Murena - T6 : Le sang des bêtes - Par Dufaux & Delaby - Dargaud

18 juillet 2007 0 commentaire
  • Les deux gauchers que sont Dufaux et Delaby sont adroits. Les qualités accordées à Murena sont toujours là, mais les auteurs réalisent un album charnière qui voit leur héros changer radicalement d'attitude.

Lucius Murena cherche à contacter Balba, le gladiateur, pour le prévenir que Massam, l’impitoyable esclave et tueur de Poppée, est à ses trousses. Désirant retrouver la trace d’Acté, il part en Gaule, en proie à des soulèvements populaires contre les Romains.

Toujours aussi captivante, cette série explore relations d’influence et de pouvoir dans une Rome Antique bénéficiant de nouveau de la gloire médiatique ces dernières années (Gladiator au cinéma, Rome à la télévision). Le souci du détail historique du scénariste et du dessinateur rend la série à la fois crédible et pédagogique.

Ce sixième acte se veut plus cruel. La couverture de l’édition spéciale est d’ailleurs éloquente : Lucius Murena quitte la lumière pour l’ombre. Le héros est écorché par les auteurs et se découvre meurtrier. Véritable tournant de ce deuxième cycle, Le sang des bêtes bouscule et malmène ses personnages. On reste, une fois de plus, subjugué par le graphisme de Philippe Delaby. L’auteur maîtrise désormais parfaitement son style et semble avoir trouvé en la personne du jeune Jérémy Petiqueux, un coloriste à la hauteur de ses exigences.

Murena - T6 : Le sang des bêtes - Par Dufaux & Delaby - Dargaud
La couverture de l’édition spéciale

Le découpage est très cinématographique. Dans le passionnant documentaire de 52 min proposé sur un DVD accompagnant l’édition spéciale, Jean Dufaux explique comment il s’appuie sur les techniques du 9ème art pour la mise en scène. A l’écouter, le spectateur est d’ailleurs frappé par le vocabulaire employé : caméra, travelling, cadrage, focale… Nous sommes bien en présence de deux réalisateurs utilisant le papier comme d’une pellicule. La dernière scène est éloquente : terrassé par l’issue des évènements, Lucius Murena nous est montré genoux à terre. Zoom arrière, la neige tombe et vient masquer la folie guerrière des hommes. Le héros reste esseulé dans la dernière et unique case, elle-même isolée dans l’immensité blanche de la page. "Il était donné au jeune patricien de réfléchir : s’humilier ou se révolter". Les lumières de la salle obscure peuvent alors se rallumer. Du grand cinéma. Nous attendons le chapître suivant avec impatience.

(par Laurent Boileau)

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