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Nihoul & Lemmens : « La thématique de ‘Commando Torquemada’ a fait peur à beaucoup de monde ! ».

Par Nicolas Anspach le 12 juillet 2007                      Lien  
Et comment ! ... Les auteurs frôlent l’excommunion en publiant une bande dessinée. Le scénario, résolument déjanté, insensé et corrosif, nous présente le Vatican sous un jour nouveau. Le Commando Torquemada est au service d’un cardinal qui nourrit certaines ambitions. Les auteurs sont aussi écervelés et sarcastiques que les personnages du commando de choc de la Cité Papale. Ils nous confient leur vérité au sujet de la lance qui a transpercé le Christ…

Comment est née cette série, Commando Torquemada ?

Philippe Nihoul : Denis Bodart (Green Manor) m’a soufflé l’idée de cette série. Il avait fait un rêve dans lequel il dessinait les mésaventures d’une bonne sœur. Elle portait le nom de Sarah. Hélas, c’est tout ce dont il se souvenait… Lors de nos rencontres et de nos conversations téléphoniques, nous délirions sur ce personnage. De fil en aiguille, une histoire a pris forme. Etant fort occupé, Denis n’avait pas le temps de la dessiner. Je l’ai écrite seul. Je me suis mis en quête d’un dessinateur. Après quelques péripéties, le synopsis de Commando Torquemada est tombé dans les mains de Xavier Lemmens.

Nihoul & Lemmens : « La thématique de ‘Commando Torquemada' a fait peur à beaucoup de monde ! ».Il y en a eu tant de péripéties que cela ?

PN : Les réactions des dessinateurs pressentis étaient plutôt mitigées. La thématique a fait peur à pas mal de monde. Un ami auteur m’a même dit : « Bon courage, mais je me limiterai à l’acheter en librairie ». De fil en aiguille, je l’ai montré à Pierre Bailly (Petit Poilu), qui m’a mis en contact avec Xavier.

Xavier Lemmens, Qu’est ce qui vous a séduit dans cette histoire ?

Xavier Lemmens : L’humour grinçant, décapant et très noir de Philippe. Il avait déjà écrit toute l’histoire, et je l’ai lue comme un livre. Les dialogues étaient truculents. J’ai dessiné une page pour lui présenter mon style graphique et ma manière d’appréhender son univers. Il aimait mon dessin. Nous avons, ensuite, démarché les éditeurs.

Rien d’autre à dire sur la genèse de Commando Torquemada ?

PN : Cette série est née suite à mon agacement pour le livre best-seller de Dan Brown, Le Da Vinci Code. Je l’ai lu, et il m’est tombé des mains. Je l’ai trouvé insupportable, et du niveau d’un très mauvais Bob Morane … et ce n’est pas gentil pour Bob Morane. Cet écrivain revenait avec des sujets connus, et même réchauffés. Cela m’a énervé.

Vous avez donc inventé une histoire autour de la lance qui a transpercé Jésus de Nazareth ?

PN : Inventé ?! Tout est vrai dans notre série. Ne croyez pas le Da Vinci Code !

N’est-ce pas difficile de détourner les codes ?

PN : Au contraire. Cela vient assez naturellement. Nous avons repris un élément historique convenu, et l’avons tordu dans tous les sens pour nous l’approprier. La trame n’est donc pas exceptionnelle. C’est un schéma d’aventure classique, même si les rebondissements le sont nettement moins… Par contre, la véritable force de la série est son ton corrosif, et notre manière de traiter ce récit.

Extrait du T1 de "Commando Torquemada"

Pourriez-vous nous présenter les trois membres du « commando Torquemada » ?

