordable, privilégiant l’association entre une illustration et un texte en rapport. Michel Jans commente, avec malice : « cette collection qui s’appellera, en toute modestie, Nec Plus, c’est un petit clin d’œil ! Ce que nous voulons faire, ce sont des albums plus grands que le format traditionnel des bandes dessinées, sur du très beau papier, avec dos toilé et une pagination relativement restreinte de 40 à 60 pages, maximum, d’illustrations, accompagnées de textes, éventuellement des auteurs eux-mêmes. »

Toujours selon Michel Jans, « Nous ne cherchons pas non plus à « inonder », faire de grandes choses. L’idée est partie, au départ, du fait que nous faisions des portfolios avec Toppi, tous les deux ou trois ans. Et, je me suis rendu compte que, dans la période de crise économique que nous connaissons, les gens n’ont plus 100 euros à dépenser dans un portfolio qui, en plus, par essence, était tiré à une centaine d’exemplaires. De ce fait, je me suis dit, c’est quand même dommage, car il y a un créneau de la belle image sur du très beau papier, des choses comme ça. Si nous le tirons à 1 000 exemplaires et que nous faisons du beau boulot, en le vendant à 30 euros, tout le monde s’y retrouvera et nous aurons un public un peu plus large, sans aspirer à toucher une audience énorme… Dans le même temps, ça me chagrine de faire des trucs exclusifs, entre guillemets, « pour des bourgeois ». Pour moi, la bande dessinée doit rester, fondamentalement, populaire. Quelque part, il me semble qu’il faut qu’elle demeure accessible à une majorité de gens et pas réservée à une élite, qui a l’argent pour ça. »

Le premier dessinateur concerné sera Massimiliano Frezzato, connu pour la série Les Gardiens du Maser |[N.D.A. : Éditions USA, puis Desinge & Hugo&Cie], qui a produit à cet effet une série d’illustrations sur Pinocchio. Elles vont être associées à des extraits de l’œuvre de son auteur original, le Toscan Collodi, retraduits pour l’occasion. Massimiliano Frezzato est pressenti pour venir au prochain Festival d’Angoulême dédicacer les premiers volumes en avant-première sur le stand de Mosquito, l’ouvrage étant commercialisé seulement un peu plus tard, vers mars 2011.

Sergio Toppi, pilier de la maison, suivra en mai ou en juin. Les 100 premiers exemplaires du tirage étant numérotés et signés. Michel Jans apporte des précisions sur cette nouvelle publication dédiée au Milanais, qui « aime beaucoup écrire, avec des textes à la fois en italien et en français, une vingtaine de dessins originaux produits spécialement pour l’occasion et un nombre comparable d’esquisses. ». Puis devraient venir Le Chat Botté de Dino Battaglia, voire un nouveau volet avec le prolifique Sergio Toppi autour d’un série d’une dizaine d’illustrations déjà commencées sur les Papous de Nouvelle-Guinée.

Michel Jans s’enthousiasme à l’évocation de ces projets : « Ça bouillonne, quoi ! Si cette collection trouve son rythme et son intérêt, peut-être que nous ferons d’autres choses avec d’autres auteurs. Il y aura peut-être aussi dans cette collection une édition de tous les tarots dessinés par Toppi », rajoute-t-il.

Figurine de Barbaro, au milieu des albums de Dino Battaglia ou Sergio Toppi
Photo : © Florian Rubis, 2010

La philosophie de Mosquito

Michel Jans conclut en spécifiant la philosophie chère à sa piquante maison d’édition : « ne jamais faire des coups !... Nous n’allons pas faire un bouquin et voir s’il marche. Et puis, après, on passe à autre chose. Par exemple, avec Capucine Mazille, après nous avoir fait un premier album, elle est déjà en train de travailler au deuxième, sans chercher à savoir si ça marche ou pas. Nous en faisons au moins deux ou trois avant de savoir ce que nous décidons. C’est d’ailleurs la meilleure méthode pour imposer un nouvel auteur, un graphisme, etc. Même si ce n’est pas une valeur à la mode dans les grandes maisons d’édition. Où, un truc à peine lancé, il se peut qu’on l’arrête ou le saborde, ou l’envoie au pilon. Au contraire, il faut laisser aux auteurs le temps de s’installer, de trouver leur public. »

Et l’animateur du vibrionnant Moustique de souligner que : « Par exemple, pour ce qui nous concerne, avec Toppi, ça a commencé à marcher vers le sixième album, après avoir perdu de l’argent avec les cinq précédents. Pour d’autres auteurs, il faut être encore plus persévérant. Mais, quelque part, la fidélité aux créateurs, de croire en leur démarche et leur boulot, c’est une bonne chose. Ce côté têtu, de croire en telle chose, a une vraie valeur ; avec le but d’essayer de la faire partager à d’autres gens. Et pas, si ça ne se vend pas : à la benne ! Par exemple, avec Casini [N.D.A. : le cycle Hasta la victoria !], nous avions convenu dès le départ de faire les quatre albums sur Cuba et nous les avons faits !... »

D’où ce constat chez Michel Jans : « Je vois souvent arriver maintenant des dessinateurs dans des salons qui viennent en me disant avoir fait deux premiers tomes chez untel, qui ne veut pas continuer la série. Voulez-vous faire le troisième ? Je trouve ça, quelque part, lamentable ! C’est une démarche que nous ne voulons pas avoir. Évidemment, ça se paie quelque part. Parce que, financièrement, on n’a pas une situation brillante en faisant ce genre de blagues. Mais, par respect pour les auteurs, pour le public, quand on s’engage ou croit en quelque chose, il faut aller au bout ! »

(par Florian Rubis)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

En médaillon : couverture du Château invisible © Sylvie Chausse, Capucine Mazille & Mosquito, 2010

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Le Château invisible – Par Sylvie Chausse & Capucine Mazille – 40 pages, 13 euros

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