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"Nicole" #10 : la revue des Éditions Cornélius toujours incontournable

  • Les Éditions Cornélius ne changent pas une formule qui a fait ses preuves : plus de 300 pages, principalement de bande dessinée, pour moins de 15 euros, dont une grande majorité d'inédits de jeunes auteurs et d'autres plus confirmés. "Nicole" offre toujours autant de plaisir de lecture, entre redécouvertes et extraits de publications à venir, sans oublier le retour sur l'année passée, le tout sous une couverture signée cette année par Robert Crumb.

Sept ans que Nicole existe chez Cornélius ; quatre ans qu’elle fait cavalier seul, depuis sa rupture avec Franky, son compagnon cornaqué par Les Requins Marteaux. Et toujours la même qualité et la même densité pour qui aime relire ou découvrir des autrices et auteurs marquants de la bande dessinée alternative.

"Nicole" #10 : la revue des Éditions Cornélius toujours incontournable
"Sans Espoir" paru le 13 mai dans la collection Solange © Robert Crumb / Cornélius 2021

Le dixième numéro, paru cet été, ne fait pas exception. Il s’ouvre et se ferme sur des dessins de Robert Crumb, « pape » - le qualificatif est éminemment ironique le concernant - de la bande dessinée underground américaine et même mondiale. Le choix paraît évident : les Éditions Cornélius ont fait paraître ce printemps leur dix-septième tome de l’anthologie des œuvres du dessinateur. On retrouve dans ce volume, Sans Espoir, toute la verve de Robert Crumb, ses excès et son regard critique sur la société des États-Unis.

Robert Crumb n’est pas le seul « ancien » au sommaire de Nicole. « Ancien », Nicole Claveloux et Willem le sont par l’âge, relativement aux autres contributrices et contributeurs. Sûrement pas par le ton et l’esprit. Ils sont au contraire indémodables. Tous deux édités par Cornélius, Willem depuis les débuts de la maison d’édition, Nicole Claveloux depuis un peu moins de deux ans, ils ont eu droit aux honneurs du festival d’Angoulême et sont unanimement reconnus par leurs pairs. Cornélius a déjà consacré trois volumes à Nicole Claveloux. Ce n’est pas terminé…

Terreur sur l’Art © Pauline Lecerf / Cornélius 2021

Parmi les autres dessinatrices et dessinateurs présents dans ce nouveau numéro de Nicole, certains sont des habitués : David Amram, François Ayroles, Jérôme Dubois, Dominique Goblet, L.L. de Mars, Lucas Méthé, Delphine Panique, Benoît Preteseille ou encore Olivier Texier. D’autres se font plus rares voire sont de nouveaux venus, même s’ils font parfois déjà partie du catalogue de Cornélius : le Sud-Africain Conrad Botes, Joseph Callioni, Antoine Cossé, Ludovic Debeurme, la Canadienne Julie Doucet, François Fléché, le Britannique Joe Kessler ou Pauline Lecerf.

La plupart des bandes dessinées présentées dans Nicole sont inédites. Certaines ne le sont pas, comme celles de Willem, mais c’est tout comme puisqu’elles étaient devenues introuvables. D’autres seront à relire dans les mois ou les années qui viennent dans des livres édités par la fine fleur de la bande dessinée alternative : celles de Conrad Botes et de Ludovic Debeurme chez Cornélius, de Joseph Callioni chez Atrabile (Vénéra), de Julie Doucet (Maxiplotte) et Joe Kessler (The Gull Yettin) chez L’Association, de Dominique Goblet au Frémok (Ostende) et de Lucas Méthé chez Actes Sud-BD.

Ostende © Dominique Goblet / Cornélius 2021
Poursuite © Antoine Cossé / Cornélius 2021
Le Pays de Judas © Conrad Botes / Cornélius 2021
L’œil © François Fléché / Cornélius 2021

L’éditorial, titré « Bédéconfiture », est intellectuellement stimulant. Il revient sur « BD 2020 » devenu BD 20-21 pour cause de pandémie. Présentée ici comme un accident industriel, « l’Année de la BD » avait de multiples enjeux politiques, économiques, sociaux et culturels. Le coronavirus lui a mis du plomb dans l’aile, mais les institutions, et au premier chef le gouvernement, n’ont jamais vraiment su créer le lien avec les lecteurs et surtout les auteurs. Reste que la cause des autrices et des auteurs a encore gagné en visibilité, ce qui est un pas certes insuffisant mais indispensable vers l’amélioration de leur condition. L’édito se conclut sur une réflexion qui mérite d’être méditée : « Cet échec est en quelque sorte une leçon de modestie, qui rappelle que toute la force de la bande dessinée tient à ce qu’elle est précisément un art modeste, peu régenté par les normes et dans lequel les marges existent encore. »

Nicole n’est évidemment pas parfaite. Une ou deux relectures orthographiques supplémentaires auraient été utiles, et il y a un peu de cabotinage au début du récit de l’année 2020 par Bill Franco - récit au demeurant intéressant pour les événements et parutions qu’il signale et qui méritent effectivement d’être gardés en mémoire. Mais cela reste marginal comparé à la qualité de l’ensemble, tenue sur 300 pages en noir et blanc et en couleurs, le tout pour moins de quinze euros.

