Naufrage pour "Jack London"

23 septembre 2017 0 commentaire
  • “Arriver à bon port ou sombrer en essayant” : voilà le sous-titre de cette biographiede Jack London, une annonce légitimtimée à plus d’un titre. Mais si l’essai est méritoire, il n’exclut pas l'échec de l'entreprise.

Un roman graphique qui traite de la vie de Jack London ? Quelle excellente idée ! En effet, le romancier fut autant un aventurier qu’un homme public, un journaliste incisif doublé d’un précurseur politique et social, un naturaliste dans l’âme.

Ses nouvelles et ses romans ont déjà été maintes fois adaptés en bande dessinée par de grands auteurs : Chabouté pour Construire un feu, Le Loup des mers par Riff Reb’s, par Fabien Nury & Eric Henninot dans Fils du soleil, etc. Sans oublier un second rôle dans Corto Maltese. Bref, un bon biopic se justifiait histoire que que la bande dessinée rende à l’écrivain un peu de ce qu’il lui avait donné.

Naufrage pour "Jack London"

Si le titre, Jack London pouvait paraître légèrement présomptueux, il suscitait néanmoins de l’espoir : le Lombard n’avait-il pas déjà réussi des biographies improbables dans sa collection Caractère (Monet, Gauguin, Nietzche, etc.?

Hélas, cette attente est déçue. Si le graphisme peut intriguer sinon séduire d’entrée de jeu, les codes couleurs ne permettent pas de guider suffisamment l’interprétation du récit, laissant l’aspect fictif se confondre avec les flashbacks...

La narration louvoie et malheureusement s’enlise, entre d’un côté la croisière réellement entreprise par l’écrivain de 1907 à 1909, et de l’autre le roman Martin Eden, considéré comme son chef-d’œuvre et dans lequel références autobiographiques sont légion.

Cette confusion entre la trame autobiographique du roman et l e traitement de ce voyage perturbé légitime les entrelacs de la fiction et de la réalité, le découpage volontairement approximatif et la multiplication des scènes muettes n’apportent que de la confusion au récit. Les expérimentations graphiques n’aident pas non plus à trouver du sens à cet embrouillamini de références, sauf à quelques rares moments où le livre devient graphiquement magique… Exceptions malheureusement trop rares dans la pagination dense et fantasmée de ce voyage sur les mers.

Ces errements techniques sont étonnants de la part de Koza, alias Maximilien Le Roy, à qui l’on doit déjà une quinzaine d’albums, souvent aussi réussis qu’engagés : Faire le Mur, Vaincus mais vivants, Ni dieu ni maître, Gauguin loin de la route, Thoreau – la vie sublime, sans oublier la biographie polémique de Nietzsche, co-signée avec Michel Onfray. Koza, ce pseudonyme que Le Roy utilise pour signer quelques scénarios n’explique pas pourquoi l’auteur s’est ainsi fourvoyé dans son séquençage, négligeant le lecteur pour mieux se perdre dans son sujet. Certes, certains de ses albums s’adressaient déjà à un public plus « pointu », mais si l’intention de l’éditeur et de l’auteur était de restituer la vie de ce formidable écrivain en direction d’un plus large public, l’objectif n’est pas atteint.

Peut-être les ultra-fans de Jack London, ceux qui connaissent sa vie et son œuvre sur le bout des doigts, y trouveront-ils leur compte. Que les autres prennent le large sans demander leur reste, il y a heureusement d’autres ouvrages à découvrir lors de cette rentrée pléthorique, pour éviter de sombrer dans ces eaux troubles.

(par Charles-Louis Detournay)

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