Myrkos - T2 : L’insolent - par Kraehn & Miguel - Dargaud

20 octobre 2005 0 commentaire
  • Dargaud présente Myrkos comme étant la première série d'Antic-fantasy, nouveau genre mélangeant Antiquité et heroic-fantasy. Au-delà de cet effet d'annonce (il faut bien chercher à se distinguer parmi la pléthore de nouveautés...), cet album se singularise par une qualité et une originalité certaines.

Élève le plus doué de la Scola impériale des Arts, le jeune Myrkos est promis à un bel avenir d’ornemaniste. Mais il trouve l’enseignement trop figé, codifié et sans imagination. Son impertinence permanente n’est pas du goût de Carcantx, l’un des principaux prêtres et maîtres de la Scola. Myrkos et son meilleur ami Dhellou sont mis en concurrence lors d’une commande du seigneur Othon. Pour Myrkos, c’est une occasion inespérée de continuer à expérimenter ses recherches secrètes (et totalement révolutionnaires) sur les principes du dessin en perspective...

L’idée de Jean-Charles Kraehn se veut simple et novatrice : situer une aventure dans un univers imaginaire mais ressemblant étrangement à notre antiquité. Le résultat est très cohérent : les décors, notamment l’architecture et les reliefs géographiques, sont à la fois dépaysants et familiers donnant ainsi l’illusion au lecteur d’être dans un récit réaliste ! Le trait du jeune dessinateur brésilien Miguel s’adapte à merveille à cette histoire riche et rythmée imaginée par Kraehn. Les dessins ne sont pas sans rappeler ceux de Leo (Aldebaran, Betelgeuse, Kenya), mentor et compatriote du dessinateur.

Les personnages ne manquent pas de charme et on suit avec beaucoup d’intérêt la progression de Myrkos sur la voie périlleuse de la découverte de la perspective. Heureusement, l’histoire humaine a toujours connu ce type d’homme, prêt à lutter contre les règles établies pour faire évoluer les arts. Pour l’anecdote, il est par ailleurs amusant d’imaginer Miguel face aux problèmes de perspective d’un dessin représentant Myrkos s’interrogeant sur le même sujet. Quelle mise en abyme !

Cela dit, Kraehn prête à deux truands des formulations surprenantes : "Ouky vont ?", "Qué qu’y viennent faire ?", "Comment kyfait ?" lit-on, ahuri, au détour de quelques cases. Dans une société où la langue française est de plus en plus écorchée et déformée, est-il de bon goût d’entériner les fautes d’orthographe ou le langage de type "SMS" ? Ce choix est contestable, surtout dans le contexte d’une série qui ne semble pas vouloir caricaturer ou stigmatiser une évolution contemporaine de notre langue.

Mis à part ce bémol, Jean-Charles Kraehn prouve une fois de plus avec Myrkos son talent de conteur d’histoires.

(par Laurent Boileau)

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