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Niklos Koda et la ligne mystificatrice

  • Revenu en octobre dernier après cinq ans d'absence, Niklos Koda est à nouveau là quelques mois plus tard, avec un souffle renouvelé, tant au niveau du scénario que du dessin.
Niklos Koda et la ligne mystificatrice
Niklos Koda T11 : La Danse du diable - Par Dufaux & Grenson
Ed. Le Lombard

"La Ligne claire doit être surtout celle du scénario" proclamait Hergé qui tentait d’échapper à une étiquette créée spécialement pour lui et dans laquelle il se sentait à l’étroit.

Jean Dufaux a compris le message. Il use de la clarté pour mieux pousser le lecteur dans sa vérité, dans les certitudes rassurantes de sa raison, pour mieux l’emmener aux frontières du réel et de l’illusion, là où le magicien est le maître de son histoire.

Hergé n’avait pas oublié, au contraire de ses exégètes, que l’art de la bande dessinée est une magie, un spectacle, et donc une illusion. Qu’il est là pour vous séduire et que ce que l’on attend d’une histoire, fut-elle une manipulation de cartes ou de dessins, c’est qu’elle séduise, surprenne, mystifie..., pour que le lecteur/spectateur en ressorte... enchanté.

Olivier Grenson et Jean Dufaux en mai 2014.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Cet art a ses techniques, sophistiquées, rigoureuses. Il se réclame d’une longue tradition et, de fait, de tous temps les hommes ont mystifié leurs semblables, par la science comme par la religion ou par l’art, jouant de leurs raisonnements comme de leurs peurs, les secondes venant suppléer à ce que les premiers n’ont pu résoudre. Il nécessite un dextérité quasi démoniaque -c’est à dire, on l’a compris, incompréhensible, une pratique et un savoir-faire qui se transmet "de bouche de druide à oreille de druide".

Le magicien, comme le créateur de bande dessinée, est un psychologue-expert de la mémoire, de l’observation, de la concentration. Il joue sur tous les registres des sentiments : il vous aborde dans la gaieté, défie votre intelligence puis, soudain grave, fait surgir les ténèbres de l’incompréhension. Le tour s’achève sur le sourire vainqueur du praticien : vous avez été mystifié.

Niklos Koda T11 : La Danse du diable - Par Dufaux & Grenson
(c) Le Lombard

Tel est le scénario de Dufaux, il vous expose des personnages inédits, mystérieux, venus du fond des âges. Leurs pouvoirs sont à peine esquissés, mais ils sont puissants. Nous, simples quidams, ne pesons pas lourd face à de telles bêtes de scène. Et quand celles-ci se produisent dans un cercle fermé de magiciens, quand chacun connaît les tours de l’autre, il ne reste plus la place qu’aux puissants et aux novateurs prêts à en découdre.

La manœuvre se prépare de longue main, s’appuie sur les ressorts fondamentaux de l’homme : la mort, l’amour, l’amitié, l’aversion, la possession, l’appartenance... Koda avait cherché dans la magie noire le moyen d’échapper à l’emprise de ses adversaires, mais il s’en est trouvé prisonnier. Pour s’en libérer, il doit détruire un livre, c’est à dire la connaissance. Le VIe Livre, celui qui est au-delà du Pentateuque, où Josué arrête le cours du soleil et de la lune ? Peut-être, à moins qu’il n’appartienne à un autre réseau de références occultes.

Il héberge en tout cas le SpiBorg, une force maléfique qu’aucun des magiciens que rencontre Koda n’a réussi jusqu’ici à affronter et que notre magicien doit détruire s’il veut s’en libérer. Koda se retrouve face à L’Océan, le seul qui ait réussi, prétend-il, à contrôler les pouvoirs du VIe Livre. Il invite trois champions, dont Koda et Hali Mirvic, son ennemi de toujours, à le défier. Qui est le troisième ? Quelles sont ses motivations ? Mystères.

Niklos Koda T12 : L’Océan par Jean Dufaux & Olivier Grenson
(c) Le Lombard

Comme on le voit, Dufaux, rebattant sans cesse ses lames, croisant les figures, parsemant le récit de sentences et de mots d’auteur aux résonances oraculaires, met le lecteur en condition. Le dénouement et la surprise sont proches. Olivier Grenson a affiné son art depuis les premiers tomes : son trait s’est enjolivé, il s’autorise davantage la belle image, sachant qu’elle joue dans le spectacle le rôle de la ravissante assistante court vêtue : elle est là pour détourner l’attention du badaud, jusqu’à l’implacable final. Les couleurs de Bekaert sont au diapason. Nos magiciens connaissent leurs classiques...

Niklos Koda T12 : L’Océan par Jean Dufaux & Olivier Grenson
(c) Le Lombard

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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5 Messages :
  • Niklos Koda et la ligne mystificatrice
    29 mai 2014 21:51, par Bob

    Déçu par la tournure de l’histoire de Niklos Koda.
    J’adore le dessin de Grenson bien que les nouvelles couleurs me laisse un peu froid, j’aime le talent de conteur de Dufaux, mais j’ai beaucoup de regret avec ce personnage.
    En fait j’ai commencé à décrocher avec le tome 8. L’histoire commençait à prendre une tournure mystique trop complexe. Les forces obscures dépassent les héros mais ça devient navrant. Le combat boule d’énergie à la DBZ (J’exagère à peine) du tome 11 était ridicule. J’aimais l’essence de la série tout en finesse, sans forcément exposer les pouvoirs mais avec beaucoup de naration, l’histoire avait une agréable saveur.
    Où est passé l’aspect amusant de Koda ? A trop entrer dans les personnages on en fait une masse triste brumeuse qui séduit peu.
    J’aimerai tant dire du bien de la suite.

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  • Niklos Koda et la ligne mystificatrice
    30 mai 2014 09:15, par Godot

    Une bd peut nous enchanter, nous faire rire, nous questionner, nous entraîner dans la colère de son auteur,nous informer, nous flatter la rétine, mais est-ce que une bd peut réellement nous faire pleurer ?
    Avez-vous déjà pleuré en lisant une bd ?

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    • Répondu par Jean-Luc le 30 mai 2014 à  11:28 :

      Oui, en lisant le dernier Blake et Mortimer écrit par Dufaux, j’ai pleuré !

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    • Répondu le 1er juin 2014 à  12:57 :

      Oui, j’ai eu la chance que ça m’arrive une fois, et j’en ai été le premier surpris. C’était à la fin de la lecture de "Paul a un travail d’été" de Michel Rabagliati (éd. de la Pastèque).

      Il faut lire tout Rabagliati. Cet auteur a du génie : il arrive à exprimer tant d’émotions diverses malgré une mise en page minimaliste et un dessin presque maladroit.

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