Nankin : La cité en flammes - Par Ethan Young - Urban China

9 février 2016 0
  • Faisant suite à « La Bataille de Shanghai », Urban China publie un nouvel épisode de la Seconde Guerre sino-japonaise : celui de la bataille de Nankin et du massacre de sa population. Un récit à hauteur d’homme qui manque néanmoins de perspective.

C’était l’un des titres de lancement d’Urban China l’an dernier : La Bataille de Shanghai de Bo Lu revenait sur le premier acte de la très longue Seconde Guerre sino-japonaise (1937 à 1945). Optant pour un point de vue de quasi-documentaire, l’œuvre décrivait à l’aide d’une avalanche de chiffres, de dates et de lieux un déroulement aussi minutieux qu’implacable.

Il s’agissait pour son auteur de fournir tous les éléments pour faire comprendre à quel point cette bataille, se déroulant du 13 août au 26 novembre 1937, s’était révélée traumatisante pour les deux camps : la résistance acharnée des Chinois avaient surpris les Japonais, les combats s’étaient enlisés au-delà de toute prévision, le chiffre des pertes s’était envolé...

C’est le 3 décembre 1937 que débutèrent les combats aux abords de Nankin, alors capitale de la Chine. La chute de Shanghai ayant fait comprendre aux autorités que Nankin allait tomber à son tour, elles donnèrent l’ordre d’abandonner la ville : les civils commencèrent ainsi à fuir, même s’il resta sur place des troupes chinoises mal préparées, sans réel commandement.

La prise de Nankin reste tristement célèbre pour être parmi les plus effroyables crimes de guerre japonais. Les troupes japonaises y ont perpétré dans des proportions inimaginables viols, meurtres, vols, incendies volontaires et divers actes de barbarie.

Nankin : La cité en flammes - Par Ethan Young - Urban China
© Urban China

Le nombre de morts fut estimé entre 200 000 et 300 000, pour 20 000 à 80 000 viols de femmes et d’enfants. Sans entrer dans des détails sordides, on peut mesurer la frénésie barbare des soldats japonais par l’enlèvement presque toutes les nuits de femmes pourtant réfugiées dans la zone de sécurité internationale.

Nankin : La cité en flammes, nous épargne les visions de massacres et de barbarie et suit le parcours de deux soldats chinois qui tentent de quitter la ville, entre patrouilles et décombres. Sur un mode simple, avec unité de temps (une nuit) et parsemant leur trajectoire de quelques rencontres symboliques, Ethan Young choisit le point de vue du soldat piégé dans la ville.

Avec son dessin relativement « brut » et ses cadrages resserrés au niveau des visages, le récit se déroule à hauteur d’homme et nous fait partager la fuite désespérée, pragmatique et cynique, d’un soldat à qui il ne reste plus que sa peau à sauver.

En ce sens, c’est une bande dessinée de genre réussie qui nous plonge dans une fuite macabre tout autant poignante que cruelle, à la dimension universelle tant les événements pourraient prendre place au cours de n’importe quel conflit…

Et c’est pourtant là que se situe sans doute la faiblesse de ce manhua [1] : s’il est appréciable d’avoir épargné aux lecteurs des scènes et des situations insondables, les une ou deux exactions de soldats qui nous sont peintes ne nous semblent pas suffisantes pour transmettre la brutalité et la folie qui parcoururent les rues de Nankin.

Le résultat ressemble -et c’est triste de le formuler ainsi- à n’importe quelle ville transformée en champ de bataille. Un récit de guerre efficace, qui ramène les choses à échelle humaine, mais qui manque du même coup à nous raconter le destin de l’autre personnage principal : la ville martyre de Nankin.

© Urban China

(par Guillaume Boutet)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Nankin : La cité en flammes. Par Ethan Young. Traduction Jean-Marc Lainé. Urban China. Sortie le 22 janvier 2016. 187 pages. 15,00 euros.

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[1bande dessinée chinoise

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