Nick Cave, Mercy on Me - Par Reinhard Kleist (trad. P. Derouet) - Casterman

1er novembre 2018 1 commentaire
  • Vie tumultueuse et affres de la création : une biographie de Nick Cave, musicien australien à la carrière bien fournie, illustrée avec un noir et blanc électrique. Nouvel album convaincant de Kleist, après ceux consacrés à Fidel Castro et à Johnny Cash.

Artiste culte, à la carrière nimbée d’autodestruction, Nick Cave aurait pu avoir un destin d’intellectuel pontifiant. Il a choisi la musique, et l’exacerbation de ses pulsions les plus violentes, avant, la maturité aidant, de canaliser ses idées noires et de les sublimer en chansons.

Devenu spécialiste des biographies imposantes (Fidel Castro, Johnny Cash) Reinhard Kleist s’est plongé dans cette vie tumultueuse avec son noir et blanc effervescent. Il illustre les chapitres de la carrière de Cave avec une énergie furieuse, un sens du mouvement sans cesse en avant. Et tout ce noir qui rôde dans chaque case épouse très justement les états d’âme de ce grand écorché.

La balade n’est donc pas de tout repos. Nick Cave a été au bord du gouffre plusieurs fois, sans d’ailleurs avoir cédé aux sirènes de la toxicomanie plus qu’un autre. Une forme de romantisme suicidaire plutôt. Kleist s’illustre notamment dans les scènes de concert, les débuts punks de Birthday Party, mais aussi dans les ambiances glaciales de Berlin où l’artiste a séjourné.

La réussite du biopic s’appuie aussi sur nombre d’échappées oniriques. On y entre dans l’univers créatif -et morbide- de Nick Cave sous forme de séquences fictives, de délires, de rêves éveillés... Autant de manières d’entrer aussi dans son inspiration.

Nick Cave, Mercy on Me - Par Reinhard Kleist (trad. P. Derouet) - Casterman
© Casterman 2018

Reste un parti-pris contestable de l’album : la citation en VO de textes de Cave sans traduction. Certes, on peut considérer que les amateurs auront un niveau d’anglais suffisant pour se débrouiller avec la langue de Shakespeare, mais était-il vraiment si difficile de traduire, si ce n’est entre les cases, ou en bas de page, au moins en appendice de fin d’album ? Le récit propose ainsi de nombreuses pages façon clip dessiné montrant Cave interprétant certaines chansons-clé (qui sont tout de même citées en dernière page).

Le chanteur australien n’a jamais été une vedette internationale. Sa vie chahutée semble avoir trouvé, la soixantaine pointant son nez, un équilibre salvateur. Cette biographie met en lumière un créateur radical et orgueilleux qui aurait, mine de rien, pu prétendre à un destin à la Bowie ou Bob Dylan.

(par David TAUGIS)

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1 Message :
  • Le problème de la traduction est plus qu’épineux. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai lu ce livre en anglais et pas en français (sans mentionner une couverture assez laide alors que celle de l’édition anglaise est beaucoup plus belle). La plume de Nick Cave est très particulière et possède un rythme assez unique. Je me rappelle d’ailleurs avoir été frappé par la qualité de la traduction de son roman "Et l’âne vit l’ange" qui parvenait à conserver cette particularité.
    Le problème de ce livre est que les paroles de chansons ne sont pas que reprises telles quelles. Si certaines parties de l’album sont de véritables clips dessinés, à d’autres moments, les paroles de chansons sont intégrées aux dialogues. Traduire les paroles de Red Right Hand dans ce qui relève d’une illustration fantasmée du texte risque de sacrifier la musicalité de l’ensemble. En feuilletant la version française, je suis tombé sur la fin du chapitre "The mercy seat", qui s’achève en crescendo, comme le fait la chanson. La traduction des paroles en français fait perdre toute la musicalité de l’ensemble. L’effet en est complètement gâché. On est en effet sur un problème éditorial insoluble. Le sens des paroles est essentiel à la compréhension. La musicalité de l’anglais est essentielle parce que ce livre parle quand même fondamentalement des chansons. En tant que fan de Nick Cave, les planches de Kleist fonctionnent à merveille. Par exemple, dans le dernier chapitre (Higgs Boson Blues), la deuxième case qui montre Warren Ellis jouant de la guitare évoque directement l’introduction de la chanson, avant que la voix de Nick Cave ne s’élève, dès la troisième case. Il faut connaître la chanson pour que cela fonctionne (et Kleist ne joue pas la facilité en allant rechercher des titres obscurs comme A Dead Song, The Hammer Song ou Cabin Fever).
    Comment conserver ce lien entre les paroles de chansons et les dialogues ? Ou tracer la ligne ? Traduire les textes en bas de page ou entre les cases pourrait fonctionner, mais pas dans tous les cas. Il me semble que ce livre a été écrit en allemand. je me demande comment l’auteur a géré cette contrainte.

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