New York Cannibals : la brûlante actualité de François Boucq

  • C’est un de nos coups de cœur de la Rentrée, une nouvelle rencontre fertile entre le romancier américain Jerome Charyn et François Boucq en osmose parfaite. Tout en intelligence et en puissance ils reviennent cinq ans après dans la mafia russe qui pourrit la Grosse Pomme ; et c’est gratiné ! « New York Cannibals » aux Éditions du Lombard, qui jouit dans la foulée une exposition chez Huberty-Breyne, sort en ce début septembre, tandis que François Boucq assiste dès cette semaine comme dessinateur judiciaire au procès des assassins de Charlie Hebdo.
New York Cannibals : la brûlante actualité de François Boucq
Photo : © Le Lombard / Fred Kihn.

Les connaisseurs du travail de François Boucq connaissent Paul, rescapé de l’enfer de la Kolyma, célèbre goulag soviétique, qui avait raconté sa jeunesse terrible dans Little Tulip voici vingt ans alors qu’il était devenu le tatoueur le plus recherché de New York.

Avec lui, la jeune Azami que l’on retrouve vingt ans après avec Paul dans une petite échoppe de Brooklyn. Culturiste, elle a pris du volume et endossé l’uniforme de flic. Mais la prise régulière de testostérones a perturbé son système endocrinien et l’empêche désormais d’avoir un enfant… Un miracle se produit cependant : elle recueille un bébé trouvé destiné à un réseau de… cannibales, ou plus exactement à un sordide trafic de sang ! En plein New York ? Oui, ma petite dame. Dans un milieu cannibale ? Oui, effectivement. Et ça castagne à tout va dans une dynamique explosive.


Photo : © Le Lombard / Jörg Meyer

Au centre du récit : l’image qui court sur les corps et s’insinue dans les esprits : « Je crois aux vertus magiques du dessin… » dit l’un des protagonistes. Boucq ne pense pas autrement et il en parle avec science depuis son premier album : « Dans le cadre du goulag, ce qui était intéressant c’est que le tatouage pouvait revêtir plusieurs dimensions : il pouvait aussi être autobiographique : on racontait les événements majeurs de notre vie à travers nos tatouages. L’autre signification, c’est que le tatouage servait d’élément de protection, il relevait du chamanisme. Les superstitions pouvaient être fixées grâce au tatouage. Il servait aussi de reconnaissance, d’appartenance à un clan. Il y avait tout un langage extrêmement sophistiqué lié au tatouage… » (Interview de Christian Missa-Dio sur ActuaBD.com, janvier 2015)

Remettant le couvert cinq ans après sur le même thème, à partir du script de Jerome Charyn, vieux complice de quarante ans, il compose son casting : une héroïne hommasse au milieu de flics bodybuildés, un cul de jatte véloce et habile, un harem de lutteuses mastoques au service d’une rescapée du goulag insatiable et cruelle, des junkies à chaque bloc, un FBI endimanché et corrompu et cette New York City dévorante aux perspectives infinies parcourues de Chevies.

Réalistes et grotesques, les images de François Boucq, par leur composition et leur force, nous envoûtent et s’incrustent dans nos cauchemars. Sans aucun doute, voici l’un des albums les plus impressionnants de cette Rentrée dont les Parisiens peuvent d’ailleurs admirer (voire acheter) ses dessins dans une exposition-vente à la galerie d’Huberty-Breyne rue de Matignon.

Dessin exposé à la Galerie Huberty-Breyne

Au plus près de l’actualité

Autre actualité brûlante pour François Boucq : il assistera pendant plusieurs semaines au procès des complices des assassins de Charlie Hebdo. Actuellement collaborateur de la feuille satirique (masqué par un pseudo), il chroniquera à partir de mercredi les audiences pour l’hebdomadaire « bête et méchant », un exercice qu’il avait déjà effectué naguère lors du Procès Carlton. Une rentrée chargée pour un artiste surdoué !

L’hommage à Cabu.
© Fr. Boucq.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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New York Cannibals - Par Jerome Charyn et François Boucq - Éditions du Lombard. 152 pages couleurs - 24,50€

EXPOSITION
Galerie Huberty-Breyne
du vendredi 4 septembre au samedi 19 septembre 2020
36 avenue Matignon
75008 PARIS
Lundi > Samedi 11h - 19h

 
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2 Messages :
  • New York Cannibals : la brûlante actualité de François Boucq
    31 août 2020 20:08, par Patrick Gaumer

    Cher Didier,

    "Remettant le couvert vingt ans après sur le même thème, à partir du script de Jerome Charyn, vieux complice de trente ans"

    Je suis d’accord avec toi, le temps passe trop vite, mais quand même ! Little Tulip est sortie en 2014. La Femme du magicien est apparue quant à elle dans (À Suivre) en… 1984.

    Ce qui, effectivement, ne nous rajeunit pas plus que ça.

    Amitiés,

    Patrick

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 1er septembre 2020 à  05:23 :

      Effectivement, j’ai confondu par étourderie la temporalité de la BD (le retour de Paul et d’Azami) et celui de l’album ; et oui, tempus fugit, là encore j’aurais mieux fait d’aller vérifier deux fois. Heureusement que des encyclopédistes de qualité nous lisent et que l’on peut corriger en ligne. Voilà qui est fait.

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