Musée Jijé : Le Centre Belge de la BD réagit à l’annonce de sa fermeture

18 janvier 2005 0 commentaire
  • La fermeture annoncée du Musée Jijé énerve quelque peu le Centre Belge de la Bande Dessinée à Bruxelles. D'abord parce que cet échec est un peu l'échec de toute la BD. Ensuite, parce que le Centre Belge, qui est une émanation des professionnels belges de la bande dessinée, n'a eu de cesse de mettre en garde le promoteur de ce projet, tout en l'aidant. Jean Auquier, directeur de la communication du Centre, nous fait part de sa réaction et met les choses au point.

« Pourquoi faut-il donc toujours rejeter sur d’autres les échecs que chacun d’entre nous, un jour ou l’autre, sommes amenés à vivre ?, nous dit-il. Voilà ma première réflexion à la lecture des réactions à la fermeture annoncée du Musée Jijé. Le Centre Belge de la Bande dessinée ne souhaite pas polémiquer en cette affaire. Mais une petite mise au point semble tout de même la bienvenue.

« Plusieurs mois avant son ouverture, François Deneyer a souhaité rencontrer Michel Leloup, co-fondateur du CBBD, directeur coordinateur général du CBBD et ami de la famille Gillain de très longue date. Ils se sont vus et Michel Leloup a fait comme chaque fois qu’un auteur de projet vient nous demander conseil : on ouvre portes et fenêtres. Du bilan des activités au plan comptable, jusqu’à la liste des fournisseurs et à une lettre d’encouragement, tout y est passé. Il serait donc injuste de dire que nous avons vu d’abord un concurrent dans cette ouverture. Plus on parlera et montrera de la BD et plus celle-ci conquérra de territoires.

La BD : c’est un bon produit ! (sic)

« Depuis que le Centre Belge de la BD existe et se débrouille avec une aide publique ne dépassant pas les 6% de son budget annuel, nous entendons les mêmes phrases dans le monde culturel comme dans celui de l’industrie du tourisme dont aucun musée ne peut, aujourd’hui, se passer : - Vous avez du succès mais la BD c’est un bon produit !

« Et chaque fois, nous répondons que la BD n’est pas un si bon produit que cela. Son image culturelle ne vaut pas lourd à côté d’une expo Magritte ou Rubens et elle a aussi l’inconvénient de ne pas être aussi populaire que le football. Donc, c’est difficile de trouver des partenaires. Publics ou privés.

« Quant aux visiteurs d’un lieu tel que le CBBD, nous sommes les premiers à savoir que le succès public de nos activités repose sur la mixité des genres. Sans le bâtiment, chef-d’œuvre de l’Art Nouveau, que nous faisons vivre, le CBBD serait un échec. Comme fut le CNBDI. Et comme d’autres projets louables en Europe ou aux États-Unis.

« Il est bon d’avoir les pieds sur terre »

« Penser qu’il y a suffisamment d’amateurs de BD pour faire vivre un musée, où qu’il soit, est une erreur. Et une étude sensible des chiffres de vente des BD devrait suffire à le confirmer : le grand public est prêt à acheter une BD populaire à côté de la caisse de son supermarché. Mais quelle part de ce public est prête à faire trois cents kilomètres pour voir une expo consacrée à un auteur qu’il ne connaît pas ? Et je ne parle pas de Jijé. En BD, sauf grandioses exceptions, ce sont les héros populaires qui attirent. Pas le nom de leur inventeur.

« Souhaitant être un outil au service de la promotion de la BD, le Centre Belge de la Bande Dessinée a appris à s’accommoder de cet état de fait. Nous avons le sentiment de promouvoir la BD lorsque le public qui nous rend visite est simplement là parce que « on leur a dit » que ce qu’il fallait voir à Bruxelles, c’était le CBBD et qu’à l’instar de l’Atomium, nous étions un peu le reflet d’une culture. Désolé d’être aussi pragmatique mais pouvoir rêver est à ce prix : avant d’avoir la tête dans les nuages, il est bon d’avoir les pieds sur terre. On ne peut, ensuite, qu’être agréablement surpris.

Plus de 100 expos en 15 ans.

« C’est donc avec, pour 60% de notre budget, l’argent de nos visiteurs (12%, les locations d’espaces ; 12%, les espaces commerciaux ; 10% les réalisations extérieures et l’édition de luxe ; 6% les pouvoirs publics), que nous montons des expositions temporaires consacrées à des personnalités, des thématiques ou des courants qu’il nous semble important de valoriser. En 15 ans, ce sont plus de 100 expos - grandes et petites, sur des pionniers comme sur des talents plus récents - que nous avons montées dans le Centre. A l’extérieur, le nombre doit être équivalent.

« Ainsi et parce que la mémoire est parfois défaillante, je rappellerai que nous avons monté une grande expo avec la famille Gillain, « Les talents cachés de Monsieur Jijé » en 1990-1991 (elle était consacrée à son œuvre peinte). Il en va de même pour Rosinski, « Le grande pouvoir de Rosinski » (1992) ou de Sirius, « Les Timour, 500.000 ans d’Histoire » (2003).

Le « porte-avion » CBBD.

« A travers nos différentes activités dans et hors du CBBD, ce sont ainsi plus de deux cents auteurs de BD que, chaque année, nous tâchons de mettre à l’honneur... qui, sur les timbres de la Poste belge, qui sur un pignon bruxellois grâce à la Ville de Bruxelles, qui encore sur des calendriers générés par les relations internationales de la Communauté Wallonie-Bruxelles, qui dans une expo « Bulles-Jazz-Blues » présentée en 2004 à Montreux, Avignon, Charleville, bientôt Berlin, etc.

« Le porte-avion « CBBD » va son chemin. Nous tâchons d’être utiles à la promotion d’un Art qui nous est cher. Nous avons peu d’argent public mais cela ne nous empêche pas de considérer les pouvoirs publics comme des partenaires. Autour de projets élaborés ensemble.

« Vous comprendrez aisément que je ne veuille pas faire davantage de commentaires sur l’événement que constitue la fermeture annoncée du Musée Jijé. Avec tous les admirateurs de l’œuvre de Joseph Gillain, je forme le vœu que la collection de François Deneyer trouve un lieu de présentation définitif en Wallonie, à Charleroi ou Namur, si près - finalement - de l’endroit où le père de la BD européenne repose en paix au milieu des siens. Et que la paix de Sart-Saint-Laurent éclaire nos esprits. »

Nous ne saurions mieux dire !

Musée Jijé : Le Centre Belge de la BD réagit à l'annonce de sa fermeture
Jean Auquier
vu par Tibet

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

  Un commentaire ?