La bombe © Jérôme Dubois / Cornélius 2021
© Joe Kessler / Cornélius 2021
Je n’ai pas la conscience tranquille © Julie Doucet / Cornélius 2021
Papa Maman Fiston : les Autres © Lucas Méthé / Cornélius 2021
Un coureur © Ludovic Debeurme / Cornélius 2021

(par Frédéric HOJLO)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

- Nicole #10 - Collectif - Éditions Cornélius - direction éditoriale & graphique par Jean-Louis Gauthey - 17 x 24 cm - 304 pages en noir & blanc et couleurs - couverture souple - parution le 12 août 2021 - 14,50 € - acheter ce volume chez Cultura.

Autrices & auteurs au sommaire : David Amram / François Ayroles / Conrad Botes / Joseph Callioni / Nicole Claveloux / Antoine Cossé / Robert Crumb / Ludovic Debeurme / Julie Doucet / Jérôme Dubois / François Fléché / Dominique Goblet / Joe Kessler / Pauline Lecerf / LL de Mars / Lucas Méthé / Delphine Panique / Benoît Preteseille / Olivier Texier / Willem.

- Sans Espoir - Par Robert Crumb - Éditions Cornélius - 57e ouvrage de la collection Solange & 17e volume de l’anthologie Crumb - direction éditoriale & traductions par Jean-Pierre Mercier - adaptation par Hughes Bernard & JL Capron - lettrages par Hughes Bernard - Fontes numériques par J.-F. Rey - couleurs par Jean-Louis Capron - 22 x 29 cm - 104 pages en noir & blanc - couverture souple avec rabat - parution le 13 mai 2021 - 20,50 € - acheter ce volume chez Cultura.

Lire quelques pages de Nicole #10 & quelques-unes de Sans Espoir de Robert Crumb.

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4 Messages :
  • J’admire le catalogue et le parcours des Éditions Cornélius. Le rapport quantité/qualité/prix de la revue Nicole est assez imbattable. Par contre, j’aime moins leurs pages rédactionnelles et rétrospectives, signées Bill Franco, dans lesquelles ils passent en revue l’année BD et descendent largement la production des autres éditeurs, forcément trop commerciale à leur yeux. Je trouve ça inélégant et malvenu. Les meilleurs éditeurs indépendants, comme l’Association et Cornélius, ont changé le visage de la BD et permis de découvrir une nouvelle génération d’auteurs. Mais l’édition alternative n’a pas changé le modèle ni le métier. Bon an, mal an, ils ne payent pas des avances assez importantes pour permettre à leurs auteurs de gagner leur vie. Une fois passés chez eux, leurs auteurs sont bien obligés de rejoindre les gros éditeurs pour en vivre et se professionnaliser. Les indépendants, qui rétribuent si peu leurs auteurs, devraient continuer à faire de beaux livres sans pour autant vouloir donner de leçons aux autres éditeurs. Ce que j’écris là était déjà valable à l’époque du manifeste Plates-Bandes de JC Menu.

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    • Répondu par Capitaine Kérosène le 20 août à  09:36 :

      En même temps, ce n’est pas désagréable d’avoir de temps en temps un avis qui diverge du consensus des critiques où tout le monde encense tout le monde à longueur d’année.

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      • Répondu le 20 août à  09:53 :

        Ah vous trouvez que tout le monde encense tout le monde ? Je travaille dans la Bd depuis 25 ans et j’ai plutôt l’impression d’un panier de crabes, une querelle de chapelles permanente entre gros et petits, entre anciens et modernes, une défiance qui atteint des sommets entre auteurs et éditeurs, une détestation grandissante entre conservateurs et progressistes etc. Il suffit de lire les échanges ici.

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    • Répondu par Génie de la lampe le 22 août à  06:23 :

      Si on devait publier à grande échelle toutes les minorités qui font du moche, on ne s’en sortirait pas. Ce n’est plus 6000 titres par an, mais plus de 10000 ! Il y a des arbres qui ne mérite pas d’être abattu pour ça. Et que l’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit, je ne parle pas de travail académique pour désigner le beau, du moche il y en a partout. Heureusement, souvent le public a meilleur gout que tous les éditeurs réunis. C’est ce qui fait de la BD une loterie ; on ne sait jamais ce qui va marcher ou non.

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