PN : Le commando Torquemada se compose de trois psychopathes complètement cintrés. Sœur Sarah Terwagne, son chef est une religieuse belge qui possède des dons médiumniques et entretient une liaison équivoque avec le Christ qui la visite fréquemment en rêve. Rebelle, mystique et cynique, elle a aussi été recrutée pour sa beauté lui permettant de mener à bien certaines missions délicates en usant de son charme. Elle fume des cigarillos, qu’elle allume avec un cierge (quand il y en a) ou des allumettes à gratter.
Malachie Novoselic est croate. Personnage lunaire, il est botaniste, chimiste et guérisseur. Malachie est aussi un amoureux de la nature, un tueur, un maître-espion et empoisonneur patenté, dépourvu du moindre scrupule.
Feargal Mac Gowan est Irlandais (du Nord !). Fils de bonne famille catholique, Feargal est pourtant loyaliste et partisan de l’union à la Grande-Bretagne. Intelligent, curieux et observateur, c’est un ancien des SAS et du MI5. La Sainte Inquisition ferme les yeux sur ses manquements à la règle, sa foi incertaine et son humour « sooooo british » qui exaspère son supérieur Albuferque.

Pourquoi avoir réalisé cet album dans un style graphique assez noir ?

XL : J’ai l’habitude de dessiner de la sorte. Je ne me suis pas posé de questions. Je l’ai dessiné comme je le sentais.

Quel est l’apport des couleurs ? L’ambiance passe par vos aplats de noirs, et la tonalité chromatique des couleurs est assez légère…

XL : Effectivement. La couleur est accessoire. J’ai pensé chacune des pages comme si elles étaient publiées en noir et blanc. Cela se sent. Peut-être aurais-je envie dans l’un des prochains albums de travailler différemment.

Extrait du T1 de "Commando Torquemada"

Le pape du Vatican que vous mettez en scène se nomme « J.P. » Pourquoi ne pas avoir mis en scène « B. » ?

PN : Il était logique de mettre en scène J.P. Ce récit a été inventé avant son décès. Et puis, cette histoire reflète mon indignation pour ce qui se passait dans la cité vaticane à cette époque.
On a eu un mal fou à placer cette série chez un éditeur. À peine avions nous envoyé le dossier de présentation que nous apprenions la mort du Pape Jean-Paul II. Quelques semaines après, l’Europe a été secouée par l’affaire des caricatures de Mahomet. Ces doubles événements ont refroidi les gens. Aujourd’hui, il faut se méfier de tout : Malraux disait : « Le 21e siècle sera religieux, ou ne le sera pas ». Personnellement, je préfère qu’il ne soit pas quand je vois ce qui se passe. Nous assistons aussi à un retour au politiquement correct, ce qui absolument hallucinant !

Vous préparez déjà la suite ?

PN : nous avons signé un contrat pour trois albums, si Dieu nous prête vie, ce qui n’est pas gagné...

Quels sont vos autres projets ?

XL : Nous préparons un polar noir, mais tenons à accorder la priorité à Commando Torquemada.

Malgré que vous soyez un jeune scénariste, Philippe Nihoul, vous avez déjà une arlésienne à votre actif …

PN : Effectivement ! Je travaille depuis six ans avec Denis Bodart sur un chef-d’œuvre, qui fera incontestablement date dans l’histoire de la BD [1]… Quand il paraîtra ! (Rires). Il s’agit d’un western intitulé Indeh qui devrait être publié, un jour, chez Dargaud. Je vous résume l’histoire en quelques mots : un vieillard indien est récupéré dans le désert de l’Arizona par un policier chargé de surveiller une réserve. D’où vient le vieil homme après cinquante ans d’absence ? On devine qu’il revient du Mexique … On est loin de Torquemada, l’histoire sera plus lente et plus calme.
Sinon, je prépare un projet avec Etienne Willem, qui a déjà publié deux albums chez Paquet et également un conte de Noël fantastique qui sera illustré par une jeune dessinatrice, Delphine Lesecque

Extrait de ’Indeh’
(c) Bodart, Nihoul & Dargaud.

(par Nicolas Anspach)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN :

Images : (c) X. Lemmens, P. Nihoul & Fluide Glacial. Sauf mention contraire.
En médaillon : Philippe Nihoul dans l’ombre de son dessinateur, Xavier Lemmens. Photo (c) Nicolas Anspach.

[1Denis Bodart présente régulièrement des extraits et autres recherches sur son blog.

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