"Mutts" de Patrick McDonnell : des "Dimanches Matin" poétiques et reposants

30 septembre 2016 2 commentaires
  • Les Rêveurs publient un premier volume des strips dominicaux du dessinateur américain Patrick McDonnell. Celui-ci s’y exprime avec modestie et sensibilité, posant un regard apaisé et tendre sur le monde qui l’entoure.

Patrick McDonnell est un auteur américain encore relativement méconnu en France [1]. Spécialiste de son illustre prédécesseur George Herriman, défenseur de la cause animale, il est surtout connu outre-Atlantique pour ses publications dans sept-cent quotidiens. Son strip Mutts (« cabots » en anglais) a cependant déjà été publié en France, il y a quelques années, chez Les Humanoïdes associés. Mais c’est la première fois qu’un éditeur – Les Rêveurs en l’occurrence – permet au public francophone de lire ses strips du dimanche tout en couleurs.

Créé en 1994, Mutts met en scène un chien – Earl – et un chat – Mooch – ainsi que leurs maîtres respectifs et leurs comparses à poils et à plumes. Avec ses dessins quotidiens, Patrick McDonnell s’inscrit dans la tradition essentiellement américaine du strip, que la presse continue de publier et de diffuser à grande échelle. Et prendre la suite de Krazy Kat de George Herriman, des Peanuts de Charles M. Schulz ou de Calvin et Hobbes de Bill Watterson n’est pas une mince affaire.

Les bandes de Patrick McDonnell n’ont effectivement pas la profondeur philosophique ni la dimension iconique des précédents. Mais elles possèdent leurs propres qualités et une vraie personnalité. Loin du tumulte de l’actualité, des modes et des lubies technologiques, Mutts offre un espace de paix, de tranquillité et de poésie à son lecteur. Datant des années 1999 et 2000, ces Dimanches Matin sont atemporels. McDonnell compose des gags simples, entraînant le sourire davantage que le rire, mais jamais lourds ou plats.

"Mutts" de Patrick McDonnell : des "Dimanches Matin" poétiques et reposants
© Patrick McDonnell - Les Rêveurs 2016

C’est surtout son inventivité graphique qui est admirable. Son trait fin et ses contraintes de publications n’empêchent pas l’innovation. Certains strips sont à lire verticalement tandis que d’autres voient leur mise en page déstructurée : difficile de trouver deux strips conçus de manière totalement identique. Il faut d’ailleurs souligner le travail des Rêveurs, de Marc Voline (pour la traduction) et de Manu Larcenet (auteur de la conception graphique de l’ouvrage) dans la mise en valeur du graphisme et des couleurs de Patrick McDonnell. Le livre, par son format à l’italienne, respecte un rythme de lecture approprié pour un strip. Les couleurs sont élégantes et subtiles – sauf peut-être pour cet orangé en couverture.

Couverture © Patrick McDonnell - Les Rêveurs 2016

Nous retrouvons, avant chaque strip, les dessins rendant hommage à des œuvres de peintres, dessinateurs, musiciens et réalisateurs. C’est là aussi l’occasion pour McDonnell de prouver sa virtuosité. Celle-ci lui a justement valu de nombreuses récompenses, dont le Prix Harvey du meilleur comic strip, reçu à plusieurs reprises au cours des années 2000.

© Patrick McDonnell - Les Rêveurs 2016

Les Rêveurs prévoient de poursuivre la publication de Mutts en 2017 et 2018, composant un triptyque destiné à mieux faire connaître l’œuvre de Patrick McDonnell. Cette publication vient également compléter, certes de façon plus modeste, celle de Krazy Kat, déjà fort bien mise à l’honneur par Les Rêveurs.

Mutts n’aura peut-être pas la même postérité que les Peanuts ou que Calvin et Hobbes. Mais ce strip plaira pour son inventivité graphique et son regard tendre sur le monde – en particulier sur le monde animal. Un strip à lire idéalement, pour se reposer ou se rafraîchir les idées… un dimanche matin.

© Patrick McDonnell - Les Rêveurs 2016

Voir en ligne : Le site de l’auteur

(par Frédéric HOJLO)

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Consulter le site Internet Mutts de Patrick McDonnell.

[1Les commentaires sur son oeuvre sont assez rares. On consultera le site Internet du9 pour une brève d’il y a presque vingt. Mais c’est à peu près tout.

 
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2 Messages :
  • Vous avez un jugement sur la profondeur philosophique qui est le vôtre ; je place cette bande dessinée comme une des plus belles jamais réalisées ; dans la finesse et l’observation. Et il s’agit bien de parler de pouvoir, de relations entre les êtres, de ces riens qui tissent l’humanité/ Evidemment il n’y a pas de grosse pensées et maximes bien claires . Le talent graphique, l’approche humaine et l’art du dialogue, en américain une série de subtilités supplémentaires , font de Mutts un sommet .Ça s’inscrit peut-être dans la lignée de ceux qui vous citez mais ça ne prend pas la relève, ce ne sont pas des ouvriers occupés à une tâche. Et cet orange de couverture est magnifique.

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    • Répondu par Frédéric HOJLO le 13 octobre 2016 à  22:31 :

      Effectivement, ce jugement est le mien. Je le partage mais ne l’impose pas, et ne l’érige pas en vérité universelle. Enfin, nos critiques se rejoignent... Nulle part je ne parle de "relève" ou de "tâche". Et je souligne aussi la qualité graphique ainsi que la finesse du propos. Heureux donc de voir qu’au moins une personne se fait des réflexions proches des miennes.

      Ah, sauf à propos de "cet orange". C’est pourtant vrai qu’il complète bien (par définition) les bleus visibles aussi en couverture. Mon dégoût pour le orange doit venir de bien loin, traumatisme enfantin ou autre, qui sait ?

      Cordialement,

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