Nerveux et caustique, le "Spirou chez les Soviets" de Tarrin & Neirdhardt

24 octobre 2020 3 commentaires
  • Drôle, caustique, aventureuse et surtout délicieusement irrévérencieuse, cette nouvelle aventure distincte de la série régulière ne se limite pas à parodier Tintin : elle compose habilement les ingrédients d'un hors-série des plus réussis !

Le comte de Champignac a disparu ! Il a été enlevé par des agents du KGB, car les savants bolchéviques ont besoin de lui pour les aider à répandre le gène du communisme dans le monde entier. Mais pourquoi Pacôme accepte-t-il de les aider de son plein gré ?

Dans le contexte de la Guerre froide, Spirou et Fantasio doivent alors jouer les James Bond, en devenant des espions infiltrés endossant l’identité de journalistes de Vaillant (futur Pif Gadget), l’hebdomadaire pour la jeunesse concurrent de Spirou inféodé au Parti Communiste Français. Parviendront-ils à délivrer Champignac de l’embrigadement bolchévique et à sauver le monde de la contamination par un virus "communiste" expérimenté par Trofim Lyssenko, le biologiste -bien réel celui-là- de Staline, promoteur terrifiant de la « génétique mitchourinienne » et ennemi des théories de l’hérédité ?

Il s’agit, après Le Tombeau des Champignac avec Yann, de la seconde Aventure de Spirou et Fantasio que dessine Fabrice Tarrin que l’on a vu par ailleurs dessiner Astérix. Il nous propose une aventure de haut vol, avec un trait qui se rapproche de celui de Conrad dans sa période Innommable. Ce qui lui permet d’être à la fois très virtuose dans cette incursion soviétique, mais également au diapason de l’humour piquant distillé par son scénariste et vieux complice Fred Neidhardt, un scénariste à qui l’on devait plusieurs parodies du groom et ses amis pour le Journal de Spirou (Spouri et Fantaziz...) Mais c’est la première fois que l’auteur s’attèle à un 44 pages avec la figure de proue des éditions Dupuis, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’y va pas avec le dos de la cuillère.

Nerveux et caustique, le "Spirou chez les Soviets" de Tarrin & Neirdhardt

La première partie du récit est une pure merveille : non seulement le scénariste y lance son intrigue dans un feu d’artifice de références à la BD franco-belge - de Tintin, grand rival de l’hebdomadaire Spirou, que cela soit en parodiant le premier album d’Hergé ou le Crabe aux pinces d’or, à Pif, en passant par le Gaston de Franquin où l’on croise l’inévitable De Mesmaeker mais aussi Charles Dupuis et Raoul Cauvin, les pas bleus du gaffeur ainsi que son violon au son si particulier...

Parti sur cette lancée, plus moyen d’arrêter Neidhardt : il joue avec le principe du GPS, se moque de la possibilité de fumer dans les avions, jusqu’à l’arrivée en Russie, où il se joue des clichés que les Occidentaux se faisaient du régime soviétique. Mais quand il s’agit d’évoquer la terreur stalinienne, l’humour devient grinçant voire dénonciateur/

Les clichés de l’espionnage pendant la Guerre froide sont également convoqués. Des terribles complots destinés à renverser le cours de l’histoire aux embardées jamesbondesques sans fausse note. Et si le rythme endiablé du début laisse parfois place à quelques petites baisses de rythme calculées, c’est pour donner davantage d’ampleur au dessin dynamique de Tarrin, et repartir de plus belle sur de nouveaux rebondissements.

La seule question qui demeure reste la fin du récit qui ne revient pas à son point de départ. On comprend bien que cette attaque en règle contre l’absurdité du régime soviétique appelait son pendant contre le capitalisme -ici illustrés par le droit d’auteur- mais l’entourloupe manque de force.

Spirou chez les Soviets reste néanmoins un excellent album : drôle, plein d’action, de retournements de situation, intrigant et surtout diablement irrévérencieux ! Éprouvé depuis une vingtaine d’années, le tandem Tarrin-Neidhardt fonctionne parfaitement, alliant la vivacité et la nervosité du trait du dessinateur à la plume caustique du scénariste. Que demander de plus ? Bah, un autre album, tout simplement !

(par Charles-Louis Detournay)

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"Spirou chez les Soviets" - Par Tarrin & Neirdhardt - Editions Dupuis

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Sur le même sujet, lire Spirou chez les Soviets de Fabrice Tarrin et Fred Neidhardt débute sa prépublication la semaine prochaine !

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Notre chronique du Tombeau des Champignac par Tarrin & Yann

 
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